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France/Arnaques au faux président: 3 Franco-Israéliens entre les mains de la justice

150 sociétés ont été victimes de tentatives de fraudes et 43 particuliers ont été escroqués à travers l'Hexagone pour un préjudice évalué à 1,1 million € sur quatre mois

Photo d'illustration d'un homme menotté (BrianAJackson via iStock par Getty images)
Photo d'illustration d'un homme menotté (BrianAJackson via iStock par Getty images)

L’étau se resserre petit à petit autour des auteurs des « arnaques au faux président » : trois Franco-Israéliens, soupçonnés de fraudes aux faux virements ayant occasionné plus d’un million d’euros de préjudice, sont désormais entre les mains de la justice française.

Deux d’entre eux ont été extradés le 7 décembre dernier par Israël. Le troisième a pour sa part été arrêté en juin 2021 à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, au terme d’un séjour de quelques jours à Paris.

Les trois hommes sont soupçonnés d’avoir ensemble escroqué ou tenté d’escroquer des sociétés ainsi que des particuliers par le biais d’ « arnaques aux faux virements » ou d’ « arnaques au faux président » pendant la période du premier confinement.

Le principe de ces escroqueries, qui sont apparues dans les années 2010 et se sont largement développées grâce à internet, est simple : concernant les entreprises, un usurpateur se fait passer au téléphone ou par mail pour le patron auprès de ses salariés et leur demande de transférer de l’argent sur des comptes à l’étranger, en toute discrétion. Les fonds transférés disparaissent ensuite rapidement sur des comptes offshore.

Concernant les particuliers, les malfaiteurs se font passer pour des banquiers ou autres professionnels de la finance et vantent des investissements à fort rendement.

Dans cette affaire impliquant les trois hommes, 150 sociétés ont été victimes de tentatives de fraudes et 43 particuliers ont été escroqués à travers le territoire français, indique à l’AFP le colonel Jean-Paul Douvier, chef de la Section de recherches de Reims, chargée des investigations. Le préjudice cumulé est estimé à 1,1 million d’euros sur quatre mois.

Parmi les entreprises visées, figure ainsi une centrale d’achats pour une chaîne de supermarchés, qui a déjoué la tentative de fraude et porté plainte. Le directeur des ressources humaines de la société avait été contacté par une personne prétendant travailler au Trésor public et intervenir dans le cadre des reports de TVA prévus par les aides gouvernementales au titre de la crise du Covid-19.

Du côté des particuliers, les fraudeurs avaient notamment convaincu d’investir dans des places de parking en Europe ou encore des projets de recherche médicale, en particulier pour le Covid-19.

Les investigations, lancées en avril 2020 par le tribunal de Châlons-en-Champagne (Marne), où avait été commise une des premières fraudes, ont rapidement permis de déterminer que les suspects se trouvaient en Israël.

Dans la foulée, deux hommes résidant dans une ville située au nord de Tel Aviv sont interpellés par les autorités judiciaires israéliennes qui ont ouvert une « enquête miroir ». D’abord incarcérés en Israël, ils portent ensuite un bracelet électronique. L’un d’entre eux reconnaît une partie des faits.

En juin de la même année, un autre homme est arrêté alors qu’il s’apprête à rentrer en Israël, après avoir passé quelques jours à Paris. Propriétaire d’un bureau de change, il est pour sa part soupçonné d’avoir blanchi les sommes extorquées.

Mis en examen pour « escroquerie en bande organisée », « blanchiment en bande organisée » et « association de malfaiteurs » et placé en détention provisoire, il conteste les faits lors de ses interrogatoires.

Extraditions rares

Près d’un an et demi plus tard, le 7 décembre 2021, Israël extrade les deux autres suspects vers la France, où ils sont aussi mis en examen par un juge parisien de la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), à qui l’enquête a été transmise au vu de la complexité des investigations à mener à l’étranger. L’un d’eux est écroué et l’autre placé sous contrôle judiciaire.

« Il est quand même assez rare d’avoir des extraditions des mis en cause », souligne le colonel Douvier, qui salue une « très bonne coopération » au niveau de l’enquête et de la justice avec les autorités israéliennes.

« Classiquement la difficulté dans ce genre d’enquêtes est d’arriver à convaincre les autorités du pays concerné de pouvoir agir rapidement », explique-t-il. Or, « la question de temps est importante avant que ces escrocs ne disparaissent dans la nature ou ne passent à autre chose ».

L’un des deux hommes extradés a tenté de contester devant la justice française son extradition, arguant notamment qu’il aurait dû d’abord être convoqué à son adresse en Israël avant d’être interpellé. Jugée recevable, sa requête a toutefois été rejetée par la cour d’appel de Paris.

Pour Me Philippe Ohayon, l’un des avocats du suspect, le fait que la cour d’appel ait jugé la requête recevable et l’ait examinée est toutefois « une avancée », signe d’un « contrôle de plus en plus poussé des juges sur les demandes d’extradition ».

Pour l’avocat, « il faut réfléchir par deux fois avant de demander une extradition », car elle implique des risques de détention prolongée, parfois injustifiée, du fait de la lourdeur de la procédure.

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