France : dissolution d’une association radicale accusée d’appels à la haine
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France : dissolution d’une association radicale accusée d’appels à la haine

Selon le ministère de l'Intérieur, "Killuminateam" diffusait du contenu et des vidéos "à caractère conspirationniste, antisémite, antichrétien, faisant l’apologie du terrorisme"

Le rappeur français Killuminaty. (Capture d'écran YouTube)
Le rappeur français Killuminaty. (Capture d'écran YouTube)

Le conseil des ministres a décrété mercredi la dissolution d’une association radicale implantée dans le Val d’Oise, « Killuminateam – les soldats dans le sentier d’Allah », accusée de diffuser des « appels à la haine et à la violence ».

Selon le ministère de l’Intérieur, cette association avait « pour principale activité l’organisation d’actions de voie publique donnant lieu à des appels à la haine et à la violence, ainsi que la diffusion sur internet de nombreux contenus et vidéos à caractère conspirationniste, antisémite, antichrétien et faisant l’apologie du terrorisme ».

Le ministère a par ailleurs dénoncé une association affichant « comme références des personnes légitimant le jihad armé » et apportant « un soutien explicite à des organisations dissoutes en raison de leur soutien à des organisations terroristes telles que Daech ».

Le ministère de l’Intérieur rappelle que le président de l’association Mohammed D., connu sous le pseudonyme de « Masta Ex », a été condamné en novembre à Pontoise à 12 mois de prison dont six avec sursis pour des faits de provocation directe à un acte de terrorisme et apologie publique d’un acte de terrorisme.

Selon une source proche du dossier, Mohammed D. actuellement incarcéré dans une affaire d’escroquerie, de faux et d’usage de faux, est à nouveau poursuivi pour des nouvelles menaces et provocation à un acte terroriste en raison d’une vidéo diffusée sur un réseau social.

Initialement renvoyé en comparution initiale, le 19 février, le suspect doit être jugé le 27 mars.

Gabriel Attal, ex-porte-parole de la République en Marche et député des Hauts-de-Seine, aujourd’hui secrétaire d’Etat du gouvernement Philippe. (Capture d’écran Twitter)

Les associations créées sous le statut de la loi 1901 ne doivent pas « servir de boucliers » pour des personnes qui ont un « projet d’islam politique » a déclaré mardi le secrétaire d’Etat en charge de la Jeunesse Gabriel Attal.

« Je constate que certains, qui ont un projet politique d’imposer une norme qui n’est pas celle des valeurs de la République mais celle d’une conception dévoyée de la religion, se servent du statut associatif pour porter ce projet d’islam politique », a dénoncé M. Attal sur Cnews.

« J’ai fait des propositions au président de la République et au Premier ministre pour entraver ces projets », a-t-il ajouté.

« Il faut mieux encadrer l’ouverture de ces associations quand elles sont destinées à des mineurs » et « mieux sanctionner », a dit M. Attal, tout en appelant à « soutenir » celles qui défendent « les valeurs de la République »

Il a souligné par ailleurs que « le soutien scolaire et parfois les cours d’arabe sont un produit d’appel qui permet d’attirer les enfants et les familles pour chercher à les embrigader ».

Cinq écoles hors contrat ont été fermées et 27 autres ont été empêchées d’ouvrir lors de la dernière rentrée, a indiqué le secrétaire d’Etat.

La majorité des associations musulmanes se sont constituées en France sous le régime de la loi 1901 dont les dispositions sont moins contraignantes que la loi de 1905 sur les associations cultuelles qui impose notamment un contrôle des comptes plus strict.

Le président français Emmanuel Macron avec des enfants lors de sa visite à Mulhouse, dans l’est de la France, le 18 février 2020. (Crédit : Jean-François Badias / POOL / AFP)

Emmanuel Macron a réuni mardi à l’Elysée des associations d’éducation populaire pour renforcer la lutte contre la radicalisation religieuse, qui se heurte dans les clubs de sport à « un vide juridique », selon Médéric Chapitaux, ancien gendarme, qui termine une thèse à ce sujet et y a consacré un livre en 2016.

« Je pense que l’on sait mieux identifier et repérer aujourd’hui les situations déviantes. On peut observer des changements de comportements, de vêtements, de langage, de posture… Tous les signes habituels de la radicalisation qu’on connaît dans le reste de la société, et dont le sport n’est pas exempt, » a déclaré Chapiteaux.

« En ce qui concerne la radicalisation islamiste, on sait que les clubs d’arts martiaux et de sports de combat sont utilisés par les recruteurs pour dénicher les éléments les plus violents. Les groupes terroristes publient aussi des documents sur internet sur ‘comment bien se préparer au jihad’. On y explique que si on veut faire le jihad, il faut aller s’entraîner en sports de combat, » souligne l’ancien gendarme.

« La problématique qu’on a avec la radicalisation, c’est que ce n’est pas une condamnation. La radicalisation n’est pas illégale en France, on peut être radicalisé sans passer à l’acte. En fait, on a un vide juridique sur le sujet, il n’y a pas de définition pénale qui permettrait d’empêcher un entraîneur radicalisé d’exercer. Quand quelqu’un est fiché par les renseignements, ce n’est pas inscrit sur son casier judiciaire. Et tant qu’il n’est pas condamné, il peut exercer ses activités professionnelles ou bénévoles, quelle qu’elles soient, » souligne l’auteur de la thèse.

Macron a placé mardi les associations en première ligne dans la lutte contre « le séparatisme islamiste », en annonçant des moyens supplémentaires et le renforcement des contrôles pour éviter qu’elles ne fassent « le lit du radicalisme ».

Une semaine après avoir annoncé de premières mesures à Mulhouse, le chef de l’Etat a reçu pendant trois heures à l’Elysée les responsables de six grands réseaux d’éducation populaire et de trois associations locales pour les « remobiliser » dans « leurs actions de terrain pour faire reculer le séparatisme », a indiqué la présidence.

Pour les soutenir, il a annoncé le déblocage de 100 millions d’euros supplémentaires sur trois ans pour le dispositif « cités éducatives », qui concerne près de 450 000 jeunes dans 80 territoires.

Sont également prévus le recrutement de 1 000 « adultes-relais » supplémentaires dans les quartiers en difficulté, le financement de 750 postes de coordinateurs associatifs (dispositif FONJEP), le versement de 45 millions d’euros pour le programme Tremplin Asso sur trois ans, ainsi que la simplification des démarches de recherche de financement.

Le gouvernement a été critiqué ces dernières années par les associations pour les coupes budgétaires dans la politique de la ville au début du quinquennat.

Macron a dit vouloir « renforcer les outils de contrôle et de sanction pour s’assurer du respect des valeurs républicaines par les associations bénéficiant de financements publics », selon son entourage.

Pour cela, sera systématisée la signature de « contrats républicains » qui conditionneront les aides publiques au respect des principes de la République. « En cas de non-respect, l’Etat ou la collectivité pourront demander la restitution de la subvention », précise l’Elysée, en indiquant qu’une « disposition législative sera proposée dans le projet de loi à venir ».

Le gouvernement entend par ailleurs renforcer l’enseignement des « valeurs de la République et de la laïcité » dans les formations des acteurs de terrain, comme celle du Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (Bafa).

Pour le président de la Ligue de l’enseignement, Joël Roman, l’Etat doit « instaurer enfin un vrai travail avec le monde associatif » car ce dernier a « un savoir-faire » dans ces domaines. « L’Etat ne peut pas tout faire tout seul », a-t-il souligné dans le quotidien La Croix.

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