En Syrie, les Kurdes cherchent à isoler l’EI de la Turquie
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En Syrie, les Kurdes cherchent à isoler l’EI de la Turquie

Cette nouvelle bataille a donné lieu à un nouveau drame humanitaire avec la fuite de milliers d'habitants vers la Turquie

Les Syriens fuyant la guerre en se rendant au point de passage de la frontière Akcakale, dans la province de Sanliurfa, le 15 juin 2015. La Turquie a annoncé qu'elle prenait des mesures pour limiter le flux de réfugiés syriens sur son territoire après un afflux de milliers d'autres au cours des derniers jours en raison des combats entre les Kurdes et les djihadistes. En vertu d'une politique de « porte ouverte », la Turquie a accueilli près de 1,8 million de réfugiés syriens depuis le bébut du conflit en Syrie en 2011 (Crédit : AFP PHOTO / BULENT KILIC)
Les Syriens fuyant la guerre en se rendant au point de passage de la frontière Akcakale, dans la province de Sanliurfa, le 15 juin 2015. La Turquie a annoncé qu'elle prenait des mesures pour limiter le flux de réfugiés syriens sur son territoire après un afflux de milliers d'autres au cours des derniers jours en raison des combats entre les Kurdes et les djihadistes. En vertu d'une politique de « porte ouverte », la Turquie a accueilli près de 1,8 million de réfugiés syriens depuis le bébut du conflit en Syrie en 2011 (Crédit : AFP PHOTO / BULENT KILIC)

Les forces kurdes cherchaient lundi à couper la principale ligne d’approvisionnement du groupe État islamique (EI) en resserrant l’étau sur Tall Abyad, où transite l’essentiel des hommes et du matériel des djihadistes.

Cette bataille pour le contrôle d’une place forte de l’EI donne lieu à un nouveau drame humanitaire avec la fuite de milliers d’habitants vers la Turquie toute proche.

Après leur avoir interdit pendant plusieurs jours l’entrée sur son territoire, la Turquie a finalement rouvert sa frontière dimanche soir et de nouveau lundi à la mi-journée, permettant le passage de plusieurs centaines de réfugiés qui attendaient sous un soleil de plomb, a constaté un journaliste de l’AFP.

Le combattants des Unités de protection du peuple kurde (YPG), avec l’aide des rebelles syriens, ont pris lundi matin la banlieue sud-est de Tall Abyad, tandis que la coalition conduite par les États-Unis visaient les positions de l’EI.

« Ces raids facilitent l’avancée des Kurdes et des rebelles », a commenté le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. Selon lui, onze djihadistes ont été tués contre trois dans les rangs de leurs adversaires.

Ayant lancé leur offensive le 4 juin, les Kurdes et rebelles ont encerclé le bastion djihadiste, poussant sur les routes au moins 16 000 personnes.

Cet exode a donné lieu durant le week-end à des scènes de chaos avec des pères et des mères terrorisés tentant, leurs enfants dans les bras, de forcer les barrières séparant la Syrie de la Turquie, selon un photographe de l’AFP.

‘Passage vital’ pour l’EI

Tall Abyad est situé à 86 km au nord de Raqa, la capitale de facto de l’EI en Syrie. Elle représente donc pour le groupe « une place forte et surtout un point de passage vers Raqa », explique Charlie Winter, spécialiste du djihadisme à la Fondation Quilliam à Londres. « Elle est stratégique car c’est une ville frontalière où peuvent transiter l’équipement, les recrues et autres ».

En outre, Tall Abyad se trouve à 70 km à l’est de la ville de Kobane, où les forces kurdes ont combattu durant des mois avant d’en expulser l’EI en janvier.

Cette localité « relie les deux cantons kurdes de Jaziré et Kobane, » dans le nord et le nord-est, précise Mutlu Civiroglu, expert des affaires kurdes. « En raison de cette situation, Kobane était comme une île et était vulnérable. C’est pourquoi après en avoir expulsé l’EI et pour éviter toute nouvelle attaque, les YPG ont décidé de s’occuper de Tall Abyad ».

En fait, selon Mutlu Civiroglu, Tall Abyad représentait « une plateforme financière et logistique », un « passage vital pour l’EI » connectant Raqa avec le reste du monde. « Une fois perdue, ce sera très compliqué pour l’EI de faire passer ses combattants, de vendre son pétrole et autres marchandises qu’il trafique », prévient l’expert.

Peur turque

Les forces kurdes rognent depuis trois mois les territoires de l’EI dans la province de Raqa, qui fut un moment donné complètement sous son contrôle.

Selon l’Observatoire, elles y ont pris une cinquantaine de localités et encerclé Tall Abyad de trois côtés, laissant seulement ouvert le nord de la ville.

« Je ne pense pas qu’ils (les djihadistes) vont l’abandonner sans combat », prévient Charlie Winter, convaincu que l’EI se battra jusqu’au bout pour la garder et, si la cause est désespérée, la miner.

L’avancée kurde suscite les critiques du président turc Recep Tayyip Erdogan, selon qui elle « pourrait conduire à la création d’une structure qui menace (nos) frontières ».

Les YPG entretiennent des relations avec le PKK turc qui mène depuis des décennies une insurrection en Turquie et est considéré par Ankara comme un groupe « terroriste ».

Pour Nihat Ali Ozcan, du think-tank Tepav basé à Ankara, les critiques d’Erdogan s’expliquent par la peur de voir se développer le « sentiment séparatiste » dans le sud-est du pays. « Les Kurdes peuvent devenir une force hostile à la Turquie », assure-t-il.

L’avancée kurde suscite en outre des accusations « de nettoyage ethnique » de la part de certains groupes rebelles syriens, affirmant que les YPG expulsaient des arabes sunnites et des Turcomans de la région.

Les forces kurdes ont rejeté ces allégations en soulignant qu’elles avaient seulement demandé aux civils d’évacuer les zones potentielles de combats pour éviter les victimes.

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