Farzad Bazoft, exécuté pour espionnage pour Israël, aurait été « piégé » en Irak
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Farzad Bazoft, exécuté pour espionnage pour Israël, aurait été « piégé » en Irak

Selon la mère du journaliste tué en 1990, des documents relatifs à des liens des Britanniques au dit "supergun" lui auraient été volés peu avant son départ à Bagdad

Photo d'illustration - un soldat irakien ferme la porte d'une cellule de la prison d'Abu Ghraib, aux abords de Bagdad, le 2 septembre 2006. (Crédit :  AP Photo/Khalid Mohammed, File)
Photo d'illustration - un soldat irakien ferme la porte d'une cellule de la prison d'Abu Ghraib, aux abords de Bagdad, le 2 septembre 2006. (Crédit : AP Photo/Khalid Mohammed, File)

La mère du journaliste né en Irak, Farzad Bazoft, qui avait été exécuté dans son pays natal après avoir été reconnu coupable d’espionnage pour le compte d’Israël en 1990, a déclaré dans un reportage qui a été publié dimanche qu’elle pensait que son fils avait été attiré dans un piège par les autorités irakiennes.

Bazoft s’était rendu en Irak sur invitation du gouvernement de Saddam Hussein pour couvrir les élections organisées dans les régions kurdes et alors qu’il enquêtait également sur des informations qui avaient fait état d’une importante explosion sur un site militaire situé aux abords de Bagdad, à la fin de l’année 1989.

La mère de Bazoft, Nosrat, a déclaré au journal britannique Observer, pour lequel travaillait Bazoft en tant qu’indépendant au moment de sa mort, qu’elle pensait qu’il avait été piégé en Irak. Elle a fait savoir que des documents qui auraient été liés à des ventes d’armement entre la Grande-Bretagne et le gouvernement de Saddam Hussein lui avaient été volés, quelques jours avant son voyage.

Selon Nosrat, ce larcin prouve que des espions irakiens s’intéressaient à son fils même avant son départ du Royaume-Uni.

A Bagdad, Bazoft avait enquêté des informations portant sur une explosion survenue sur un site militaire voisin – une explosion qui, soupçonnait-il, pouvait avoir pour origine des essais d’armes chimiques ou nucléaires. Il s’était alors, semble-t-il, rendu sur le site et il y avait prélevé des échantillons de terre.

Quelques jours plus tard, Bazoft avait été arrêté à l’aéroport de Bagdad avant d’être placé en détention et accusé d’espionnage. Il avait fait des aveux à la télévision, disant qu’il était un espion employé par Israël et il avait ensuite été pendu dans la prison de triste mémoire d’Abu Ghraib.

En 2003, un colonel irakien qui avait interrogé Bazoft avait déclaré à l’Observer qu’il savait que l’homme était innocent mais que Saddam Hussein avait personnellement ordonné son exécution.

La mère de Bazoft a ajouté que les documents qui avaient été volés à son fils étaient liés au « supergun » de Saddam Hussein.

Ce projet – le projet Babylone – visait à construire un canon capable de lancer des engins en orbite. Il avait été dirigé pour le compte du gouvernement irakien par un inventeur canadien, Gerald Bull, avec des composants fabriqués au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, en Espagne, en Suisse et en Italie. (Bull avait été assassiné à Bruxelles en 1990, une frappe qui avait été attribuée au Mossad en raison des craintes nourries par Israël que l’un de ces « superguns » ne soit utilisé pour lancer une arme nucléaire).

« Quelques jours avant le départ, la voiture d’un ami a été forcée et les mallettes Samsonite de Farzad ont été volées. Les mallettes contenaient des documents sur le ‘supergun’, il m’avait dit qu’il travaillait dessus », a confié Nosrat Bazoft à l’Observer, ajoutant que le véhicule se trouvait à ce moment-là à proximité des bureaux du journal.

« Je pense que les responsables irakiens l’espionnaient déjà avant le voyage. Je pense qu’ils le suivaient », a-t-elle dit, ajoutant que ce vol n’avait jamais été rapporté à la police ou au journal.

Le président irakien Saddam Hussein à Bagdad, en 1991. (Crédit : AP Photo/File)

« Farzad a été piégé, absolument. Saddam faisait des choses terribles à tout le monde et Farzad enquêtait sur lui. L’intention a été de le piéger et c’est ce qui est arrivé. Ils l’ont fait venir en Irak et ils l’ont leurré », a-t-elle continué.

« Je lui ai parlé juste avant son départ. Il a appelé de l’aéroport pour me dire qu’il était en route. Il semblait un peu anxieux, il n’était pas totalement lui-même. Comme s’il n’était pas sûr de devoir réellement partir », a-t-elle poursuivi.

Le rédacteur en chef de l’Observer de l’époque, pour qui travaillait le journaliste, avait indiqué à ce moment-là qu’il ignorait que Bazoft enquêtait sur le ‘supergun’ mais que parce que ce dernier était journaliste indépendant, il avait pu ne pas révéler certains sujets qu’il examinait.

Nosrat Bazoft a expliqué avoir mis en garde son fils sur une enquête qu’elle considérait elle-même comme dangereuse.

« Je lui ai dit ‘Tu joues avec la queue d’un lion’, ce qui est un proverbe perse. C’est trop controversé et tu t’impliques beaucoup trop. Je lui ai dit que l’Irak était un endroit dangereux mais il m’a répondu que les Irakiens l’avaient invité », a-t-elle précisé.

« Mais il était sur une piste – et il voulait absolument dévoiler ce qu’était la réalité de ces machines à tuer. Les grosses canalisations [les énormes canons du ‘supergun’] étaient fabriquées en Grande-Bretagne avant d’être exportées. Farzad avait même visité les usines britanniques où étaient fabriqués certains composants du ‘supergun’. »

Moins d’un mois après l’exécution de Bazoft, les autorités britanniques avaient saisi, au mois d’avril 1990, ce qu’elles avaient dit être le canon d’un ‘supergun’. La BBC avait indiqué que l’arme aurait pu avoir une portée d’environ 965 kilomètres. La guerre entre l’Iran et l’Irak avait mis un terme à l’implication des Britanniques dans le projet.

La mère de Bazoft a confié à l’Observer tenir la Première ministre de l’époque, Margaret Thatcher, pour responsable de la mort de son fils, affirmant que ni la Première ministre, ni le gouvernement n’étaient intervenus, inquiets qu’une intervention ne nuise au commerce entre les deux parties. Après la mort du journaliste, sa famille avait fui l’Irak et elle s’était installée au Royaume-Uni – toutes les exigences de visa avaient alors été levées par le gouvernement britannique.

La Première ministre britannique quitte le 10 Downing Street à Londres, le 15 mars 1990. (Crédit : AP Photo/Peter Kemp)

Selon l’Observer, certaines personnes ayant suivi de près le dossier de la mort de Bazoft estiment qu’il a été la victime d’un calendrier malheureux, les informations faisant état de l’explosion survenue sur le site Hillah ayant commencé à circuler le jour de l’arrivée du journaliste en Irak.

« C’était un homme beau, il avait de beaux yeux. Et il est toujours resté calme, même à ce moment-là », a conclu sa mère.

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