Des preuves d’un siège de Croisés en 1099 découvertes à Jérusalem
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Des preuves d’un siège de Croisés en 1099 découvertes à Jérusalem

Il y a 920 ans, les Croisés sont entrés dans Jérusalem et on conquis, dans le sang, la ville fortifiée des Fatimides

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Les fouilles archéologiques du Mont Zion sont conduites par l'Université de Caroline du Nord, Charlotte, en coopération avec le collège académique Ashkelon au parc national de Jérusalem des Murs de Jérusalem, 2019. (Virginia Withers)
Les fouilles archéologiques du Mont Zion sont conduites par l'Université de Caroline du Nord, Charlotte, en coopération avec le collège académique Ashkelon au parc national de Jérusalem des Murs de Jérusalem, 2019. (Virginia Withers)

Des archéologues menant une fouille autour des murs de la Vieille Ville de Jérusalem ont découvert des douves du 11e siècle, autrement dit la première preuve archéologique du siège des Croisades conduit par Raymond de Saint-Gilles sur la ville contrôlée par les Fatimides, qui a pris fin le 15 juillet 1099 – il y a exactement 920 ans.

Même si deux textes historiques contemporains du 11e siècle font référence à ces douves, leur découverte a été faite récemment lors des fouilles du projet du mont Zion.

Avant la découverte des douves, « certains universitaires avaient même émis des doutes sur leur existence », a déclaré le professeur Shimon Gibson, co-directeur des fouilles, considérant que « c’était le fruit de l’imagination de chroniques du 12e siècle… c’est une découverte très excitante ».

Lancées en 2008, les fouilles actuelles sont situées le long de la partie sud du mur de la Vieille Ville à proximité de la porte de Zion et sont conduites par Gibson et le professeur James Tabor de l’Université de Caroline du Nord à Charlotte en coopération avec le docteur Rafi Lewis de l’université d’Ashkelon. Le site fait partie du Parc national des Murs de Jérusalem, qui est sous l’égide de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs.

Une boucle d’oreille de l’époque des Croisades découverte lors des fouilles archéologiques du Mont Zion sont conduites par l’Université de Caroline du Nord, Charlotte, en coopération avec le collège académique Ashkelon au parc national de Jérusalem des Murs de Jérusalem, 2019. (Virginia Withers)

Lors d’une conversation avec le Times of Israël, le co-directeur Gibson a déclaré en riant que contrairement à l’idée du grand public, les douves n’étaient certainement pas remplies d’eau ni surveillées par des alligators. Il s’agissait plutôt d’un fossé creux (de 4 mètres seulement), qui aurait constitué « un obstacle » pour les Croisés qui ne pouvaient pas approcher leur tour d’attaque contre le mur de la ville et entrer dans la cité. En plus de douves sèches, d’autres objets de guerre retrouvés incluent des frondes, des têtes de flèches et des pendentifs en forme de croix.

Une deuxième découverte inattendue était l’unique grand bijou des Fatimides, découvert sur le sol d’un bâtiment abandonné du 11e siècle en dehors du mur. Composé d’or, de perle, et de pierres semi-précieuses, l’objet a la forme d’une boucle d’oreille, mais d’environ 8 centimètres de long, elle « aurait tout simplement arraché l’oreille d’une personne », a déclaré Gibson. En se basant sur les frontières de Califat Fatimide et d’autres exemples de bijoux, il a émis l’hypothèse que l’objet a pu avoir des origines égyptiennes et qu’il aurait pu être utilisé pour tenir trois pièces d’un vêtement.

Pourtant, la découverte d’un tel bijou de luxe de l’époque Fatimide laissé sur le sol d’un bâtiment pose question.

« Qui a bien pu le perdre ? Etait-ce quelqu’un qui se cachait des Croisés ? Etait-ce un bijou qui faisait partie d’un butin, de prises de guerre, d’un soldat des croisés ? Ou est-ce que cela faisait partie de l’or donné par le commandant qui a voulu faire remplir ce fossé ? », s’est interrogé Gibson.

Shimon Gibson (Capture d’écran : YouTube)

Selon les deux chroniques conservées sur la campagne de cinq semaines, Raymond of Saint-Gilles de Provence a offert à ses soldats un dinar d’or pour combler les douves sous le couvert de la nuit pour qu’une tour de siège surprise puisse être placée contre le mur. Alors qu’ils essayaient de pénétrer dans la cité, les Croisés auraient reçu une pluie de flèches – des têtes de flèches ont été découvertes à de multiples niveaux et lieux sur le site – et des chaudrons d’huile d’olive bouillante, a expliqué Gibson.

Malgré les difficultés, les soldats ont rempli leur mission de combler le fossé et la tour a été construite, a déclaré le co-directeur Lewis – mais elle a été immédiatement brûlée par les Fatimides. Le lendemain, d’autres soldats Croisés du côté nord de la ville ont fait une brèche dans les murs. Après leur victoire, les Croisés ont passé une semaine à massacrer les habitants de la ville, selon les archéologues.

Un article de 1997 par David Eisenstadt relate la violence des événements, « Les Croisés ont sauvagement assassiné les habitants juifs et musulmans de Jérusalem. L’ampleur du massacre était si horrible que des « rivières de sang » ont coulé à travers les rues et ont même recouvert les sabots des chevaux. William de Tyre a décrit les Croisés victorieux ‘baignant dans le sang de la tête au pied’, une vision d’horreur qui terrorisait tous ceux qui les rencontraient. La communauté juive s’était enfermée dans la synagogue centrale et elle a été brûlée vive. Les quelques milliers de survivants, sur une population de 40 000 personnes, ont été vendus comme esclaves aux portes de la ville. Quand ils ont fini d’assassiner des milliers de personnes innocentes, les Croisés se sont rassemblés à l’Eglise du Saint Sépulcre pour rendre grâce ».

Les douves ont été découvertes en 2014, a expliqué l’archéologue Lewis, mais il a fallu cinq ans pour tout fouiller, couche après couche. Gibson a déclaré que, lors des fouilles de douves, l’équipe a trouvé des restes d’une poterie en céladon du 11e siècle qui vient de l’Extrême orient et vernie d’un vert jade. Il a dit que l’objet a pu être importé à Jérusalem par les Fatimides, qui éprouvaient une fascination à l’égard de l’Orient.

Les fouilles archéologiques du Mont Zion sont conduites par l’Université de Caroline du Nord, Charlotte, en coopération avec le collège académique Ashkelon au parc national de Jérusalem des Murs de Jérusalem, octobre 2018. (Amanda Borschel-Dan/Times of Israël)

Selon Lewis, un expert de l’archéologie des Croisades et l’archéologie des champs de bataille, il est probable que les Fatimides aient creusé le fossé quand ils ont su que les Croisés étaient en chemin vers Jérusalem. Aujourd’hui, on peut le suivre sur environ 200 mètres de la section sud. Lewis a expliqué qu’il est probable qu’il y aurait d’autres fossés creusés ailleurs, y compris sur la partie nord du mur à proximité de l’actuelle Porte de Damas, mais aucun vestige n’a été retrouvé.

Lors du siège de cinq semaines, les croisés ont tenté d’approcher trois tours de siège, deux au nord et une au sud, a déclaré Lewis. Selon Gibson, faire une brèche dans le mur de la partie sud aurait permis aux Croisés d’avoir accès aux vestiges du Cardo Maximus de l’époque Byzantine. « Cela aurait donné aux Croisés un accès immédiat à l’artère principale pour aller du sud vers le nord », a-t-il dit.

Alors que la découverte de douves n’a été annoncée publiquement que lundi, il est possible, selon Gibson, que l’archéologue Magen Broshi ait fouillé, sans le savoir, une portion des douves dans les années 1970 au cours de sa fouille dans la partie est de la Porte de Zion. « A la lumière des récentes découvertes, nous devons peut-être réinterpréter ses fouilles », a déclaré Gibson.

Les fouilles archéologiques du Mont Zion sont conduites par l’Université de Caroline du Nord, Charlotte, en coopération avec le collège académique Ashkelon au parc national de Jérusalem des Murs de Jérusalem, octobre 2018. (Amanda Borschel-Dan/Times of Israël)

Sur plus d’une décennie de fouilles, l’équipe du Projet du Mont Zion a mis à jour d’innombrables découvertes sur plus de 3 000 ans d’histoire, de l’impressionnante demeure du Premier Temple de l’Âge de fer (au 8ème siècle avant l’ère chrétienne) jusqu’à la période ottomane tardive (19ème siècle). Parmi les objets découverts, on peut citer des dizaines de pièces, dont une rare pièce en or avec le portrait du jeune empereur romain Néron frappée il y a environ 2 000 ans, et de la vaisselle en céramique.

Une découverte plus ancienne mais toujours mystérieuse se situe dans une inscription retrouvée sur une vaisselle en pierre remontant à 70 de l’ère commune, dont Gibson a dit qu’elle se trouvait dans une grande maison. L’objet a pu être utilisé pour une famille de prêtre afin de se laver les mains. Il a dit que l’équipe allait rapidement rendre la découverte publique, et l’inscription mystérieuse dont il a dit qu’elle rappelait les Rouleaux de la mer Morte n’a toujours pas été entièrement déchiffrée.

Une pièce romaine montrant l’Empereur Néron qui a été trouvée à Jérusalem et qui daterait de 56 de l’ère chrétienne (Crédit : Université de Caroline du Nord)

« Il y a une sorte de référence à quelqu’un qui revient et qui va vers la Maison de Dieu, avec le nom de Dieu, et les noms d’autres gens », a déclaré Gibson. Il espère qu’après la publication, des universitaires entreront dans le débat.

Le Projet du Mont Zion continuera ses fouilles avec l’objectif de développer une attraction touristique interactive. « Nous aimerions créer une situation dans laquelle des touristes et de pèlerins pourront à l’avenir passer par ce tunnel temporel et voir les vestiges de différentes périodes », a déclaré Gibson dans un communiqué de presse.

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