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Gaza : Tsahal menace d’intensifier ses raids sans rappeler ses réservistes

L'armée indique que le Hamas et le Jihad islamique ont tiré plus de 400 roquettes et obus de mortier sur Israël; ils en ont encore plus de 20 000 à disposition

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un homme debout à l'intérieur d'une maison qui a été touchée par une roquette tirée depuis la bande de Gaza dans la ville d'Ashkelon, au sud d'Israël, le 13 novembre 2018 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Un homme debout à l'intérieur d'une maison qui a été touchée par une roquette tirée depuis la bande de Gaza dans la ville d'Ashkelon, au sud d'Israël, le 13 novembre 2018 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

L’armée israélienne a menacé mardi d’intensifier ses raids de bombardement sur Gaza, qui, selon l’armée, ont déjà détruit plus de 150 cibles militaires dans l’enclave côtière, après que des terroristes palestiniens ont tiré 400 roquettes et obus de mortier sur des villes et villages israéliens le long de la frontière, causant au moins un mort et plusieurs dizaines de blessés.

« Il y a encore beaucoup d’autres cibles », a déclaré le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, porte-parole de l’armée israélienne. « Nous avons signifié au Hamas au cours de cette nuit que nous avons le renseignement et la capacité de frapper diverses cibles militaires qui appartiennent au Hamas. »

Les porte-parole de la branche armée du Hamas, l’organisation terroriste qui dirige la bande de Gaza, ont menacé de lancer des roquettes plus profondément dans le territoire israélien si les combats continuaient, qualifiant les récents tirs sur la ville d’Ashkelon « d’avertissement »

« Environ un million de sionistes seront à portée de nos missiles si l’ennemi sioniste décide de poursuivre son agression », a déclaré un porte-parole du Hamas.

Des soldats israéliens allongés sur le bord de la route dans le sud d’Israël alors qu’ils s’abritent des roquettes tirées depuis Gaza sur Israël, le 12 novembre 2018. (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Un autre porte-parole a déclaré mardi matin que si Israël continue ses bombardements sur Gaza, les villes d' »Ashdod et Beer Sheva seront les prochaines cibles », tandis qu’un porte-parole du Jihad islamique palestinien a menacé d’attaquer Tel Aviv.

Mardi, Israël a également cessé de coopérer avec les services de renseignement égyptiens et l’envoyé spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, qui s’efforcent de négocier un cessez-le-feu entre les deux parties, ce qui montre clairement que Jérusalem est prête à continuer à pilonner Gaza si les tirs de roquettes et de mortiers se poursuivent.

Le cabinet de sécurité israélien s’est réuni dans la matinée au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv. La discussion devrait durer plusieurs heures, à l’issue desquelles les ministres décideront de la marche à suivre.

Les missiles du système de défense aérienne Dôme de fer dans le sud d’Israël détruisent des missiles à l’approche au-dessus d’Ashkelon, tirés depuis la bande de Gaza le 13 novembre 2018. (Crédit : GIL COHEN-MAGEN/AFP)

Les menaces de Tsahal contre le Hamas interviennent alors que les tirs de roquettes et de mortiers en provenance de la bande de Gaza entrent dans leur deuxième jour, forçant des dizaines de milliers d’Israéliens du sud à rester près des abris anti-aériens. La plupart des écoles, entreprises et bureaux gouvernementaux de la région restent fermés.

Les tirs massifs de roquettes et d’obus de mortier, qui ont commencé lundi après-midi et ont persisté toute la nuit jusqu’à mardi matin, ont constitué la plus grande attaque jamais lancée en 24 heures depuis la bande de Gaza.

En réponse aux « tirs incessants de roquettes » depuis Gaza, l’armée israélienne a lancé une série de frappes terrestres, aériennes et navales contre plus de 150 cibles dans la bande de Gaza liées au Hamas et au Jihad islamique palestinien, dont des « installations stratégiques clés » selon Conricus.

Parmi ces installations figuraient la chaîne de télévision Al-Aqsa contrôlée par le Hamas, qui, selon Israël, servait à diriger et à encourager les activités terroristes, et le quartier général de la sécurité interne du Hamas.

Alors que les tirs de roquettes se sont poursuivis, lundi soir et mardi, l’armée israélienne a envoyé des renforts dans le sud sous la forme de troupes d’infanterie supplémentaires, de chars et de batteries du Dôme de fer.

L’armée n’avait pas encore appelé un nombre important de réservistes mardi matin, mais le porte-parole de Tsahal, le général Ronen Manelis, a déclaré sur Radio Darom qu’elle pourrait encore le faire si le besoin se faisait sentir. Un petit nombre de réservistes, provenant pour la plupart d’unités de défense aérienne ont été mobilisés par l’armée, a déclaré Conricus par téléphone à des journalistes.

Selon l’armée israélienne, plus de 400 roquettes et mortiers ont été lancés sur le sud d’Israël depuis lundi après-midi. Les tirs ont débuté peu après 16h30 lorsque des terroristes palestiniens ont lancé un missile anti-char Kornet sur un autobus près de la frontière, faisant de sérieux blessés parmi les soldats israéliens.

Une photo prise le 12 novembre 2018 montre un autobus incendié après avoir été touché par une roquette tirée depuis la bande de Gaza, à la frontière entre Israël et Gaza, près du kibboutz de Kfar Aza, le 12 novembre 2018. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

L’attaque au missile anti-char a eu lieu moins d’un jour après qu’un officier des opérations spéciales de Tsahal a été tué dans une opération à Gaza qui a mal tourné et a également tué sept hommes armés palestiniens. Après les affrontements, le Hamas a dit que « le sang de nos justes martyrs ne sera pas gaspillé ».

La plupart des projectiles lancés depuis la bande de Gaza ont visé les localités israéliennes situées à quelques kilomètres de l’enclave côtière, a dit l’armée.

Conricus a averti que le Hamas et le Jihad islamique palestinien – les deux plus grands groupes terroristes de Gaza – ont « plus de 20 000 roquettes et obus de mortier de différents calibres et portées » dans leurs arsenaux à Gaza, soit près du double du nombre estimé par Israël lors de la guerre de 2014, connue en Israël sous le nom d’opération Bordure protectrice.

« Malheureusement, ils ne sont pas près d’épuiser leurs capacités », a-t-il dit.

Selon les militaires, plus de 100 des projectiles ont été interceptés par le système de défense aérienne Dôme de fer. La plupart des autres ont atterri dans des champs à l’extérieur des agglomérations israéliennes. Des douzaines ont explosé à l’intérieur des villes et villages du sud d’Israël, plusieurs d’entre eux frappant directement des maisons et des immeubles à Ashkelon, Nétivot et Sdérot.

Un homme a été tué dans une de ces attaques directes à Ashkelon. Il a ensuite été identifié comme étant un Palestinien de 48 ans originaire de Hébron, Mahmoud Abu Asbah, qui vivait en Israël avec un permis de travail en règle.

Selon les autorités médicales, 27 autres personnes ont été blessées lors d’attaques, dont le soldat touché lors de l’attaque au missile anti-char et deux femmes blessées lors de frappes directes sur des immeubles à Ashkelon. Un homme d’une quarantaine d’années a également été modérément blessé par des éclats d’obus, selon les médecins.

« Jusqu’à présent, le Dôme de Fer a été phénoménal, mais même le Dôme de Fer n’est pas hermétique et nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu’il intercepte tout, surtout quand il s’agit de cette quantité de roquettes », a expliqué Conricus.

Une maison frappée par une roquette tirée depuis la bande de Gaza dans la ville d’Ashkelon, au sud d’Israël, le 13 novembre 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Il est regrettable que parmi les dizaines de roquettes tirées sur Ashhkelon, une seule ait pu passer à travers nos défenses et frapper un bâtiment dans une zone peuplée », a-t-il ajouté, lorsqu’on l’a interrogé sur l’attaque qui avait tué cet homme palestinien.

À Gaza, six Palestiniens – au moins trois d’entre eux plus tard revendiqués par des groupes terroristes – auraient été tués lors des raids de l’armée israélienne lundi et mardi, apparemment lors de frappes aériennes sur des cellules de lancement de roquettes.

Aucun membre du Hamas n’a encore été identifié parmi les morts à Gaza.

Selon Conricus, c’est parce que les dirigeants et les combattants du Hamas sont pour la plupart restés sous terre pendant toute la durée des combats, lançant leurs roquettes avec des minuteurs et d’autres dispositifs télécommandés afin d’éviter d’être touchés par des frappes aériennes israéliennes.

« Ce n’est pas un secret – ils se cachent », a-t-il dit. « Ils tirent des roquettes de la population civile de Gaza vers notre population civile, et ils le font en se dissimulant parmi leur population civile. »

Conricus a indiqué que Tsahal avait recours à diverses mesures pour éviter les pertes civiles palestiniennes, notamment des appels téléphoniques adressés aux bâtiments sur le point d’être détruits et la technique dite « knock on the roof » qui consiste à lâcher sur un bâtiment des projectiles non explosifs pour alerter avant la véritable frappe.

Une photo prise le 12 novembre 2018 montre une boule de feu au-dessus du bâtiment abritant la chaîne de télévision du Hamas al-Aqsa TV à Gaza City pendant une frappe aérienne israélienne. ( Crédit : Bashar TALEB / AFP)

« Le Hamas impose sa violence et provoque la destruction de la bande de Gaza par ses actions », a dit M. Conricus. « Cela malgré les efforts à long terme qu’Israël et l’armée israélienne ont déployés pour stabiliser et améliorer la situation [à Gaza] ».

Ces dernières semaines, les médiateurs égyptiens et onusiens ont semblé faire des progrès dans la négociation d’accords informels visant à calmer la situation.

La semaine dernière, Israël a autorisé le Qatar à délivrer 15 millions de dollars à Gaza pour permettre au Hamas, à court d’argent, de payer les salaires de milliers d’employés gouvernementaux. Dans le même temps, le Hamas a réduit l’intensité des manifestations frontalières ces dernières semaines.

Les forces de sécurité et les pompiers israéliens se rassemblent près d’un bâtiment incendié touché par une roquette tirée depuis la bande de Gaza, dans la ville de Sdérot, dans le sud du pays, le 12 novembre 2018. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Les combats de lundi et de mardi ont jeté le doute sur les accords précédemment négociés par l’Égypte et les responsables de l’ONU pour réduire les tensions. La veille, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait défendu ces accords, affirmant qu’il faisait tout son possible pour éviter une nouvelle « guerre inutile ».

Lundi, les Nations Unies ont déclaré qu’elles collaboraient avec l’Égypte pour mettre fin à la violence. « Les roquettes doivent s’ARRÊTER, tout le monde doit faire preuve de retenue ! » a tweeté le bureau de l’envoyé au Moyen-Orient de l’ONU.

Le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres a quant à lui exhorté Israël et les Palestiniens à « faire preuve de la plus grande retenue », selon un communiqué.

Compte-tenu des tirs en provenance de la bande de Gaza, l’armée israélienne a ordonné aux habitants des localités proches de la bande de Gaza de rester près des abris anti-aériens jusqu’à nouvel ordre. Il s’agit notamment des habitants des villes de Nétivot et d’Ofakim, qui ne sont généralement pas aussi touchés par les roquettes que les communautés plus proches de la frontière.

Les habitants des villes de Beer Sheva, Ashkelon et Ashdod ont également reçu l’ordre de rester à proximité des abris antiaériens et des espaces protégés.

Un second tour de scrutin prévu mardi dans la région de Hof Ashkelon a été reporté.

Une maison à Sdérot touchée par des tirs de roquettes depuis Gaza le 12 novembre 2018. (Crédit : capture d’écran / Hadashot news)

L’armée a également décidé la fermeture des écoles mardi dans la région frontalière de Gaza et dans les régions centrales du Néguev et de Lachish, notamment dans la quatrième ville d’Israël, Beer Sheva.

En outre, des entreprises ont été fermées dans la région de Gaza, ainsi que des bureaux du gouvernement, sauf si elles sont considérées comme essentielles ou si elles ont un accès proche aux abris anti-aériens, a dit l’armée. Aucun grand rassemblement n’a été autorisé dans le sud d’Israël lundi soir et mardi, a-t-il ajouté.

A Gaza, le Hamas a mis en place de multiples points de contrôle. Il a également restreint la circulation aux points de passage avec Israël, empêchant les journalistes étrangers, les hommes d’affaires locaux et certains travailleurs humanitaires de quitter le territoire.

Le Hamas a également annulé une manifestation hebdomadaire sur la plage dans le nord-ouest de Gaza, le long de la frontière avec Israël. Les organisateurs ont évoqué « la situation sécuritaire actuelle ».

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