Iran: Une explosion – la dernière d’une série de plusieurs – rapportée à Téhéran
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Iran: Une explosion – la dernière d’une série de plusieurs – rapportée à Téhéran

L'incident qui a eu lieu près de la capitale aurait entraîné des pannes d'électricité ; les responsables mettent en doute ces informations

Une explosion près de Téhéran dans une vidéo publiée en ligne par l'agence de presse nationale Fars, le 26 juin 2020. (Capture écran/Twitter)
Une explosion près de Téhéran dans une vidéo publiée en ligne par l'agence de presse nationale Fars, le 26 juin 2020. (Capture écran/Twitter)

Les médias iraniens ont rapporté qu’une explosion était survenue à l’ouest de Téhéran, aux premières heures de la matinée de vendredi, qui aurait entraîné des pannes d’électricité dans les banlieues environnantes. Il s’agit de la dernière d’une série de mystérieuses déflagrations qui ont frappé le pays.

L’agence de presse officielle IRIB a rapporté l’information la première, citant des témoignages de résidents publiés sur internet.

Certains secteurs de Téhéran ont été touchés par des pannes d’électricité suite à l’incident, a noté l’agence de presse.

Les responsables locaux ont néanmoins mis en doute cette information.

Hossein Haghverdi, membre du parlement iranien, a nié qu’une explosion se soit produite, affirmant que la panne d’électricité avait résulté d’un problème survenu dans une centrale électrique voisine, selon le New York Times.

Le maire d’une ville voisine a toutefois confirmé qu’il y avait eu une explosion, ajoutant qu’elle avait eu lieu dans une usine fabriquant des bouteilles de gaz.

De plus, un responsable iranien, cité par Al-Jazeera, a affirmé que l’explosion avait été intentionnelle et qu’elle était intervenue dans le cadre de projets de construction de tunnels dans la zone.

Il s’est ensuite avéré que les photographies prétendant montrer l’explosion, sur les réseaux sociaux, étaient des images de frappes israéliennes dans la bande de Gaza et qu’elles n’avaient pas été prises en Iran.

La localisation précise de la déflagration n’a pas été clairement établie, mais un analyste a déclaré au New York Times qu’il s’agissait d’installations militaires souterraines installées dans le secteur.

« Il y a deux structures souterraines, un site lié à la recherche sur les armes chimiques et un site de production militaire non-identifié », a commenté Fabian Hinz, du centre James Martin d’études sur la non-prolifération.

Cette explosion a eu lieu après une série de catastrophes mystérieuses qui ont touché des sites iraniens sensibles ces dernières semaines, des incidents répétés qui ont fait naître des spéculations autour d’éventuels actes de sabotage ourdis par Israël.

Ainsi, mardi, une explosion aurait endommagé une usine du sud de Téhéran. Selon des informations parues dans les médias iraniens, deux personnes auraient été tuées et trois personnes blessées dans une explosion survenue à l’usine Sepahan Bresh, dans le district de Kahrizak.

Le gouverneur du secteur a incriminé une erreur humaine.

Une explosion aurait également endommagé une centrale électrique située dans la ville iranienne d’Ahvaz samedi. Quelques heures plus tard, l’agence de presse Islamic Republic News Agency a noté qu’une fuite de chlore survenue dans un centre pétrochimique, au sud-est de Téhéran, avait indisposé 70 employés.

Le 2 juillet, une explosion avait endommagé la centrale nucléaire de Natanz, au sein de la république islamique, et une semaine avant cela, une forte déflagration avait eu lieu à Téhéran, apparemment causée par une explosion survenue au complexe militaire de Parchin qui, selon les analystes de la Défense, contiendrait un système de tunnels souterrains et une usine de production de missiles.

L’Organisation de l’énergie atomique d’Iran montre un bâtiment endommagé par un incendie à l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, à 322 kilomètres au sud de Téhéran, le 2 juillet 2020. (Organisation de l’Energie atomique d’Iran via l’AP)

Un responsable des services de renseignement du Moyen-Orient a été cité dimanche par le New York Times, déclarant que l’incendie qui a endommagé un bâtiment utilisé pour la production de centrifugeuses à Natanz a été déclenché par Israël et a été causé par une puissante bombe.

Mais le fonctionnaire non identifié a déclaré qu’Israël n’était pas lié à plusieurs autres incendies mystérieux survenus récemment en Iran au cours de la semaine dernière.

L’Iran a appelé mardi à agir contre Israël suite aux dégâts causés à l’usine de Natanz.

« Cette méthode utilisée par Israël est dangereuse, et elle peut se propager partout dans le monde », a déclaré le porte-parole du gouvernement Ali Rabiei pendant une conférence de presse.

Il a ajouté que « la communauté internationale doit répondre et mettre des limites aux actions dangereuses du régime sioniste ».

Ces propos ont été tenus alors que la république islamique a semblé reconnaître publiquement mardi que l’incendie à Natanz, la semaine dernière, n’était pas un accident. Des reportages diffusés à la télévision israélienne ont indiqué, sans donner leurs sources, que l’explosion avait détruit le laboratoire dans lequel l’Iran développait des centrifuges plus rapidement et que le programme nucléaire du pays s’en trouvait retardé d’un ou deux ans.

Un analyste américain de la Défense a fait savoir que l’explosion de Natanz avait fait reculer de plusieurs mois ou de plusieurs années les capacités iraniennes de production d’un uranium hautement enrichi utilisé dans la fabrication des bombes.

Un reportage de la télévision israélienne vendredi soir a rapporté qu’Israël se préparait à de possibles représailles de la part de l’Iran si la république islamique devait déterminer que Jérusalem était bien à l’origine de l’explosion.

L’Iran a admis dimanche que Natanz avait subi des dommages « considérables » suite à l’incendie de la semaine dernière, les images satellites semblant montrer une dévastation généralisée de cette installation sensible. L’Iran avait auparavant cherché à minimiser les dommages causés par l’incendie, bien que les analystes aient déclaré qu’il avait probablement détruit un laboratoire en surface utilisé pour préparer des centrifugeuses avancées avant qu’elles ne soient installées sous terre.

Une image satellite de Planet Labs Inc. qui a été annotée par des experts du James Martin Center for Nonproliferation Studies du Middlebury Institute of International Studies montre un bâtiment endommagé après un incendie et une explosion sur le site nucléaire iranien de Natanz, le 3 juillet 2020. (Planet Labs Inc., James Martin Center for Nonproliferation Studies at Middlebury Institute of International Studies via AP)

Le bâtiment avait été construit en 2013 pour le développement de centrifugeuses avancées, bien que les travaux y aient été interrompus en 2015 en vertu de l’accord nucléaire conclu avec les puissances internationales, a déclaré le porte-parole de l’Agence atomique iranienne, Behrouz Kamalvandi, en début de semaine. Les travaux ont repris lorsque les Etats-Unis se sont retirés de l’accord nucléaire, a déclaré Kamalvandi.

Il a déclaré que l’incendie avait endommagé « les instruments de précision et de mesure », et que le centre ne tournait pas à pleine capacité en raison des restrictions imposées par l’accord nucléaire de Téhéran de 2015 avec les puissances internationales. L’Iran a commencé à expérimenter des modèles de centrifugeuses avancées à la suite du retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord il y a deux ans.

L’Iran a longtemps nié avoir cherché à se doter d’armes nucléaires, bien que l’AIEA ait précédemment déclaré que l’Iran avait effectué des travaux en « soutien à une éventuelle dimension militaire de son programme nucléaire » qui se sont pour la plupart arrêtés fin 2003.

Les préoccupations occidentales concernant le programme atomique iranien ont conduit à des sanctions et finalement à l’accord nucléaire de Téhéran avec les puissances mondiales en 2015. Les États-Unis, sous la direction du président Donald Trump, se sont retirés unilatéralement de l’accord en mai 2018, ce qui a conduit à une escalade des crises entre l’Iran et les États-Unis et à l’abandon par Téhéran des limites de production prévues par l’accord.

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