Gabbay : je suis le Premier ministre dont Israël a besoin
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Gabbay : je suis le Premier ministre dont Israël a besoin

Selon le challenger de Netanyahu, 10 ans de critiques avec Abbas n'ont servi à rien ; le chef de l'Union sioniste a abordé la relation avec Washington, la paix et la corruption

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président du part Travailliste Avi Gabbay dans son bureau de la Knesset, le 25 décembre 2017 (Crédit : Equipe du Times of Israel)
Le président du part Travailliste Avi Gabbay dans son bureau de la Knesset, le 25 décembre 2017 (Crédit : Equipe du Times of Israel)

L’ascension d’Avi Gabbay sur le devant de la scène politique israélienne a été remarquablement rapide, seulement comparable – peut-être – à la vitesse avec laquelle il a changé de camp politique.

Ancien directeur-général de Bezeq, il a été l’un des cofondateurs du parti Koulanou du ministre Moshe Kahlon, ex-Likud, avant les élections de 2015, puis a été nommé au poste de ministre de la Protection environnementale lors de la formation de sa coalition par le Premier ministre. Un parcours lisse jusque-là.

Mais un an après, Gabbay a claqué la porte du gouvernement, disant qu’il ne pouvait plus supporter de servir dans un gouvernement extrémiste qui menait Israël sur la voie de la destruction, – en détériorant les liens avec les Etats-Unis et en réduisant au silence les dissensions sur tous les sujets – depuis le meilleur usage à faire de la découverte des champs gaziers offshore en passant par la conduite de l’armée.

Et à peine un an après cela, au mois de juillet 2017, Gabbay a fait sa réapparition après avoir été désigné à la tête du principal parti d’opposition israélien, le parti Travailliste, dont il était membre depuis seulement quatre mois.

Septième enfant d’une fratrie de huit, né dans un foyer d’immigrants marocains, Gabbay, 50 ans, qui habite Jérusalem, a appris à l’évidence il y a longtemps que l’effacement de soi n’est pas le meilleur moyen d’atteindre la célébrité. L’homme ne lambine pas.

C’est un trait de caractère qui, il faut le noter à son crédit, s’applique également dans ses interviews. Parler aux politiciens est souvent un exercice au cours duquel l’intervieweur tente d’extraire quelques gouttes de contenu clair et cohérent dans une mer de paroles intéressées. Les questions sont esquivées, éludées. Les réponses présentées n’ont souvent rien à voir avec la question. Et au moment où l’afflux de mots a cessé, il est parfois compliqué de se souvenir seulement quelle était la question.

Ce n’est pas le cas avec Gabbay, rencontré dans un petit bureau situé à proximité de la salle de réunion de l’Union sioniste à la Knesset (l’Union sioniste dont il est dorénavant à la tête est une alliance passée entre le parti Travailliste et la formation Hatnua de Tzipi Livni). Lorsqu’il n’est pas prêt à entrer dans les détails, il le dit, tout simplement – et il avance. L’entretien a été très court, durant moins d’une demi-heure. Les choses ont pourtant été dites. Une interview rondement menée.

Il a fait part de son approche du conflit palestinien, avec notamment l’engagement de mettre un terme à toutes les constructions hors des blocs d’implantations et la recherche d’une « solution créative » pour ceux qui, d’ores et déjà, vivent hors de ces blocs.

Il a réclamé l’égalité de traitement pour les Juifs non-orthodoxes. Il a fustigé ce qu’il a qualifié de politique américaine délibérée de Netanyahu consistant à ne s’appuyer que sur le parti Républicain. Il a promis de s’attaquer à ce qu’il a appelé une « culture de la corruption » qui émane du sommet du pouvoir.

Gabbay n’a pas été sec ou brutal. Il n’a simplement apporté que des réponses directes. Il s’est montré très réfléchi lorsqu’il a été interrogé sur ce qui l’avait motivé à quitter le gouvernement Netanyahu, décrivant comment il avait réalisé peu à peu, semaine après semaine, alors qu’il se trouvait à la table du cabinet, qu’il n’était pas à la place qui devait être la sienne.

Et voilà donc, traduites de l’hébreu – et légèrement révisées pour davantage de clarté – les positions politiques d’Avi Gabbay, Premier ministre aspirant d’Israël dans la veine de Rabin, qui cherche à répéter au niveau national ce qu’il a réalisé au sein du parti Travailliste de manière improbable : une prise de contrôle rapide portée par la volonté populaire des électeurs.

Times of Israel : Yitzhak Rabin est-il votre modèle lorsqu’il s’agit de ce qui doit prévaloir au sein du parti travailliste ? Avez-vous le sentiment que la perception du parti a changé depuis Rabin et cherchez-vous à le faire revenir à un positionnement plus centriste ?

Avi Gabbay : Je me sens très proche d’Yitzhak Rabin même si je ne l’ai pas connu. Reconnaissons-le avant tout : il est à sept niveaux au-dessus de moi.

Le chef de l’Union sioniste Avi Gabbay dirige une réunion de sa faction au Parlement israélien le 20 novembre 2017 devant un portrait de Yitzhak Rabin (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En termes de positionnement diplomatico-sécuritaire, j’adopte une position similaire. Et je pense qu’il y a également une similarité dans le fait de se montrer pratique, de se pencher sur ce qui est important. De ne pas rêver des rêves qui sont certes agréables mais peu pratiques. Et je pense que j’ai la même capacité à prendre des décisions. Je sais comment prendre des décisions.

Je pense aussi qu’aucun d’entre nous n’est véritablement un politicien. Rabin ne l’était pas. Pas comme Shimon Peres. Je veux parler en termes de politique interne. De jeu politique interne. Rabin n’aimait pas cela.

Vous semblez avoir mené le jeu politique de manière très efficace ?

Assez, oui. Mais j’ai gagné grâce aux membres du parti Travailliste. Je ne l’ai pas emporté via les militants. J’ai perdu auprès des militants du parti. Si cela n’avait tenu qu’à eux, je n’aurais pas gagné (la direction du parti). Ce sont donc quelques lignes de similarité entre Rabin et moi. Bien sûr, il venait du monde de la défense et je viens du monde de l’économie. Deux mondes différents.

Vous avez besoin de quelqu’un avec ce type de références sécuritaires à vos côtés.

Bien entendu. Nous avons besoin d’une personnalité crédible dans le domaine sécuritaire. Tout comme il avait eu besoin d’une personnalité crédible dans le secteur de l’économie à ses côtés. Il avait Beiga (le ministre des Finances Avraham Shochat) à son époque.

Je veux vous poser des questions très spécifiques aux niveaux politique et diplomatique, en partie pour comprendre vos différences avec le Premier ministre en exercice. En premier lieu, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est-il un partenaire ? Ou alors peut-il le devenir ? Etait-il un partenaire qui ne l’est dorénavant plus ?

Je négocie avec celui qui est choisi par l’autre partie. Je ne décide pas qui va être le dirigeant d’un autre peuple. Je négocierai avec celui qui est le chef de l’Autorité palestinienne, Abbas ou un autre. Et je tenterai de trouver un accord.

Oui, je favorise pour ma part une solution à deux Etats. Et je vais vous dire ce que je veux obtenir : je veux obtenir la paix. Et je veux obtenir la normalisation avec les Etats arabes. Je veux obtenir la sécurité. Je veux obtenir une ‘fin du conflit’

Une condition préalable pour vous est la reconnaissance par les Palestiniens d’Israël en tant qu’Etat juif ?

Mon approche : je ne fais pas de négociations via les médias. Je me considère comme un futur Premier ministre. Un futur Premier ministre sait que lorsqu’il s’assied à la table des négociations, on va lui dire : ‘Vous avez dit au Times of Israel dans une interview que vous êtes prêt à offrir 1, 2 et 3′. Je ne veux pas me trouver dans cette situation donc je ne rentrerai pas dans ce genre de détails.

Je vais dire que oui, je suis favorable à une solution à deux Etats. Je pense que c’est la solution. Et je vais vous dire ce que je veux obtenir : je veux obtenir la paix. Et je veux obtenir la normalisation avec les Etats arabes. Je veux obtenir la sécurité. Je veux obtenir une ‘fin du conflit’, que je considère comme très importante. Sur le reste, on négociera.

Vous avez dit quelque chose de très spécifique sur Jérusalem : que Jérusalem, ville unifiée, est plus important que la paix. Que voulez-vous dire par Jérusalem ?

Cette déclaration non plus, je ne suis pas prêt à la préciser en détail. Je peux vous dire, par exemple, que Kafr Aqab — qui est aujourd’hui défini comme Jérusalem, mais se trouve hors ses murs – ce n’est pas Jérusalem pour moi.

Le camp de réfugiés de Shuafat ?

Oui, je ne pense pas que c’est Jérusalem.

Vous avez également salué les habitants des implantations (comme étant le beau visage du sionisme). Netanyahu veut que les habitants des implantations perdurent même dans un Etat palestinien. Cela vous semble-t-il viable et chercheriez-vous à laisser les implantations au cœur d’un Etat palestinien ?

Dès que je serai élu, je ferai cesser toutes les constructions hors des blocs d’implantations. Pour parler de manière plus générale, les blocs d’implantations seront au bout du compte sous notre souveraineté et je n’ai donc aucune nécessité d’étendre le problème hors des blocs. D’accord ?

Je suis opposé à l’élargissement de la présence des habitants d’implantations hors des blocs. Une autre caravane sur une autre colline ne nous apporte rien.

Je suis opposé à l’élargissement de la présence des habitants d’implantations hors des blocs. Une autre caravane sur une autre colline ne nous apporte rien.

D’un autre côté, je ne pense pas que nous voulions aujourd’hui évacuer les 100 000 Juifs qui vivent là (dans les implantations en dehors des blocs). Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Si nous entrons dans une période de paix, alors nous devrons trouver ensemble des solutions créatives : comment créer la paix sans que nous subissions ce type d’évacuation ? Evacuer 100 000 personnes serait un coup terrible porté au peuple juif.

Je pense que lorsque l’on cherche à faire la paix et que lorsque j’irai négocier, que lorsque je tente de trouver un accord avec quelqu’un, je vais chercher à lui faciliter les choses et à me les faciliter aussi. Je ne chercherai pas à les compliquer pour lui, parce que cela les compliquera pour moi. C’est de ce genre de choses dont il faut débattre.

Vous avez critiqué la gestion par le Premier ministre de la récente escalade de tirs de roquettes depuis Gaza. Vous pensez qu’Israël devait se montrer plus dur avec le Hamas ? Comment auriez-vous géré les choses ?

Je sais pourquoi il agit ainsi. Il sait que les tirs de roquettes vers les communautés proches de Gaza représentent un échec. S’il ne dit rien, alors cet échec ne relève pas de lui.

J’ai pensé qu’il était inacceptable que le Premier ministre d’Israël, lorsqu’on tire des roquettes vers ses citoyens, ne dise rien. C’est impossible. Vous êtes le Premier ministre d’Israël. On tire sur vos citoyens. Dites que vous faites votre possible pour garantir l’arrêt des tirs. Dites au Hamas de faire attention ou autre chose. Dites votre empathie envers vos citoyens qui se trouvent dans l’obligation de rester chez eux, de rester dans les endroits fermés.

Vos critiques ne portent donc que sur ce qui n’a pas été dit ?

C’est un manquement au devoir. On ne peut pas être absent lorsque vos citoyens essuient les tirs. Je sais pourquoi il agit ainsi. Il sait que les tirs de roquettes vers les communautés proches de Gaza représentent un échec. S’il ne dit rien, alors cet échec ne relève pas de lui. Il relève de quelqu’un d’autre.

C’est cynique. Cynique. Le Premier ministre est tellement cynique. Un Premier ministre doit être un leader. Il ne peut pas être aussi cynique. Et là, son cynisme s’est absolument affiché.

Le président de l’Union sioniste Avi Gabbay (au centre] visite la frontière à Gaza avec Amiram Levin (deuxième à droite) et d’autres membres de son parti, le 21 novembre 2017. (Crédit : autorisation)

De plus, lorsque le Premier ministre ne dit rien, il dit au Hamas : ‘Les gars, ce n’est pas vraiment un problème pour moi’. Le Premier ministre doit s’exprimer et dire au Hamas : ‘Il faut que ça s’arrête’ ou autre chose pour envoyer le message à l’autre partie. Alors j’estime que le comportement du Premier ministre et du ministre de la Défense à l’occasion de cette dernière flambée est un comportement très dérangeant, un comportement politique.

Mais vous ne parlez que de ce qui n’a pas été dit. Il ne s’agit pas de politique en pratique ?

Ce qui est dit entre dans le cadre de la politique.

Ce n’est pas que vous demandiez une réponse militaire différente ?

Je n’entre pas dans la tactique de savoir quelle réponse militaire spécifique était nécessaire.

La paix avec les Palestiniens est-elle réalisable en ce moment ? Y a-t-il des chances de progrès substantiels dans un proche avenir ? Est-ce impossible ?

J’ai posé cette question à de nombreuses personnes. J’ai interrogé nos spécialistes de la sécurité. J’ai interrogé les Palestiniens, les Arabes, les Américains, Tony Blair (ancien Premier ministre britannique et envoyé du quartet du Moyen-Orient).

Je leur ai demandé : ‘Qu’en pensez-vous ? Y a-t-il quelqu’un, dans l’autre partie, qui est capable de prendre des décisions ?’. Parce que je veux vraiment le savoir. Il y a une très grosse querelle.

Il y a une querelle même entre ceux qui n’ont pas de motivations idéologiques ?

Oui. Je parle de ces gens qui se sont impliqués dans le processus.

Je pense que nous devons toujours essayer. Je ne pense pas qu’on puisse se dire : ‘OK, on continue à vivre comme ça, il y aura un Etat binational, tout va bien’.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une conférence sur la paix à Washington, le 2 septembre 2010 (Crédit : Moshe Milner/GPO/Flash90)

Nous devons parler. Nous devons construire la confiance. Quand on regarde le processus, en ce moment, on ne crée pas la confiance entre les deux parties. Mes critiques ne s’adressent pas qu’à nous.

Netanyahu et Abbas se font des critiques réciproques. Ils le font depuis une décennie. Mais ce jeu ne mène nulle part. Voyez ce qui arrive après une décennie. Rien. Quand on écrira l’histoire de cette période, qu’écrira-t-on ? Il n’y aura qu’une seule phrase : Ils se sont critiqués réciproquement. Je pense qu’il faut essayer maintenant.

La réponse palestinienne à la reconnaissance par Trump de Jérusalem en tant que capitale israélienne n’a pas exactement été encourageante toutefois. Ou avez-vous eu le sentiment qu’elle pouvait être justifiée dans la mesure où Trump, à leurs yeux, préjugeait d’une question centrale du statut final ?

On observe les réactions (aux événements) des politiciens. Elles sont très pavloviennes. On sait d’emblée ce qu’ils vont dire. Dans ce cas précis, je pense qu’ils ont fait aussi une erreur tactique. Leur positionnement aurait dû être : D’accord, on a pris un coup. Maintenant, donnez-nous 1, 2 et 3. Au lieu de quoi, ils ont pris la mouche. Après tout, qu’a dit Trump, en fait ? Il n’a pas indiqué quelle Jérusalem (il reconnaissait comme capitale israélienne).

Jared Kushner, à gauche, conseiller du président américain, au mur Occidental avec Donald Trump, à Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

En fait, il a explicitement établi qu’il ne déterminait pas les frontières de la souveraineté israélienne à Jérusalem.

Oui. Ils auraient pu dire : ‘Ce n’est pas la fin du monde mais donnez-nous 1, 2 et 3’. Kissinger a dit un jour qu’il n’y avait pas de politique étrangère, seulement une politique nationale. Et leur réponse s’est donc appuyée sur des motivations de politique nationale. Ce n’est pas de la politique étrangère. C’est une démonstration envers leur opinion publique.

Pour Israël, c’est une grande réussite politique. Le président a reconnu Jérusalem comme notre capitale. Il est venu en Israël bien plus tôt dans sa présidence qu’aucun autre. Il est allé au mur Occidental. Mais c’est un président très controversé et Israël, sous Netanyahu, est très attaché à sa présidence. Etes-vous inquiet de l’ampleur de l’adhésion d’Israël par Netanyahu à l’administration Trump ?

J’étais aux Etats-Unis la semaine dernière. J’ai rencontré de nombreux leaders juifs. Je pense que le fait qu’Israël ne s’appuie que sur un seul parti est très dangereux.

Et c’est ce que vous constatez : un appui démesuré apporté à un seul parti ?

Les Démocrates reviendront au pouvoir à un moment. Et que leur dirons-nous alors ?

Absolument. C’est leur politique. J’ai discuté avec des gens qui disent sans détour que c’est bien là la politique de Netanyahu et de (l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron) Dermer. Ils s’appuient sur les évangéliques et sur un seul parti. C’est la politique. Et on la constate. On la voit en action. C’est une politique très dangereuse pour l’avenir de l’Etat d’Israël.

L’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer parle à l’hôtel Omni Shoreham de Washington, DC, le 9 juin 2017 (Crédit : Mark Wilson/Getty Images via JTA)

Le fait que les deux parties soutenaient Israël était un énorme avantage stratégique, à mon avis, comme selon les experts. Et nous commençons à gâcher cet avantage. Nous perdons cet avantage.

Ce n’est pas à nous d’intervenir dans qui dirige les Etats-Unis. L’expérience démontre que tous les huit ans environ, le parti du gouvernement change. En d’autres mots, les Démocrates reviendront au pouvoir à un moment. Et que leur dirons-nous ? Où serons-nous à ce moment-là ? Ce n’est pas ce que nous devrions faire.

Alors que devrions-nous exactement faire différemment ?

Il faut une approche différente. Ce qui arrive maintenant est le résultat d’une politique délibérée. Cette politique doit changer. Elle n’est pas une coïncidence. Elle dépend d’une vision du monde. C’est une vision du monde qui s’appuie sur les évangéliques, pas sur les Juifs.

Comment reconstruiriez-vous le soutien en faveur d’Israël parmi les Démocrates ?

Lorsque je serai Premier ministre, j’accorderai la priorité à ce fait – que nous travaillerons également avec les Démocrates et que nous ne nous appuierons pas sur un seul parti.

Netanyahu ne reconnaîtrait pas qu’il ne travaille qu’avec un seul parti. Il soulignerait qu’il est content de travailler avec les deux.

Et je vous réponds que lorsque vous parlez aux gens aux Etats-Unis, ils citent Dermer qui atteste que c’est bien la politique mise en œuvre.

La politique déclarée ?

Oui.

Vous avez quitté ce gouvernement parce que vous avez dit qu’il menait Israël sur la voie de l’extrémisme et que la nomination d’Avigdor Liberman au poste de ministre de la Défense était le comble, selon vous. Pourquoi cela vous a-t-il poussé à bout ?

Cela a été un processus. Ça a commencé avec l’accord déterminant la gestion des découvertes de gaz. Quand vous constatez qu’une décision est adoptée alors qu’elle ne répond pas aux intérêts du public, alors que c’était une question économique très sérieuse… Ce n’était pas un petit problème. Vous regardez les choses se faire. Vous voyez comment tous les contrôles, tous les équilibres sont bafoués. Vous voyez que toute l’opposition est bafouée.

Et ça continue lorsque vous venez aux réunions hebdomadaires de cabinet et que vous voyez que tout ce que fait le Premier ministre, c’est répandre la haine et les divisions parmi l’opinion publique. Chaque semaine, c’est un discours contre les Arabes, contre la gauche, contre les médias. Contre, contre, contre. Vous êtes là et vous n’avez pas vraiment le sentiment d’appartenir à tout ça. Vous avez le sentiment que ce n’est pas votre opinion. Et, vous savez, ça devient de plus en plus dur.

Elor Azaria, condamné pour homicide involontaire pour avoir abattu un attaquant palestinien neutralisé en mars 2016, devant le tribunal militaire de la Kirya à Tel Aviv, le 30 juillet 2017. (Crédit : Flash90)

Il y a eu l’histoire d'(Elor) Azaria, (soldat condamné pour homicide involontaire et emprisonné pour le meurtre d’un terroriste palestinien neutralisé et blessé à Hébron).

J’ai soutenu (l’ancien ministre de la Défense) Yaalon et l’approche selon laquelle il fallait s’appuyer sur le chef d’Etat-major (dans la gestion du dossier).

Vous réalisez que vous ne parlez pas le langage du gouvernement dont vous êtes membre

Il y a eu le problème avec le chef d’état-major adjoint (Yair Golan, qui a mis en garde l’année dernière contre des tendances sociétales en Israël qui viennent faire écho à l’Europe d’avant la Seconde Guerre mondiale). Là aussi, j’ai soutenu Yaalon, qui avait appuyé le chef d’état-major adjoint.

Vous réalisez que vous ne parlez pas le langage du gouvernement dont vous êtes membre. Et la nomination d’Avigdor Liberman au poste de ministre de la Défense – un homme qui, selon le Premier ministre, n’aurait même pas dû être un commentateur militaire ; un homme qui, selon le Premier ministre, ne devait pas être autorisé à prendre part seulement cinq minutes à une réunion du cabinet de sécurité – a été une ligne rouge.

De la manière dont je l’envisage, le ministre de la Défense n’est pas seulement un simple ministre. C’est un poste sensible pour l’Etat d’Israël. Et cette fonction doit être assumée par quelqu’un d’adapté.

Une question spécifique concernant les députés arabes. Vous avez dit que vous n’incluriez pas la Liste arabe unie dans une coalition dont vous seriez à la tête. Vous rejetez tous les partis arabes ou cette alliance là en particulier ?

J’ai dit la Liste arabe unie.

Je suis favorable à la participation des Arabes israéliens à la politique d’Israël. Je suis favorable au travail pour l’égalité, que nous devons vivre ensemble. Une majorité écrasante d’Arabes israéliens est loyale envers l’Etat d’Israël. Au bout du compte, ils veulent vivre ici. Ils veulent vivre ici dans la paix et la tranquillité, bénéficier d’opportunités égales, ils veulent que l’Etat s’occupe d’eux et gère leurs problèmes. En résumé, c’est positif.

Je souhaiterais qu’il existe un parti arabe qui s’inquiéterait des intérêts de ses électeurs

La Liste arabe unie ne s’intéresse pas à eux. Elle s’intéresse à s’opposer à l’Etat d’Israël. Elle contient des éléments qui lui sont de plus en plus hostiles. Au sein de cette liste (qui comprend quatre groupements politiques arabes), il y a le jeu politique interne. Balad est très extrême et dorénavant Ayman Odeh (le député qui dirige la Liste arabe unie) et d’autres, disent des choses très radicales.

Ils ne veulent pas siéger avec nous. Les choses ne sont pas unilatérales.

Alors il s’agit spécifiquement d’eux et non des partis arabes en général ?

C’est complètement le contraire. Je souhaiterais qu’il existe un parti arabe qui s’inquiéterait des intérêts de ses électeurs.

Ayman Odeh, le 17 mars 2015 (Crédit : Basel Awidat/FLASH90)

Puisque nous clarifions les choses, pourriez-vous expliquer ce que vous avez voulu dire lorsque vous avez déclaré que la gauche a oublié ce que c’est qu’être Juif, un propos dont vous avez dit qu’il avait été déformé ?

Tous ceux qui se trouvaient dans l’assistance et qui ont entendu ce que j’ai dit – et il y avait 300 personnes là-bas, majoritairement des gens de gauche – ont parfaitement compris.

Je ne vais pas expliquer rétrospectivement. Ce que je disais, c’est que quand Netanyahu avait affirmé que la gauche avait oublié ce que c’était d’être juif, nous aurions dû nous en préoccuper et ne pas admettre ce point. Nous plaçons nos valeurs libérales sur le front au lieu de nos valeurs juives. C’est ce que je voulais dire. Nous ne nous sommes pas préoccupés de cette affirmation. La gauche est très certainement juive. Mais la gauche n’a pas pris en charge cette question. Elle aurait dû le faire.

‘Je ferai appliquer le compromis au mur Occidental’

Quel est votre positionnement sur le judaïsme non-orthodoxe ? Quel statut doit-il avoir en Israël ? Quelle est votre position sur le compromis du mur Occidental (un accord souscrit par Netanyahu pour garantir une zone de prière pluraliste sur le site sous une supervision conjointe impliquant des représentants juifs non-orthodoxes) et sur le monopole ultra-orthodoxe des événements de la vie ?

Je ne veux pas entrer dans les détails. Je ne connais pas tous les détails en profondeur.

Mais il y a une chose que je sais. Ce sont des Juifs comme tous les autres. Ils doivent être traités à égalité, dans tous les domaines.

Le compromis du mur Occidental doit être mis en œuvre. Je le ferai appliquer. Ce n’est pas une question religieuse, c’est une question politique. Les rabbins ne disent pas que c’est interdit. Le fait est que le rabbin du mur Occidental a participé à cet accord et que le (procureur général Avichai) Mandelblit, qui porte une kippa noire (indiquant son adhésion au judaïsme orthodoxe) a également pris part à cet accord. Ce n’est qu’une affaire politique qui doit être approuvée.

L’ancien parachutiste Micha Eshet parle avec les gardes de sécurité alors qu’il tente de faire entrer un rouleau de Torah au mur Occidental pour les Femmes du mur, le 20 octobre 2017 (Crédit : Hila Shiloni)

Nous avons un gros problème avec la communauté juive américaine et il ne concerne pas seulement le mur Occidental. Il est beaucoup plus important que ça. Nous les avons considérés comme acquis depuis trop d’années.

Nous devons à nouveau les étreindre et nous souvenir que nous ne formons qu’un seul peuple.

Et nous devons éduquer nos enfants sur l’importance de la communauté juive américaine de manière à ce qu’ils soient familiers avec les Juifs américains. C’est une communauté immense de millions de personnes. Nous ne nous rendons pas compte de sa taille.

Netanyahu devrait-il démissionner en raison des enquêtes de corruption ouvertes à son encontre ? Ou absolument pas ? Quelle est votre position ?

En premier lieu, le Premier ministre a admis avoir reçu 200 000 dollars de cadeau. Ce n’est pas la question de savoir s’il l’a fait ou non : il l’a dorénavant admis.

Je ne pense pas que nous sachions qu’il ait reconnu cette somme (Netanyahu n’a cessé de nier toute malversation).

Ce n’est pas la question de l’ampleur des cadeaux. Il a admis. Et c’est très grave, à mon avis.

De manière plus large, ce processus a mené le gouvernement à un point où il ne fonctionne plus. Chaque ministre suit sa politique propre. Et il est donc clair à mes yeux que le pays devrait organiser des élections.

Il est préférable pour Israël qu’il y ait des élections plutôt que ce processus d’effondrement gouvernemental.

Alors votre position est que nous devrions organiser maintenant des élections, et non que le Premier ministre devrait démissionner maintenant, alors qu’il n’est encore inculpé de rien ?

C’est ça.

Quel est votre degré d’inquiétude face à la corruption en Israël, pas seulement la corruption politique, mais toute cette face sombre de l’économique technologique israélienne qui a permis à la fraude aux options binaires de se développer et de gagner des milliards de dollars tandis qu’aujourd’hui, dans la mesure où les options binaires ont été interdites, cette arnaque pourrait se répéter dans le secteur des crypto-devises ? Une sous-section entière de l’économie où des milliers d’Israéliens vont chaque jour travailler pour voler de l’argent avec une police qui ne fait rien. Avez-vous seulement conscience de tout cela ?

La semaine dernière, nous avons publié notre programme dans la guerre contre la corruption. (Ce projet de l’Union sioniste promet l’annulation de toutes les « législations corrompues » adoptées par le gouvernement actuel, le recrutement des meilleurs candidats dans les emplois publics, la création de nouvelles dissuasions et sanctions pour prévenir la corruption au sein du gouvernement et une nouvelle focalisation sur l’approfondissement de la culture de la transparence et de la responsabilité).

Il y a un problème de corruption et il ne cesse d’empirer.

L’histoire de la corruption commence par une culture de la corruption. Lorsque la culture est que la corruption est légitime, tout le monde commence à s’y prêter. Lorsque (l’ambassadeur israélien aux Nations unies) Danny Danon s’empare de 15 millions de shekels et que personne ne fait rien, cela apporte une légitimité (Danon nie toute malversation). C’est ça, la réalité.

Il y a un problème de corruption… Elle commence au sommet

Il pourrait y avoir aussi de la corruption dans nos rangs. Nous pourrions trouver quelque chose impliquant quelqu’un dès demain. Je ne peux pas promettre que cela n’existe pas. Mais ce que je peux promettre, c’est que je n’aurais aucune tolérance quelle qu’elle soit pour un responsable corrompu et que j’établirai très clairement que c’est inacceptable.

C’est la différence entre nous et le Likud aujourd’hui, et c’est une différence énorme. Quelque chose sort au sujet du ministre Ayoub Kara. Ils referment les rangs. Et tout part du sommet.

Avichai Mandelblit, procureur général d’Israël, pendant une réunion de la commission de la Justice, du Droit et de la Constitution de la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Quand ça part du sommet, l’opinion publique voit ça et se dit : ‘C’est OK de faire ça’.

Certains employés dans les bureaux voient ça et se disent que si ‘Yvette’ Liberman, à la tête d’un parti corrompu – chacun d’entre eux est impliqué dans une procédure criminelle différente – que si lui peut être le ministre de l’Etat d’Israël, alors tout est permis. C’est l’un des problèmes auxquels nous nous attaquerons.

Etes-vous confiant dans le fait que Mandelblit saura prendre les décisions appropriées concernant Netanyahu ?

Je ne vois aucune raison de ne pas lui faire confiance.

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