Gantz : L’opération à Gaza visera à « frapper durement le Hamas »
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Gantz : L’opération à Gaza visera à « frapper durement le Hamas »

Le ministre de la Défense a ajouté que le groupe terroriste "regretterait" les tirs de roquette et que les combats dureraient probablement plusieurs jours

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

De la fumée s'élève suite aux frappes de représailles de l'armée israélienne dans la région de Khan Younes, dans le sud de Gaza, le 11 mai 2021. (Crédit : Mahmoud KHATAB / AFP)
De la fumée s'élève suite aux frappes de représailles de l'armée israélienne dans la région de Khan Younes, dans le sud de Gaza, le 11 mai 2021. (Crédit : Mahmoud KHATAB / AFP)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré mardi que l’objectif poursuivi par Israël – dans les frappes continues de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, venues en réponse aux tirs de roquettes depuis l’enclave – visaient à affaiblir gravement le groupe terroriste du Hamas. Il a dit vouloir également obtenir le retour du calme dans le sud de l’État juif.

Gantz a ajouté que l’opération, intitulée « Gardien des murs », durerait probablement plusieurs jours. Les avions, les forces terrestres et les navires israéliens ont bombardé les postes, les structures et les combattants du Hamas et du Jihad islamique.

« L’objectif de l’opération est de frapper le Hamas avec dureté, de l’affaiblir et de lui faire regretter sa décision [d’avoir fait tirer des roquettes sur Israël], a dit Gantz, qui s’est exprimé devant les journalistes alors qu’il se tenait à côté d’une batterie du système de défense antiaérienne du Dôme de fer, dans le sud d’Israël.

« Toutes les bombes ont une destination bien précise. Nous allons continuer pendant les prochaines heures et pendant les prochains jours. Il est dur d’estimer à ce stade combien de temps ça va prendre », a-t-il continué.

Le ministre de la Défense Benny Gantz parle aux soldats de l’armée de l’air en charge du système de défense antiaérienne du Dôme de fer, le 11 mai 2021. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Le porte-parole de Tsahal, Hidai Zilberman, a expliqué que l’armée allait lancer une offensive majeure contre les structures de lancement de roquettes et les contre les entrepôts d’armements du groupe terroriste du Hamas dans le nord de la bande de Gaza. Ces raids, a-t-il ajouté, vont inclure 80 avions-chasseurs, dont l’avion avancé F-35.

Zilberman a noté que les soldats avaient également procédé au meurtre ciblé d’un commandant terroriste, tuant le chef de l’unité responsable du tir des missiles de précision antitank à Gaza City, Iyad Fathi Faik Sharir, qui avait été à l’origine d’un certain nombre d’attaques contre Israël, ces dernières années.

« Cette unité était prête à lancer des attaques aux missiles guidés antitank au moment où nous avons frappé », a précisé le militaire qui a diffusé des images de l’opération.

Le porte-parole a indiqué que Tsahal avait aussi bombardé un tunnel d’attaque s’approchant de la frontière avec l’État juif et que des forces spéciales du Hamas, qui se trouvaient à l’intérieur, étaient mortes lors de ce bombardement.

Le ministre de la Défense a estimé que le catalyseur des attaques à la roquette émanant du Hamas semblait avoir été les affrontements massifs survenus dans la Vieille Ville de Jérusalem et sur le mont du Temple, lundi, qui avaient opposés les Palestiniens aux forces de sécurité israéliennes. Il a aussi évoqué les expulsions en suspens de plusieurs familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, qui pourraient avoir lieu en résultat d’une poursuite judiciaire controversée qui va être réexaminée par la Haute-cour de justice.

« Nos efforts visant à apaiser les choses à Jérusalem ont mené là où ils ont mené, et finalement, le Hamas s’est attaqué à Israël à Yom Yeroushalayim », a continué Gantz en se référant à la fête israélienne qui marque la réunification de Jérusalem à l’issue de la capture, par les soldats israéliens, des quartiers orientaux de la ville pendant la Guerre des Six jours.

A 18 heures, dans la journée de lundi – après avoir lancé un ultimatum à Israël en demandant au pays de retirer toutes ses troupes du mont du Temple et du quartier de Sheikh Jarrah – le Hamas a lancé sept roquettes vers Jérusalem, qui sont toutes retombées hors de la capitale. Plusieurs se sont écrasées dans des champs aux abords de la banlieue de Jérusalem, entraînant des incendies et endommageant une habitation.

Les groupes terroristes de la bande ont alors tiré un barrage massif de roquettes et d’obus de mortier vers les villes et les villages de tout le sud du pays, en particulier vers Ashkelon et Sdérot. Ces frappes ont continué régulièrement pendant toute la nuit de lundi et pendant toute la journée de mardi. Ce sont des centaines de roquettes et obus de mortier qui ont été lancés en direction de l’État juif dans cet intervalle. Ces attaques ont entraîné un bilan lourd : deux femmes ont été tuées à Ashkelon – une Israélienne et une aide-soignante étrangère – et elles ont fait des dizaines de blessés.

L’armée israélienne a ultérieurement reconnu que le système de défense antimissile du Dôme de Fer avait mal fonctionné lors du tir de barrage qui a pris pour cible Ashkelon, mais que ce dysfonctionnement avait été réparé. Le Hamas, pour sa part, a affirmé avoir utilisé un nouveau type de roquette, le Sajil, dont la trajectoire de vol est plus difficile à intercepter pour le Dôme de fer. L’armée israélienne s’est refusée à commenter cette affirmation.

Un pompier israélien éteint un véhicule en feu après qu’une roquette lancée depuis la bande de Gaza, dirigée par le Hamas, a frappé la ville d’Ashkelon, dans le sud d’Israël, le 11 mai 2021. (Crédit : (JACK GUEZ / AFP)

En réponse aux tirs de roquette, l’armée israélienne a lancé l’opération Gardien des murs, lundi soir, environ trois heures après l’attaque menée contre Jérusalem, en frappant des cibles du Hamas et du Jihad islamique palestinien au sein de l’enclave côtière ainsi que des membres du groupe terroriste. Selon les militaires, un certain nombre de commandants de haut-rang, dans les deux groupes, ont été tués – il y a eu le chef de l’unité responsable des tirs de missiles du Jihad Islamique palestinien, mais aussi le frère de l’un de ses plus éminents commandants qui était mort lui-même lors d’une frappe israélienne, et dont le décès avait entraîné un important conflit.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, qui est dirigé par le Hamas, 28 Gazaouis sont morts lors des combats, dont neuf mineurs. L’escalade des tensions avec Israël a par ailleurs fait 125 blessés. Quinze d’entre eux sont dans un état grave, a précisé le porte-parole du Hamas, Ashraf al-Qidra. L’État juif a noté que plus de la moitié étaient des combattants du Hamas et que certaines personnes décédées – au moins trois des enfants – avaient été touchés par des roquettes errantes qui avaient été tirées par les groupes terroristes, et non dans le cadre des opérations israéliennes.

Dans la journée, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait savoir que les soldats avaient reçu l’ordre « d’intensifier la sévérité et le rythme des frappes ».

De la fumée s’élève d’un bâtiment frappé par les Israéliens à Gaza City, parmi les tirs de roquette de la bande, le 11 mai 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

« Nous sommes au beau milieu d’une campagne », a-t-il ajouté. « Depuis hier après-midi, l’armée a mené des centaines d’attaques contre le Hamas et le Jihad islamique à Gaza. Nous avons frappé des commandants et des cibles de haut-rang ».

Le porte-parole arabophone de Tsahal, le major Avichai Adraee, a averti les résidents de la bande de Gaza que les militaires se préparaient à conduire un important nombre d’attaques aériennes au sein de l’enclave.

« L’armée israélienne lance actuellement une série de frappes aériennes importante et exceptionnelle dans la bande de Gaza, » a-t-il écrit dans un tweet.

« Pour votre sécurité, tenez-vous à l’écart de tout site où se trouvent des armements du Hamas », a-t-il ajouté dans sa publication.

Selon Zilberman, l’armée a détruit des dizaines de rampes de lancement de roquettes que le groupe terroriste avait enterré dans le nord de la bande. Pour éviter d’être tués par les soldats israéliens pendant les tirs de roquette ou pour éviter la destruction préalable de ces dernières, les groupes terroristes enterrent habituellement ces rampes de tirs et les activent à distance. Zilberman a fait savoir que « des renseignements précis » avaient amené Tsahal aux 50 à 70 rampes qui ont été bombardées lors des opérations.

Le porte-parole a ajouté que ces raids permettraient de « totalement neutraliser » les capacités de lancement de roquettes d’au moins trois brigades, dans le nord de Gaza, qui appartiennent au Hamas.

Alors qu’il lui était demandé pourquoi les militaires ne s’en prenaient pas à toutes les rampes de lancement du Hamas, Zilberman a répondu que Tsahal allait encore mener des opérations et que ces dernières allaient être élargies.

« Ce n’est pas quelque chose qui va se terminer en 24 heures. Tout cela va durer », a-t-il dit, faisant écho aux propos tenus par Gantz dans la journée.

Selon Zilberman, ce sont 3 000 réservistes qui ont été rappelés dans des unités variées, notamment au Commandement du sud et au Commandement intérieur. Des renforts ont par ailleurs été envoyés à la division de Gaza par la brigade d’infanterie Golani et la 7e Brigade de blindés. Il a expliqué qu’une batterie du système de défense antiaérienne du Dôme de fer avait aussi été déployée dans le sud d’Israël.

L’hôpital Barzilai d’Ashkelon a indiqué qu’il avait pris en charge 74 blessés, notamment deux blessés graves et deux qui se trouvent dans un état modéré. 45 personnes ont été soignées pour des blessures légères. Les autres ont été traitées pour anxiété.

Un secouriste transporte un enfant blessé sorti d’un immeuble d’appartement touché par une roquette tirée depuis Daza à Ashkelon, le 11 mai 2021. (Crédit : Flash90)

Alors qu’un certain nombre de bâtiments de la ville ont été directement touchés par des tirs de roquette pendant la journée, et que le nombre de bâtiments résidentiels dépourvus d’abris antiaériens fait naître l’inquiétude, l’armée israélienne a demandé aux habitants de rester dans les zones renforcées. Même si cette restriction a été levée depuis, les résidents d’Ashkelon ont reçu l’ordre de rester à proximité d’un lieu blindé.

Le maire de la municipalité, Tomer Glam, a indiqué qu’au moins 25% des résidents n’avaient pas accès à une zone protégée lorsque les roquettes s’abattaient sur la ville.

« C’est impossible à tenir, quand la vie normale passe à l’état d’urgence en quelques minutes », a-t-il déclaré au micro de la radio militaire. « Il y a des habitations des années 1960 où il n’y a aucune protection de base – il est temps que les responsables du Trésor et les décisionnaires comprennent ce qui est en train d’arriver ici, dans la ville ».

Mardi après-midi, les tirs de roquette se sont déplacés légèrement vers le nord – avec des projectiles qui ont pris Ashdod pour cible. L’un d’eux a directement touché un immeuble résidentiel. Des bâtiments ont aussi été abimés à Ashkelon, notamment une école qui était vide à ce moment-là, suite à l’ordre donné par les militaires de fermer toutes les institutions académiques.

Les forces de sécurité israélienne dans une habitation d’Ashdod frappée par une roquette tirée depuis la bande de Gaza, le 11 mai 2021. (Crédit :Flash90)

Dans la nuit de lundi, une roquette s’est abattue sur une maison de la région de Shaar Hanegev. Il y a eu des dégâts matériels mais il n’y a pas eu de blessés.

Aux premières heures de mardi, un missile a frappé un immeuble résidentiel d’Ashkelon, blessant six Israéliens dont quatre membres de la même famille : Un couple d’une quarantaine d’années et leurs enfants de 8 et 11 ans. Le père a été grièvement touché et les autres n’ont été que légèrement blessés par des éclats d’obus.

Lundi, un Israélien a été légèrement blessé quand des terroristes palestiniens ont lancé un missile de précision anti-tank sur sa voiture.

La mère de Hussein Hamad, 11 ans, est réconfortée par des personnes venues assister à ses funérailles à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, le 11 mai 2021. Israël et le Hamas ont échangé des tirs nourris, et 22 Palestiniens ont été tués à Gaza, dont neuf enfants, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas. Tsahal a déclaré que plusieurs des décès à Gaza étaient dus à des roquettes visant Israël qui ont raté leur tir ou ont atterri à l’intérieur de Gaza. (MAHMUD HAMS / AFP)

Le porte-parole de Tsahal a indiqué que l’État juif prenait des initiatives visant à épargner les victimes civiles palestiniennes, mais qu’il y en aurait probablement tout de même dans la mesure où le Hamas opère délibérément depuis des zones de population dense, en utilisant les habitants de la bande comme boucliers humains.

Le chef d’État-major de Tsahal, Aviv Kohavi, a donné mardi son autorisation aux militaires de continuer à prendre pour cible les membres du Hamas et du Jihad palestinien au sein de l’enclave et à bombarder les sites liés à la production et au stockage des roquettes des groupes terroristes.

Des renforts issus de la brigade Golani et de la 7e Division des blindés ont été envoyés sur la frontières avec Gaza, et des troupes supplémentaires ont été déployées dans la défense aérienne, dans les unités de renseignements et de l’armée de l’air, a annoncé Tsahal. La police a fait savoir que huit compagnies de réserve de garde-frontières avaient été mobilisées pour aider à prendre en charge les perturbations dans tout le pays.

Zilberman a ajouté que l’armée déployait des systèmes de défense antiaérienne sur tout le territoire israélien, notamment dans la zone métropolitaine de Tel Aviv. Tel Aviv n’a pas été visé par des roquettes jusqu’à présent – mais, selon Tsahal, la ville pourrait être prise pour cible.

Au vu des attaques à la roquette en cours, Gantz a annoncé, lundi, que le secteur s’étendant dans un périmètre de 80 kilomètres autour de la bande de Gaza allait être placé sous contrôle militaire, ce qui donne aux soldats l’autorité nécessaire pour émettre des directives en direction des civils. L’armée a ordonné la fermeture des écoles dans les communautés situées aux abords de Gaza, mardi, et a limité les rassemblements à dix personnes à l’extérieur et à 50 personnes en espace clos. Les commerces ont le droit d’ouvrir s’ils offrent un accès facile à un abri antiaérien.

Les militaires ont aussi restreint les regroupements dans la zone métropolitaine de Tel Aviv et dans la région de Shfela, aux alentours de Beit Shemesh, à 30 personnes à l’extérieur et à 50 personnes à l’intérieur. De même, là-bas, les écoles et les commerces peuvent lever le rideau s’ils sont proches d’un abri antiaérien. Un certain nombre de municipalités, dans le centre d’Israël, ont fait savoir qu’elles fermaient les écoles, mardi, par mesure de précaution.

De son côté, le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a expliqué que la seule centrale électrique de la bande allait manquer de carburant après la fermeture, par Israël, de tous les postes-frontières en réponse au lancement des centaines de roquettes.

L’enclave côtière reçoit habituellement la plus grande partie de son carburant par le poste-frontière de Kerem Shalom, qui la sépare de l’État juif et, selon la Compagnie d’électricité de Gaza, l’un des générateurs de la centrale a d’ores et déjà été fermé et la structure dans son ensemble sera probablement « bientôt » arrêtée en raison d’un manque de carburant, menaçant de restreindre gravement le nombre d’heures d’électricité dont bénéficient les Gazaouis.

Al-Qidra a noté qu’une pénurie d’électricité menacerait l’efficacité du système de soins dans la bande. « Cela va avoir un impact grave sur la santé publique et sur la santé de notre société », a-t-il précisé.

Le Hamas, qui s’est ouvertement engagé à détruire Israël, a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007 des mains de l’Autorité palestinienne, à l’occasion d’un coup d’état violent. Depuis, l’État juif impose un blocus naval sur l’enclave et exerce un contrôle rigoureux sur ce qui est autorisé à pénétrer dans le bande – affirmant que ce contrôle est nécessaire de manière à empêcher le groupe terroriste de faire entrer des armes sur le territoire.

L’armée avait initialement pensé que le Hamas ne s’intéressait pas au déclenchement d’un conflit d’ampleur avec Israël – une évaluation qui a changé depuis quarante-huit heures. Les militaires se sont donc préparés à la possibilité d’une escalade des combats.

Une colonne de fumée provenant de frappes aériennes israéliennes dans la bande de Gaza, contrôlée par le groupe terroriste palestinien Hamas, le 11 mai 2021. (MAHMUD HAMS / AFP)

Les groupes terroristes palestiniens ont justifié leurs attaques en évoquant les agitations survenues à Jérusalem, en lien avec la prière sur le mont du Temple, pendant le mois sacré du ramadan, et l’expulsion en suspens d’un certain nombre de familles palestiniennes du quartier Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est.

Israël a mené des conflits d’ampleur à trois reprises contre le Hamas et les autres groupes terroristes de la bande de Gaza depuis 2008. Le plus récent remonte à 2008, avec une guerre de 51 jours connue sous le nom d’Opération bordure protectrice.

Aaron Boxerman et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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