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GB: un photographe juif révèle les visages de la « génération Windrush »

Espérant capter un moment d'histoire, Howard Grey avait photographié, en 1948, l'arrivée massive de migrants en provenance des Caraïbes avant le durcissement des conditions d'entrées

Le photographe Howard Grey montre des photographies sur un ordinateur à Londres, le 1er juillet 2022. (Crédit : EDWARDS / AFP)
Le photographe Howard Grey montre des photographies sur un ordinateur à Londres, le 1er juillet 2022. (Crédit : EDWARDS / AFP)

Tout juste arrivé des Caraïbes, le jeune homme porte beau. Nervosité et incertitude se lisent sur son regard. Soixante ans après la photo, des recherches sont lancées pour identifier certains visages de la « génération Windrush », associée à l’un des pires scandales de l’histoire migratoire du Royaume-Uni.

Trônant derrière le prince William, cette image a marqué l’inauguration le mois dernier du mémorial à la gare de Londres Waterloo, par où sont passés des milliers de nouveaux arrivants venus apporter au Royaume-Uni une main-d’œuvre qui lui faisait défaut dans l’après-guerre.

Cette génération tire son nom du navire Empire Windrush, arrivé le 22 juin 1948 à une quarantaine de kilomètres à l’est de Londres, avec à son bord des hommes et femmes originaires de Jamaïque, mais aussi des Bermudes ou de Guyane britannique.

Le nom de Windrush est désormais aussi celui d’un scandale, révélé en 2018 : bien que censés être Britanniques, certains de ces migrants ont été traités comme des clandestins et ont dû prouver chaque année de présence au Royaume-Uni sous peine d’expulsion.

Qui étaient ces hommes et ces femmes ? Le National Railway Museum d’York (nord de l’Angleterre), qui a acquis une série de photos de la dernière grande arrivée de la génération Windrush, cherche à présent à « raconter leur histoire pour leur rendre la justice et le respect qu’ils méritent », explique un porte-parole du musée.

Sur les clichés noir et blanc, les nouveaux arrivants sont accueillis entre embrassades et sourires par amis et famille déjà installés au Royaume-Uni.

D’autres semblent plongés dans le flou. Une famille, les parents et leurs deux enfants en habits du dimanche, patientent devant le stand d’un marchand de journaux.

Un homme à la cravate rayée écoute avec attention les explications qui lui sont livrées. Un tas de sacs et de valises à l’ancienne s’amasse sur le quai.

« Toutes sous-exposées »

Les visages des nouveaux arrivants ont resurgi du passé grâce aux nouvelles technologies, et leur redécouverte par leur auteur après des décennies d’oubli.

Le jour de ces arrivées, un jeune photographe londonien, Howard Grey, a eu une idée : s’échapper un peu de ses habituelles photos de corsets pour des publicités et saisir l’occasion pour faire un peu de reportage.

Le photographe Howard Grey s’exprime lors d’une interview avec l’AFP à Londres, le 1er juillet 2022. (Crédit : Will EDWARDS / AFP)

Il espérait ainsi capter un moment d’histoire, la dernière arrivée massive de migrants en provenance des Caraïbes avant que les conditions d’entrées ne soient durcies.

Mais à son arrivée à la gare, un jour couvert de mars ou avril 1962, il s’est vite aperçu que la lumière était si mauvaise que les photos seraient inutilisables.

« La verrière de Waterloo à l’époque était couverte de crasse », raconte à l’AFP Howard Grey, aujourd’hui âgé de 80 ans, « ça rendait la lumière jaune ».

Au bout de 20 minutes, il a conclu qu’il n’y aurait rien à tirer de ses photos.

« Je les ai développées le lendemain et j’avais raison. Elles étaient toutes sous-exposées », raconte-t-il.

Malgré la déception, il n’a pas pu jeter les négatifs comme il le faisait habituellement après un échec.

Au fond d’un tiroir

L’histoire de sa famille, des réfugiés originaires de l’Ukraine actuelle, l’en ont empêché.

« Comme ma famille a fui les pogroms contre les juifs dans les années 1900, j’ai grandi au milieu de leurs histoires et des histoires d’amis de la famille qui avaient des proches qui ont subi l’Holocauste », raconte-t-il.

« C’est ce genre d’horreurs qui a créé chez moi des craintes subconscientes à propos de l’immigration, l’appréhension (qui est celle) du demandeur d’asile ou du réfugié ».

C’est ainsi qu’il a laissé les négatifs dans une enveloppe au fond d’un tiroir pendant un demi-siècle.

« Un jour j’ai eu un nouveau scanner et je me suis dit que j’allais l’essayer », raconte le photographe, « j’ai fait trois scans du même négatif et les ai fondus en un, et (l’image) est apparue », « j’étais stupéfait ».

L’espoir réside maintenant dans le fait que ceux qui sont sur ces photos ou leurs proches se reconnaissent et se manifestent pour livrer leur récit. Le musée prévoit une grande exposition en 2024.

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