GB : niveau record d’actes antisémites, en hausse de 7 % par rapport à 2018
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GB : niveau record d’actes antisémites, en hausse de 7 % par rapport à 2018

Le Community Security Trust a enregistré 1 805 incidents antisémites, dont 158 incidents violents, à travers le pays en 2019

Un graffiti antisémite dans le quartier d'Hamstead au nord ouest de Londres, photographié le 29 décembre 2019. (Capture d'écran : Twitter)
Un graffiti antisémite dans le quartier d'Hamstead au nord ouest de Londres, photographié le 29 décembre 2019. (Capture d'écran : Twitter)

Le nombre d’actes antisémites au Royaume-Uni a atteint un niveau record en 2019, avec des pics enregistrés au plus fort des débats sur l’inaction supposée de l’opposition travailliste face à ce fléau, a indiqué jeudi l’association les recensant.

Le Community Security Trust (CST), une ONG britannique qui gère la sécurité de la communauté juive en Grande-Bretagne, a déclaré avoir enregistré 1 805 incidents antisémites sur l’ensemble de la nation en 2019. Il s’agit d’un record absolu pour une année calendaire.

C’est la quatrième année d’affilée que le CST a enregistré des records absolus d’actes antisémites, avec une hausse de 7 % par rapport au 1 690 cas en 2018. L’organisation recense les faits d’antisémitisme depuis 1984.

Le rapport a cité 566 autres incidents signalés au CST, mais qui n’ont pas été considérés comme antisémites.

« 2019 a encore été une année difficile pour les Juifs britanniques et il n’est pas surprenant que les incidents antisémites enregistrés aient atteint un nouveau sommet, a déploré le directeur exécutif du CST David Delew. Il est clair que les réseaux sociaux et la politique sont des endroits où l’antisémitisme et le racisme doivent être éradiqués, si l’on veut que les choses s’améliorent dans le futur ».

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)

Près de deux tiers des incidents enregistrés se sont produits dans le Grand Londres (947 incidents) et le Grand Manchester (223), les zones contenant les plus grandes populations de résidents juifs. Alors que le chiffre global est en hausse, il a baissé de 11 % dans la région de Manchester.

Pour la deuxième année d’affilée, plus de 100 incidents antisémites ont été enregistrés pour chaque mois de l’année. En 2019, les décomptes mensuels les plus importants ont eu lieu en décembre (184 incidents) et en février (182), deux mois qui ont vu un débat intense et tendu sur des accusations d’antisémitisme au sein du Parti travailliste – en décembre à cause des élections, et en février à cause de la défection de plusieurs élus travaillistes partis former un nouveau parti.

Au total en 2019, le CST a enregistré 224 faits antisémites liés au Parti travailliste – en augmentation par rapport aux 148 signalés en 2018.

La formation travailliste est confrontée à un problème d’antisémitisme depuis l’élection de son nouveau dirigeant en 2015. Issu de l’extrême gauche, Jeremy Corbyn a de nouveau été sous le feu des projecteurs après que plusieurs anciens cadres travaillistes l’ont accusé, lui et ses alliés, d’avoir interféré dans les efforts du parti pour traiter le problème de l’antisémitisme, dans un reportage diffusé cet été par la BBC.

Corbyn a fait l’objet de nombreuses attaques – y compris au sein de son propre parti – pour avoir permis à l’antisémitisme de se répandre au sein du Labour et pour avoir refusé d’adopter la définition complète de l’antisémitisme rédigée par l’Alliance internationale de Mémoire de la Shoah dans le nouveau code de conduite du Parti travailliste.

La plupart des craintes suscitées par Corbyn ont été provoquées par des révélations concernant certaines de ses déclarations passées qui ont refait surface quand il a pris la tête du parti. Il avait notamment qualifié le Hamas et le Hezbollah « d’amis », il avait défendu une peinture murale antisémite à East London et semblait vouloir se rapprocher de négationnistes de la Shoah, de terroristes et d’antisémites.

Il a promis de démissionner après les législatives où le Labour a subi sa pire défaite électorale depuis 1935. Certains travaillistes ont accusé leur chef d’être responsable de la défaite à cause de sa « mauvaise volonté continue de lutter contre la tache de l’antisémitisme », et plusieurs candidats cherchant à remplacer Corbyn ont signé une promesse « de traiter l’antisémitisme dans le parti ».

Un graphique publié le 6 février 2020 montrant les incidents antisémites recensés en Grande-Bretagne par le Community Security Trust (CST) entre 2007 et 2019. (Crédit: CST)

Selon un rapport du CST, environ 39 % des actes anti-juifs, soit 697, se sont produits en ligne – principalement sur les réseaux sociaux – marquant une augmentation de 82 % par rapport à 2018. Il s’agit de la raison principale de la montée globale des incidents d’antisémitisme.

Le CST a déclaré que le nombre réel d’incidents en ligne était bien supérieur. Les campagnes ciblées visant des individus impliquent souvent des dizaines de comptes sur les réseaux sociaux ou même des milliers de publications, mais chaque campagne est comptabilisée comme un seul incident.

Les incidents impliquant les réseaux sociaux sont seulement enregistrés par le CST s’ils ont été rapportés soit par les victimes ou un témoin, si le contenu présente des preuves claires de propos, de motivations ou de ciblage antisémites, et si l’incident est basé au Royaume-Uni ou s’il a directement ciblé une victime basée au Royaume-Uni.

Un camembert montrant la répartition des incidents antisémites enregistrés par le Community Security Trust (CST) en 2019. (Crédit: CST)

En août dernier, le CST a publié un rapport affirmant qu’un petit nombre de comptes sur les réseaux sociaux ont alimenté le discours sur l’antisémitisme au sein du Parti travailliste britannique.

Une telle haine n’était pourtant pas seulement limitée à internet. Le CST a enregistré 158 agressions antisémites violentes pour l’année 2019, une hausse de 25 % par rapport à l’année précédente et le décompte annuel le plus important d’incidents du genre jamais enregistré par le groupe.

Près de la moitié de ces faits se sont produits dans seulement trois quartiers : Barnet (29 attaques), Hackney (28) et Salford (15). Selon le CST, 88 actes ont visé des biens ou étaient des profanations à caractère antisémite, 98 menaces antisémites directes ont été émis et 1 443 incidents de comportements insultants ont été signalés, une catégorie qui inclut les insultes verbales, les graffiti antisémites, les insultes sur les réseaux sociaux et des cas exceptionnels de menace par courriel. Il y a eu également 18 cas d’envois en masse de prospectus ou e-mails antisémites.

La CST souligne que le nombre d’incidents, enregistrés pour la plupart sur les réseaux sociaux, ne permet pas en soi de mesurer  réellement « l’ampleur du problème ». Chaque victime reçoit en effet parfois « des centaines voire des milliers de tweets, images ou publications » antisémites, mais ils ne sont enregistrées que comme un seul incident.

Les deux plus grandes vagues d’attaques antisémites ont eu lieu en février (182 incidents) et en décembre (184 incidents), au moment où avait lieu « un débat important et intense sur les allégations d’antisémitisme au sein du Parti travailliste », souligne l’association.

Dans près de 12,5 % des cas (224 incidents), l’agresseur était « lié au Parti travailliste » ou bien l’acte antisémite avait lieu « dans le contexte d’un débat sur l’antisémitisme présumé au sein du Labour », ajoute-t-elle.

Alors que la grande majorité des faits ont eu lieu dans les régions du Grand Londres et du Grand Manchester, de nombreux actes se sont produits dans d’autres régions, avec 76 incidents antisémites enregistrés dans l’Hertfordshire, 58 à Northumbria, 56 à Merseyside, 38 à West Yorkshire, 28 en Écosse, 27 dans les West Midlands et 16 au Pays de Galles.

Jugeant ces chiffres « consternants », la ministre conservatrice de l’Intérieur Priti Patel a plaidé pour « une meilleure collaboration entre le gouvernement, la police, les tribunaux et les communautés, afin d’éliminer cette tache honteuse sur notre société ».

« Il est consternant de voir une autre augmentation de incidents contre la communauté juive, a dénoncé Patel. Nous avons besoin d’en faire beaucoup plus pour lutter contre l’antisémitisme et l’intolérance que cela crée dans la société. En tant que ministre de l’Intérieur, je milite pour une plus grande collaboration, au niveau du gouvernement, des politiques, des tribunaux et des communautés, afin d’éliminer cette tache honteuse sur notre société ».

« Qui aurait pu imaginer que 75 ans après la fin de la Shoah, l’antisémitisme serait en augmentation au Royaume-Uni et à travers l’Europe, a déclaré Robert Jenrick, le secrétaire d’État auprès des communautés. Il n’y a aucune place pour l’antisémitisme dans notre société. C’est un fléau qui s’impose à nous tous, et le chiffre record d’incidents enregistrés en 2019 est totalement inacceptable ».

Le principal parti d’opposition britannique a été accusé, notamment par le grand rabbin du Royaume-Uni, d’inaction face à l’antisémitisme de certains de ses membres. Ces affirmations ont empoisonné la campagne menée par son chef Jeremy Corbyn pour les législatives de décembre, qui se sont soldées par une défaite historique pour le Labour.

« L’antisémitisme n’a pas sa place au sein du Parti travailliste », a réagi la formation d’opposition via un porte-parole. Le Labour a dénoncé « l’affligeante » hausse de ces actes, ajoutant qu’elle prenait « des mesures plus fermes que jamais » pour « éradiquer ce sectarisme et ce racisme ».

Les conservateurs au pouvoir ont, de leur côté, été accusés d’avoir toléré l’islamophobie de certains membres.

L’AFP a contribué à cet article.

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