Greenblatt: « nous ne financerons pas une situation qui renforce le Hamas »
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Les leaders palestiniens doivent "changer de comportement"

Greenblatt: « nous ne financerons pas une situation qui renforce le Hamas »

Défendant les coupes de budget, Greenblatt a exprimé le besoin d’une voie "durable" vers la paix et affirmé que Washington avait apporté un soutien "gaspillé" aux Palestiniens

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, assiste à une conférence de presse concernant l'accord sur l'eau entre Israël et l'Autorité palestinienne, le 13 juillet 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)
L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, assiste à une conférence de presse concernant l'accord sur l'eau entre Israël et l'Autorité palestinienne, le 13 juillet 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

NEW YORK – Jason Greenblatt, envoyé spécial des États-Unis pour la paix au Moyen-Orient, a défendu jeudi les coupes budgétaires drastiques de l’administration américaine pour les Palestiniens, arguant que des milliards de dollars avaient été accordés depuis des décennies à leur cause et n’avaient pas permis de faire avancer la paix.

Au lieu de cela, a-t-il déclaré dans un discours lors d’une conférence avec des donateurs internationaux, il était temps « d’évaluer de manière réaliste ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas » et de s’engager dans « une nouvelle voie durable ».

S’il a refusé de commenter la proposition de paix sur laquelle il travaille depuis plusieurs mois avec d’autres responsables de la Maison Blanche, il a demandé aux membres de la communauté internationale de l’étudier attentivement et d’être ouverts à de nouvelles idées.

« Il est temps d’évaluer la situation de manière réaliste. Nous pourrions continuer dans la même veine pour les années à venir, mais ce serait de la folie », a déclaré M. Greenblatt aux participants à la réunion annuelle du Comité de liaison ad hoc, organisé en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

« De toute évidence, aucune de nos aides financières ne rapproche les Israéliens et les Palestiniens d’une solution. »

Les États-Unis ont récemment décidé de consacrer toute leur aide étrangère jusqu’alors allouée aux Palestiniens à d’autres « priorités régionales » – ce qui a mis en alerte la communauté internationale, qui tente de trouver des sources de financement alternatives pour des agences telles que l’UNRWA, qui fournit des services de santé et d’éducation aux réfugiés palestiniens.

Jeudi, plusieurs pays ont levé 118 millions de dollars pour l’UNRWA. L’Union européenne qui, avec les États-Unis, co-sponsorise le Comité de liaison ad hoc, a promis à elle seule 40 millions d’euros supplémentaires pour l’agence. Au cours des trois dernières années, l’UE et ses États membres ont apporté 1,2 milliard à l’UNRWA.

« Soutenir l’agence signifie soutenir la paix et la sécurité au Moyen-Orient. Et c’est dans notre intérêt stratégique », a déclaré Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l’UE, lors d’une réunion ministérielle consacrée à l’UNRWA.

Un Palestinien transporte des sacs de farine devant un centre de distribution d’aide de l’UNRWA, l’agence de travaux et de secours des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens, à Khan Younis, dans le centre de la bande de Gaza, le 4 septembre 2018. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Dans son discours devant le Comité de liaison ad hoc, Greenblatt a salué le « noble effort » de la communauté internationale, tout en laissant entendre que l’argent apporté à l’UNRWA et à d’autres causes palestiniennes allait être gaspillé si les choses ne changeaient pas radicalement.

Il a par exemple accusé non seulement le groupe terroriste palestinien du Hamas mais aussi l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas de ne pas utiliser de façon responsable l’argent des contribuables étrangers.

« Nous devons tous nous demander pourquoi nous devrions continuer la lutte afin de collecter des fonds, alors que tout le monde peut voir clairement que le régime du Hamas et l’Autorité palestinienne gaspillent les opportunités que notre argent offre et qui visent à obtenir un avenir meilleur pour les Palestiniens », a-t-il déclaré.

« Nous ne pouvons pas continuer à fournir une aide année après année à des régions dont le leadership, et ceci à des fins politiques, contrecarre nos efforts pour améliorer le bien-être économique des Palestiniens. »

Concernant la dimension politique du processus de paix, Greenblatt a rejeté les « points de discussion standard concernant les solutions à ce conflit », notant qu’ils n’avaient pas permis de faire avancer un accord de paix.

« Une centaine de résolutions à l’Assemblée générale des Nations unies ne rendront pas la vie des Palestiniens de Gaza plus supportable », a-t-il déclaré.

« Des centaines de résolutions seront ignorées par le Hamas, qui continue à détenir des soldats et des civils israéliens disparus – qui doivent être renvoyés –, et qui tire sans discrimination des roquettes et des cerfs-volants incendiaires recouverts de croix gammées en Israël. »

Des membres de la branche militaire du groupe terroriste du Hamas assistent aux funérailles de six de ses combattants dans un cimetière du camp de réfugiés de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 6 mai 2018. (Rahim Khatib / Flash90)

Le statu quo est « insoutenable pour les deux parties », a déclaré Greenblatt. « Nous devons nous concentrer sur des solutions réalistes. Si l’on veut changer la vie des Palestiniens, leurs dirigeants doivent changer de comportement. Cela doit commencer avec le Hamas à Gaza. Je le dis clairement : nous ne financerons pas une situation qui renforce le Hamas, une organisation terroriste. C’est aussi simple. »

« Les Américains forment un peuple généreux et continuent à être enclins à fournir une aide humanitaire », a poursuivi Greenblatt. Cependant, l’administration « ne récompensera pas les provocations et la violence ».

Depuis que le président Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et y a transféré l’ambassade américaine, les responsables palestiniens ont déclaré que Trump ne pouvait plus servir de médiateur entre eux et Israël.

« Les insultes et les attaques dirigées contre le président Trump et les membres de l’administration n’aideront pas le peuple palestinien », a déclaré Greenblatt.

« Bien que notre message direct et franc puisse être inconfortable pour certains, les États-Unis continueront à parler de façon directe et franche car nous devons dire la vérité. Nous faisons cela parce que nous nous soucions du peuple palestinien et de son avenir. »

Revenant à la question de l’aide financière aux Palestiniens, Greenblatt a déclaré que l’administration ne paierait plus pour des « solutions temporaires qui ne font que prolonger le cycle de la souffrance et de la violence ».

De nombreux pays sont ou seront bientôt dans l’incapacité de verser des sommes importantes pour l’aide étrangère, a déclaré Greenblatt, citant des conversations privées avec des représentants de pays donateurs.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, prononce un discours à l’Assemblée générale des Nations Unies le 27 septembre 2018 à New York. (Crédit : Stephanie Keith / Getty Images / AFP)

« Nous en avons assez du statu quo. Nous en avons assez que des fonds apportés par des pays généreux et bien intentionnés assis autour de cette table soient détournés par le Hamas, qui utilise ces fonds pour des activités illicites », a-t-il déclaré.

« Nous en avons assez que le Hamas subtilise la totalité de tous nos et vos généreux dons accordés aux Palestiniens, et qu’il ne soit même pas dans la capacité de fournir les services les plus élémentaires comme l’eau potable, l’électricité et des hôpitaux à ceux qu’ils prétendent gouverner. »

Greenblatt a ensuite exhorté les pays donateurs du Comité de liaison ad hoc à se joindre aux États-Unis pour « être direct et franc avec l’Autorité palestinienne au sujet de l’élaboration d’une nouvelle voie durable – qui améliore la vie de tous les Palestiniens ».

La proposition de paix américaine vise à améliorer la vie des Israéliens et des Palestiniens, a-t-il ajouté.

« Nous travaillons sur un plan dans lequel les deux parties gagneront plus que ce qu’elles auront à donner ; un plan réaliste, équitable et réalisable. Aucune des parties n’aimera tout ce qu’il y a dans le plan, mais nous sommes convaincus que les deux parties comprendront pourquoi nous sommes arrivés aux conclusions que nous avons tirées – si elles sont disposées à s’engager. »

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, refuse de coopérer avec les États-Unis, accusant Trump de parti pris en faveur d’Israël.

Mais, a déclaré Greenblatt, « les dirigeants doivent avoir le courage de guider leur peuple vers un avenir meilleur ».

Il est temps de « cesser de se concentrer sur de vieux points de discussion et de dépenser de l’argent pour les mêmes projets que depuis 1993 », a-t-il poursuivi. « Il est temps d’évaluer de manière réaliste ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. »

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