Haber, journaliste et proche de Rabin, un modèle d’unité dans des temps clivants
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Haber, journaliste et proche de Rabin, un modèle d’unité dans des temps clivants

L'auteur et conseiller politique qui avait annoncé l'assassinat du Premier ministre a été salué, lors de ses funérailles, pour sa volonté d'aider et sa personnalité inspirante

L'ex-Premier ministre Ehud Barak (2è à droite) fait l'éloge funèbre d'Eitan Haber, à Tel Aviv, le 13 octobre 2020. (Capture d'écran : Ynet)
L'ex-Premier ministre Ehud Barak (2è à droite) fait l'éloge funèbre d'Eitan Haber, à Tel Aviv, le 13 octobre 2020. (Capture d'écran : Ynet)

Eitan Haber, ancien journaliste, qui avait également été le conseiller le plus proche du Premier ministre Yitzhak Rabin assassiné, a été enterré mardi à Tel Aviv, six jours après son décès.

Haber s’est éteint mercredi dernier à l’âge de 80 ans après avoir lutté contre une maladie grave depuis trois ans. Il avait fait l’annonce tragique de l’assassinat de Rabin dans la nuit du 4 novembre 1995.

Les funérailles, qui se sont déroulées conformément aux restrictions induites par l’épidémie de coronavirus, ont réuni un petit nombre de parents et d’amis, notamment l’ex-Premier ministre Ehud Barak et l’ancien grand-rabbin Yisrael Meir Lau, aux côtés de la fille de son ancien patron, Dalia Rabin-Pelossof.

« Nous disons aujourd’hui adieu à Eitan, un homme qui a laissé sa marque sur tout ce qu’il a traversé », a déclaré Barak, qui avait servi dans le gouvernement Rabin. « Sur les mondains, sur ceux qui ne l’étaient pas, sur les familles frappées par le terrorisme et sur ces cœurs brisés par la disparition abrupte de ceux qu’ils aimaient. »

Eitan Haber, entouré par des journalistes devant l’hôpital Ichilov de Tel Aviv, annonce le décès du Premier ministre Yitzhak Rabin, le samedi 4 novembre 1995. Rabin a été abattu par un extrémiste juif à la suite d’un rassemblement pour la paix dans le centre de Tel Aviv plus tôt dans la soirée. (AP/Eyal Warshavsky)

« Un homme humble au ton calme, à la voix qui ne s’élevait jamais », a continué Barak, selon le site d’information Ynet. « En cette période d’incitations et de clivage, nous aurions dû adhérer à l’exemple donné par les actions d’Eitan. »

Lau a a également évoqué la nécessité de recréer l’unité nationale, demandant à ce que la relation entretenue entre Rabin et Haber puisse servir d’exemple.

« Cela fait quelque jours que nous avons appris cette mauvaise nouvelle et nous sommes perdus dans nos souvenirs », a dit Lau.

« Vingt-cinq années ont passé depuis l’assassinat de Rabin », a ajouté Lau. « Nous devons aujourd’hui tirer des leçons, en particulier à un moment où les divisions sont profondes et où la lave brûle sous la terre – nous devons tirer les leçons de ce duo incroyable. Malgré les divisions, malgré les éducations différentes, lorsqu’il y a un objectif à atteindre, les Juifs et la terre d’Israël sauront trouver la voie dorée vers l’éternité ».

Ilan, le fils de Haber, a évoqué la manière dont son père venait en aide à tous ceux qui le lui demandaient alors qu’il élevait ses deux enfants après le décès de leur mère.

L’ancien grand-rabbin Yisrael Meir Lau lors des funérailles d’Eitan Haber, le 13 octobre 2020 (Capture d’écran/Ynet)

« Papa, je ne suis pas un homme de mots comme toi, mais je vais essayer. Il y a 35 ans, maman nous avait laissés derrière elle et nous avons été une petite famille pendant toutes ces années. Tu as été le pilier sur lequel Michal et moi nous sommes reposés. Nous avons toujours su que tu serais là pour nous, même lorsque tu t’absentais pendant des jours et des nuits entières de travail intense. Nous savions qu’il y avait quelqu’un qui se préoccupait de nous et, dans un sens, tu nous as aussi servi de mère », a-t-il dit.

« Nous t’avons partagé avec les citoyens de ce pays auquel tu consacrais une grande partie de ton temps », a-t-il ajouté. « C’est toi qui a aidé les personnes ordinaires. La liste de tous ceux que tu as aidés – pour des petites choses ou des choses déterminantes et essentielles – est longue, elle s’étend dans tout le pays et même à l’étranger. J’ai été moi-même témoin de tes tentatives d’aider les personnes qui étaient dans le besoin. Leurs proches venaient à la maison, ils téléphonaient au milieu de la nuit et tu faisais absolument tout ce qui était en ton pouvoir pour les aider. Toute ta vie, tu t’es davantage préoccupé des autres que tu ne t’es occupé de toi-même », a-t-il poursuivi.

Eitan Haber. (Yaakov Naumi/Flash90)

Neta Livneh, rédacteur en chef du quotidien en hébreu Yedioth Ahronoth, a pour sa part souligné l’importance du travail de Haber, non seulement pour le public israélien mais aussi pour la prochaine génération de journalistes.

« Eitan n’était pas un journaliste militaire, il était le journaliste militaire. Un modèle et une source d’inspiration pour des générations entières de journalistes », a commenté Livneh. « Eitan était l’homme qui aura été présent lors de tous les moments historiques, il aura été l’oeil de millions d’Israéliens qui auront dévoré ses mots. Nous avons eu le privilège de le publier, de le lire, et d’apprendre toujours de lui ».

Haber, qui avait rencontré Rabin alors qu’il était journaliste au sein de l’armée israélienne, avait été un chroniqueur régulier du Yedioth Ahronoth.

En 1985, il avait été nommé conseiller en communications de Rabin quand ce dernier avait été ministre de la Défense au sein du gouvernement d’unité qui avait réuni le Likud et le parti Travailliste. Haber avait démissionné, aux côtés de Rabin, en 1990 et il était revenu au poste de chef de bureau de Rabin après la victoire des Travaillistes aux élections de 1992.

Haber était connu comme un maître en communication et il avait écrit un grand nombre des discours les plus mémorables de Rabin, notamment son discours « Soldat de la paix » qu’il avait prononcé en 1994 devant le Congrès américain.

Rabin qui, aux côtés de Shimon Peres et de Yasser Arafat, avait reçu le Prix Nobel en 1994, a été assassiné par un extrémiste juif de droite, Yigal Amir, à la fin d’un rassemblement pour la paix à Tel Aviv, le 4 novembre 1995. C’est Haber qui avait été chargé d’annoncer officiellement, au nom du gouvernement, la mort de l’homme d’Etat, ce soir-là.

Eitan Haber, aide du Premier ministre Yitzhak Rabin, lit le « chant de la paix » ensanglanté que le leader assassiné avait chanté lors de la marche pour la paix et qu’il avait encore dans sa poche au moment où il avait été tué lors de la cérémonie de funérailles de Rabin à Jérusalem, le 6 novembre 1995. (Crédit : AP Photo/Nati Harnik)

« Le gouvernement d’Israël annonce avec consternation, avec une immense tristesse et un profond chagrin la mort du Premier ministre et ministre de la Défense Yitzhak Rabin, qui a été tué par un assassin ce soir à Tel Aviv », avait dit Haber, d’une voix angoissée mais ferme, alors qu’il sortait de l’hôpital Ichilov à Tel Aviv.

Lors des funérailles de Rabin, Haber avait lu la page ensanglantée sur laquelle avaient été écrites les paroles de la « Chanson pour la paix » que le leader assassiné avait chanté lors du rassemblement, et qui se trouvait encore dans sa poche au moment où il s’est écroulé sous les balles d’Amir.

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