Griveaux: extrême droite et extrême gauche « tardent » à condamner l’antisémitisme
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Griveaux: extrême droite et extrême gauche « tardent » à condamner l’antisémitisme

Face aux actes antisémites ou racistes, le porte-parole du gouvernement plaide pour une réponse "pénale, judiciaire" forte avec des poursuites "y compris sur les réseaux sociaux"

Benjamin Griveaux fume une cigarette au Chateau de Versailles, le 22 janvier 2018. (Crédit : AP/Thibault Camus, Pool)
Benjamin Griveaux fume une cigarette au Chateau de Versailles, le 22 janvier 2018. (Crédit : AP/Thibault Camus, Pool)

Le porte-parole du gouvernement à appelé mardi à une condamnation « absolument peu ambigüe » de la part de la classe politique face à l’explosion des actes antisémites, en regrettant qu’extrême droite et extrême gauche aient parfois selon lui « tardé » à réagir.

Le bond de 74 % des actes antisémites en France en 2018 est « évidemment insupportable » et « rappelle des moments de l’histoire de France qu’on aimerait voir oubliés », a réagi Benjamin Griveaux sur France 2.

Il a dit ne pas souhaiter « faire de lien » entre ces actes et le mouvement des « gilets jaunes », alors que « des enquêtes sont en cours », mais a remarqué qu’ils interviennent « souvent en marge de ces cortèges où, on le sait, une part d’extrême gauche et une part d’extrême droite se mêlent, provoquent des violences (…) ».

« C’est souvent en marge de ces cortèges qu’ont retrouve ces inscriptions antisémites absolument inacceptables », a-t-il ajouté.

Le mouvement des gilets jaunes sert-il de défouloir ? « En tout cas sur l’antisémitisme il y a une libération de la parole manifestement », a jugé M. Griveaux.

Face aux actes antisémites ou racistes, il a plaidé pour une réponse « pénale, judiciaire » forte avec des poursuites « y compris sur les réseaux sociaux ».

Faut-il plus de fermeté ? « Pas plus de fermeté mais il faut y répondre de manière absolument peu ambigüe », a-t-il estimé, jugeant qu' »il y a parfois des dénonciations qui ont tardé, y compris au sein de la classe politique, sur les questions de l’antisémitisme, de l’antiracisme, de la xénophobie ».

« Extrême droite et extrême gauche ont eu en permanence des difficultés à dire qu’ils condamnaient les violences sans aucune ambiguïté », a-t-il regretté. « Il y a une forme de romantisme révolutionnaire chez certains qui est absolument insupportable », a-t-il critiqué, disant attendre de la classe politique qu’elle soit « exemplaire » sur ces sujets.

Le député La France insoumise Alexis Corbière a réagi sur franceinfo en condamnant les actes antisémites mais en critiquant aussi un « porte-parole du gouvernement (qui) immédiatement sans trop savoir d’où ça vient (…) en profite pour faire de la politique politicienne ».

Les chefs de file des députés LR Christian Jacob et UDI-Agir Jean-Christophe Lagarde ont plaidé mardi pour un changement de la loi afin que les actes antisémites soient davantage condamnés.

« Il y a beaucoup d’inquiétude » et les actes des derniers jours sont « inacceptables », a estimé M. Jacob lors d’une conférence de presse.

Les députés LR ont « tenté à plusieurs reprises » d’élargir le champ des poursuites pour « appels à la haine, à la violence », notamment sur les réseaux sociaux qui « sont parfois des déversoirs de haine ». Il faudrait reprendre l’idée « pour les actes antisémites, et aussi les attaques contre les églises », selon M. Jacob.

Jean-Christophe Lagarde a indiqué devant la presse qu’il allait déposer une proposition de loi pour « une augmentation des peines ». Et de lancer: « Le temps des condamnations morales, ça suffit ».

De leur côté, des députés LREM ont suggéré « des mesures d’éducation », en cette semaine d’examen par l’Assemblée d’un projet de loi sur l’école. « Il y a une option, c’est l’éducation »: « mieux prévenir, mettre des mots, des images sur cette atroce réalité, informer », selon la porte-parole Olivia Grégoire, qui a aussi appelé à « de la fermeté absolue sur ces actes ».

Sa collègue Elise Fajgeles a aussi appelé devant la presse à « un état d’urgence sur l’antisémitisme », avec « des mesures concrètes, peut-être des mesures d’éducation ».

« Notre pays est en train de prendre un mauvais pli » et « c’est un climat contre lequel nous devons nous insurger, lutter, apporter des réponses », a affirmé le président du groupe LREM Gilles Le Gendre, en estimant que le grand débat national pouvait « réintroduire petit à petit de la civilité » dans la société.

François Pupponi à Pierrefitte-sur-Seine le 12 février 2015 (Crédit : Chris93/CC SA 4.0)

Dans une tribune transmise à l’AFP, le député François Pupponi (Libertés et territoires), ancien maire de Sarcelles, a jugé que « la seule chose à faire devant cette situation insupportable serait tout d’abord de présenter des excuses à la communauté juive de France devant l’incapacité de la République à la protéger ».

Et « ensuite d’être intraitable quotidiennement contre tous ces actes qui, petit à petit, gangrènent notre République dans l’indifférence de nos institutions ».

« Ne jamais laisser faire, ne jamais banaliser », a appelé Pierre Dharréville (PCF). « La question de la résurgence de l’antisémitisme est l’affaire de tous les républicains », pour Boris Vallaud (PS).

« Travail d’éducation « 

Le gouvernement par la voix de son porte-parole Benjamin Griveaux a promis une réponse « pénale, judiciaire » forte, avec des poursuites « y compris sur les réseaux sociaux », et un travail d' »éducation » dès le plus jeune âge.

Il a lancé en mars 2018 un plan triennal de lutte contre l’antisémitisme et le racisme, qui prévoit notamment l’expérimentation d' »un réseau d’enquêteurs et de magistrats spécifiquement formés à la lutte contre les actes haineux ». Il prépare aussi une modification de la loi pour renforcer la lutte contre la cyberhaine.

Samedi, M. Griveaux avait aussi placé une partie de la réponse sur le terrain politique en reliant entre eux les « actes antisémites » et des incidents – l’incendie contre le domicile de Richard Ferrand et « l’attaque » contre l’Assemblée nationale – survenus en marge du mouvement des « gilets jaunes ».

Niant mardi tout « amalgame » entre antisémitisme et « gilets jaunes », il a néanmoins affirmé que ces actes interviennent « souvent en marge de ces cortèges » où extrême gauche et extrême droite « se mêlent ».

« Le complotisme est très présent dans (les) rangs » des « gilets jaunes », dit le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne.

Dénonçant une « instrumentalisation », le député LFI Alexis Corbière a appelé M. Griveaux à ne pas « raconter n’importe quoi: le mouvement des gilets jaunes n’est pas un mouvement antisémite ». Dire le contraire « disqualifie la lutte contre l’antisémitisme ».

La dirigeante du Front national (aujourd’hui Rassemblement National) Marine Le Pen assiste au congrès annuel du parti d’extrême droite dans la ville française de Lille le 10 mars 2018. (AFP Photo/Philippe Huguen)

Marine Le Pen a dénoncé mardi la « flambée des actes antisémites et des dégradations de lieux de cultes chrétiens », révélatrice selon elle d' »une haine » qui prospère en France « dans une indifférence coupable ».

Elle a également exprimé sur Twitter « une pensée pour la courageuse mère de Ilan Halimi, que des salopards refusent de laisser en paix », alors qu’un arbre en mémoire du jeune homme juif mortellement blessé en 2006 après avoir été séquestré par le gang des barbares a été vandalisé à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).

« La flambée des actes antisémites et des dégradations de lieux de cultes chrétiens révèlent une haine qui prospère dans notre pays depuis des années dans une indifférence coupable », a regretté Mme Le Pen dans un tweet distinct.

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