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Évoquant le conflit avec la Russie, Zelensky compare l’Ukraine et le peuple juif

Le président - qui est Juif - a dit qu'Israël était souvent un exemple pour l'Ukraine et que "Ukrainiens et Juifs sont attachés de la même manière à la liberté"

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'adresse au Parlement à Kiev, Ukraine, le 4 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'adresse au Parlement à Kiev, Ukraine, le 4 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)

JTA — Dans un contexte de recrudescence des tensions entre la Russie et l’Ukraine, le leader ukrainien a établi des parallèles entre sa nation et le peuple juif lors d’un événement organisé par la communauté juive du pays à Kiev.

« Nous savons ce que c’est de ne pas avoir notre propre État. Nous savons ce que cela signifie de défendre un État, une terre, les armes à la main et au prix de nos vies », a commenté le président Volodymyr Zelensky, qui est Juif, pendant un discours qui a été prononcé mercredi.

Zelensky, acteur et comédien qui a été élu président en 2019 grâce à de nombreux modérés qui espéraient qu’il serait en mesure d’apaiser le conflit avec la Russie, a tenu ces propos au cours du troisième forum juif de Kiev, qui est organisé par la confédération juive d’Ukraine, une instance communautaire, avec plusieurs partenaires.

« Les Ukrainiens et les Juifs sont attachés de la même manière à la liberté et ils œuvrent, les uns comme les autres, en faveur de l’avenir de l’État qui est le leur, un avenir qui ressemble à celui auquel ils aspirent – pas de l’avenir que les autres veulent pour eux. Israël est souvent un exemple pour l’Ukraine », a continué Zelensky, qui n’a pas mentionné la Russie explicitement lors de son allocution qui a eu lieu en ligne en raison des restrictions entraînées par la pandémie de COVID-19. La thématique de la conférence de cette année a été le 30e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Ukraine et Israël.

Yevgen Korniychuk (g) et Mickey Levy (d) à la Knesset, le 14 décembre 2021 (Crédit : Compte Facebook de l’Ambassade d’Ukraine en Israël)

De plus, l’ambassadeur ukrainien au sein de l’État juif, Yevgen Korniychuk, a expliqué au Times of Israel que l’Ukraine pourrait reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël – un objectif pour lequel Israël se bat avec force depuis quelques années – sous réserve de conditions à mettre en œuvre au niveau de la sécurité. Korniychuk n’a pas précisé ces conditions et il n’a pas répondu aux questions posées sur le sujet par la JTA.

Selon Haaretz, l’ambassadeur aurait déclaré : « Aucun ministre ou ambassadeur ne peut appeler Jérusalem autrement que capitale d’Israël ».

L’année dernière, Zelensky avait déclaré que l’Ukraine réfléchissait à ouvrir un bureau commercial à Jérusalem – ce qui n’a pas encore été fait. Il avait aussi dit que le déplacement de l’ambassade à Jérusalem « n’est pas à l’ordre du jour actuellement ».

La collaboration sécuritaire entre Israël et l’Ukraine est une question hautement sensible pour l’État juif dans la mesure où Israël a tout intérêt à conserver une relation constructive avec la Russie, qui est la puissance militaire la plus importante sur le terrain en Syrie. Israël, qui entretient aussi des liens étroits avec l’Ukraine, a tenté de rester neutre face à ce conflit actuellement en cours dans l’Est de l’Europe.

Des chars ukrainiens transportés vers la région de Luhansk, en Ukraine, le 12 décembre 2021. (Crédit : AP Photo/Andriy Dubchak)

La Russie a amassé environ 100 000 soldats sur la frontière avec l’Ukraine, ont indiqué les services de renseignement occidentaux, ce qui laisse craindre de nombreux combats.

L’Ukraine et la Russie sont en querelle au sujet de leurs frontières depuis 2014, année où la Russie avait annexé la Crimée, une région reconnue à l’international comme appartenant à l’Ukraine. La Russie a aussi facilité la sécession de facto de deux enclaves situées le long de la frontière russo-ukrainienne qui sont détenues par des rebelles pro-russes.

Le conflit avait commencé avec le renversement du gouvernement de l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovytch, considéré par ses détracteurs comme un faire-valoir corrompu des Russes. La Russie avait réagi à cette révolution en envahissant la Crimée et en facilitant la sécession des deux territoires séparatistes – une réaction qui avait rendu plus intenses le ressentiment contre la Russie et renforcé le nationalisme en Ukraine.

Le président russe Vladimir Poutine, qui avait justifié l’invasion russe en disant qu’elle visait à protéger les minorités – y compris les Juifs – des « fascistes » ukrainiens, a également fait référence récemment, lui aussi, à Israël dans le cadre du conflit contre l’Ukraine. Poutine a ainsi suggéré pendant un entretien télévisé, au début de l’année, que les Ukrainiens et les Russes appartenaient au même peuple et qu’ils devaient s’unir comme l’ont fait les Juifs en Israël.

Le président russe Vladimir Poutine quitte la Place Rouge après le défilé militaire du jour de la victoire à Moscou le 9 mai 2021. (Crédit : Kirill KUDRYAVTSEV / AFP)

Le président israélien Isaac Herzog a assisté au forum de Kiev, concentrant son discours sur la nécessité de combattre l’antisémitisme.

« Il est impossible de faire preuve de complaisance lorsqu’on en vient aux menaces de violence ou aux agressions haineuses contre nos sœurs et nos frères, ou contre n’importe quel être humain », a dit Herzog. « Nous devons aussi répéter une réalité : Il ne s’agit pas seulement d’un problème juif. Si on lui permet de se renforcer, l’antisémitisme va mener, à terme, à d’autres intolérances et à d’autres haines. Il empoisonne notre société et il nous porte préjudice à tous ».

La recrudescence du sentiment nationaliste en Ukraine a créé des tensions dans les relations entre l’État juif et ce pays, en particulier en ce qui concerne la glorification d’hommes d’État ukrainiens qui s’étaient battus aux côtés de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Largement considérées comme des patriotes affrontant la domination russe, des personnalités comme Stepan Bandera et Roman Shukhevych sont fêtées en Ukraine. Elles ont droit à des statues ou elles donnent leur nom à des rues – sans aucune mention de la complicité des soldats placés sous leur commandement dans les crimes de la Shoah et dans d’autres atrocités.

L’ambassadeur israélien en Ukraine Joel Lion (Crédit : Wikimedia Commons/Dovernewyork)

L’ancien ambassadeur israélien en Ukraine, Joel Lion, avait dénoncé cet état de fait avec force aux responsables ukrainiens, disant de manière répétée et ouverte que la mise en avant de collaborateurs des nazis était « choquante et immorale ».

L’année dernière, le ministère ukrainien des Affaires étrangères avait conseillé à Jérusalem, par le biais de Gennady Nadolenko, chef de la mission diplomatique ukrainienne à Tel Aviv, de rester « en dehors de la politique intérieure ukrainienne », qualifiant les protestations de l’État juif de « contre-productives ».

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