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Englman : Israël ne disposait pas d’un plan d’évacuation à jour le 7-Octobre

Un rapport révèle des lacunes dans la préparation, l'absence de plan actualisé et le refus du ministère de l’Intérieur d'assumer ses responsabilités envers 210 000 évacués

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Illustration : Des Israéliens évacués des zones frontalières temporairement relogées dans un hôtel d'Eilat, le 17 octobre 2023. (Crédit : Aris Messinis/AFP)
Illustration : Des Israéliens évacués des zones frontalières temporairement relogées dans un hôtel d'Eilat, le 17 octobre 2023. (Crédit : Aris Messinis/AFP)

Un rapport du contrôleur de l’État qui a été publié mardi a révélé une série de défaillances majeures de la part du gouvernement et des autorités chargées des situations d’urgence dans l’évacuation et dans la réinstallation massives de plus de 200 000 civils au lendemain du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023.

Ce rapport accablant, qui met en évidence de profondes lacunes en matière de préparation, de coordination et de responsabilité parmi les principaux organismes gouvernementaux chargés de gérer le front intérieur, est le 32ᵉ à avoir été rédigé par le contrôleur de l’État, Matanyahu Englman, sur les aspects civils de la période qui a suivi le 7-Octobre.

Le rapport a examiné l’évacuation et la relocalisation d’environ 210 000 habitants des communautés du sud et du nord du pays, au début de la guerre. Il a examiné l’état de préparation des autorités locales avant le déclenchement de la guerre, le processus d’évacuation après son déclenchement, l’hébergement des évacués dans des hôtels et d’autres installations, ainsi que la fourniture de prestations sociales et de services éducatifs de base.

« Le gouvernement et l’armée ont échoué dans l’évacuation et dans l’accueil des habitants », conclut le rapport, ajoutant que les autorités avaient été invitées, depuis la Seconde Guerre du Liban en 2006, à formaliser un plan d’évacuation ordonné, mais qu’elles ne l’avaient pas fait.

Englman a affirmé, de surcroît, que les habitants n’étaient pas parvenus à coordonner leur évacuation avec Tsahal et que, dans certains cas, ils avaient été exposés à des dangers inutiles lorsqu’ils avaient dû quitter leurs habitations.

Dans de nombreux cas, le processus officiel d’évacuation avait commencé très tardivement et il avait duré plusieurs jours, alors que le Hamas avait déjà infiltré le sud du pays et massacré ses habitants.

Les destructions causées par les terroristes du Hamas dans le kibboutz Nahal Oz, à 800 mètres de la bande de Gaza, dans le sud d’Israël, le 20 octobre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans le kibboutz Nahal Oz, situé près de Gaza, l’évacuation n’avait commencé qu’après 14 heures de combats et elle s’était achevée 24 heures plus tard. L’évacuation du kibboutz Kfar Aza avait duré 36 heures. Dans le kibboutz Nir Am, l’évacuation avait été lancée 20 heures après l’invasion et à Mefalsim, 17 heures après.

« Le tableau qui ressort du rapport est celui d’un désordre total », indique le rapport, qui constate une « défaillance systémique » des autorités chargées des situations d’urgence.

Pas de protocole d’évacuation massive à jour

Il souligne qu’une décision gouvernementale de 2012 avait établi un cadre national pour l’évacuation et la relocalisation organisées de la population civile en cas d’urgence. Ce cadre répartissait les responsabilités entre Tsahal et les autorités locales, et chargeait le ministère de l’Intérieur d’identifier les installations capables d’accueillir jusqu’à 300 000 personnes à l’échelle nationale. Le plan prévoyait l’utilisation des écoles et des institutions publiques, ainsi que des internats, des auberges et, si nécessaire, des hôtels.

Des balcons ornés du drapeau d’Israël dans un hôtel de la mer Morte, dans le sud d’Israël, le 9 novembre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Une version mise à jour de ce plan avait été élaborée en 2022, mais elle n’avait pas été approuvée en raison d’un désaccord concernant son financement, a constaté le contrôleur de l’État. En conséquence, lorsque la guerre a éclaté, il n’existait aucun plan d’évacuation et de relocalisation approuvé et à jour.

Plus précisément, quand le pogrom du 7-Octobre avait déclenché des évacuations de grande ampleur dans les communautés situées à moins de quatre kilomètres de la frontière de Gaza, puis dans les villes frontalières du nord, y compris à Kiryat Shmona, la réponse s’était largement appuyée sur des décisions ad hoc et sur des résolutions gouvernementales adoptées en pleine crise.

Au lieu de privilégier l’hébergement dans des établissements publics – écoles et institutions communautaires, entre autres, comme le prévoyait le plan de 2012 – le gouvernement avait rapidement décidé de placer les personnes évacuées dans des hôtels à travers tout le pays.

De plus, le contrôleur a constaté que seules 41 des 317 installations utilisées pour héberger les personnes évacuées pendant la guerre avaient été définies au préalable en tant qu’installations d’hébergement officielles par le ministère de l’Intérieur.

Dérobade

Le rapport détaille également des différends entre l’Autorité nationale des situations d’urgence (NEMA) du ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur et l’armée concernant la responsabilité de la gestion de l’évacuation et de la réinstallation des populations. Il indique que le ministère de l’Intérieur n’a pas activé son système d’intervention d’urgence et qu’il a soutenu que sa responsabilité n’était pas engagée.

Cependant, le contrôleur a affirmé que même si le plan initialement envisagé en 2012 n’avait pas été mis en œuvre, le ministère de l’Intérieur était toujours considéré comme responsable, en tant qu’autorité chargée de la relocalisation.

Englman a noté que dans le nord, Kiryat Shmona n’avait pas été incluse dans le plan national d’évacuation « Distance de sécurité » (Tokhnit Merkhak Batuah) – un cadre préparé par Tsahal et la NEMA pour évacuer les habitants des communautés situées à moins de cinq kilomètres de la frontière avec le Liban en temps de guerre, et qui prévoit des logements temporaires pour une durée maximale de 21 jours. Ceci, malgré les conclusions d’audits précédents qui avaient mis en exergue les lacunes et les vulnérabilités en matière de protection de la localité, et le fait que Kiryat Shmona se trouve à environ un kilomètre de la frontière libanaise.

Les habitants de la ville de Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, quittant les lieux après avoir reçu l’ordre d’évacuer, en raison des menaces qui pèsent sur la frontière nord d’Israël depuis le Liban, le 22 octobre 2023. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Avant qu’une décision officielle du gouvernement ne soit prise le 18 octobre, soit dix jours après le début des attaques à la roquette et au drone du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah qui avaient pris pour cible le nord d’Israël, quelque 10 000 habitants de cette ville avaient déjà évacué de leur propre chef.

Préparation insuffisante

Le rapport révèle également que, tant dans le nord que dans le sud, les exercices d’évacuation menés avant la guerre n’ont jamais simulé des scénarios de l’ampleur de ceux du 7-Octobre et que les dossiers d’urgence locaux n’ont pas intégré de scénarios d’évacuation complète dans plusieurs des treize autorités examinées.

Dans le sud en particulier, quatre des cinq autorités n’ont jamais organisé d’exercices d’évacuation de leurs résidents.

Des habitants de la ville de Kiryat Shmona, dans le nord du pays, attendant à un arrêt de bus pour être évacués, en raison des attaques quotidiennes du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, le 22 octobre 2023. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

Le contrôleur de l’État a également souligné l’absence d’un système unifié permettant de gérer les données en temps réel sur la localisation des personnes évacuées.

Le rapport a également examiné la fourniture de services aux personnes évacuées au cours des premières semaines de la guerre, indiquant que beaucoup d’entre elles avaient fortement dépendu des dons et que les prestations éducatives et sociales avaient été improvisées.

Englman conclut, dans son rapport, que les attaques du 7-Octobre ont encore mis en évidence des lacunes dans la réglementation de la préparation aux situations d’urgence et dans la définition d’une autorité de coordination dotée de pouvoirs contraignants pour gérer le front intérieur civil en cas d’urgence.

En réponse à ce rapport, le ministère de la Défense a fait valoir que la NEMA « a agi et continue d’agir avec une approche expansive depuis le début de la guerre » et qu’elle a dirigé la coordination interministérielle pour la prise en charge des personnes évacuées du sud, puis du nord.

Des bénévoles préparant des colis d’aide et des fournitures pour les soldats israéliens et les résidents évacués, à Tel Aviv, le 12 octobre 2023. (Crédit : Gil Cohen-Magen/AFP)

Le ministère a également indiqué que la NEMA avait mis en place un centre de commandement pour assurer la coordination entre les ministères et les autorités locales, et qu’elle s’était efforcée de garantir « une réponse continue, ordonnée et professionnelle à toutes les étapes de l’évacuation, de l’accueil et du retour à la vie normale ».

Selon le ministère, environ 124 000 personnes évacuées du sud et du nord avaient été relogées dans des dizaines d’hôtels à travers le pays, dans le cadre de ce qu’il a qualifié d’événement sans précédent en Israël. Il a indiqué que l’évacuation s’était appuyée sur des plans élaborés au fil des ans par la NEMA et le Commandement du Front intérieur, et qu’elle avait été mise en œuvre malgré des circonstances complexes et de nombreux défis.

Le ministère de la Défense a ajouté que la NEMA continue d’opérer « 24 heures sur 24 » en coordination avec le Commandement du Front intérieur et les ministères afin de renforcer la préparation du front intérieur, s’efforçant d’améliorer les mécanismes de coordination et d’approfondir la préparation nationale à toute une série de scénarios d’urgence.

Tsahal a indiqué que le Commandement du Front intérieur avait déployé environ 1 000 commandants et soldats réguliers et réservistes pour aider les autorités à mettre en place des centres de commandement et à diriger les opérations de secours nécessaires.

L’armée affirme, de son côté, avoir agi conformément au plan « Distance de sécurité » approuvé et au périmètre d’évacuation défini par la NEMA.

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