Karadzic, un psychiatre devenu maître de la purification ethnique
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"Il aurait fait un bon nazi"

Karadzic, un psychiatre devenu maître de la purification ethnique

Il a été poète, président, puis guérisseur, mais restera dans les annales comme l'un des artisans des pires crimes de guerre commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale

L'ex-chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic à son arrivée dans la salle d'audience du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI, à La Haye, le 23 avril 2018. (Crédit : AFP PHOTO / ANP / Yves Herman )
L'ex-chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic à son arrivée dans la salle d'audience du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI, à La Haye, le 23 avril 2018. (Crédit : AFP PHOTO / ANP / Yves Herman )

Psychiatre de formation, Radovan Karadzic a incarné tout au long de sa vie des rôles divers, poète, président, puis guérisseur, mais il restera dans les annales de l’histoire comme l’un des artisans des pires crimes de guerre commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’ancien chef politique des Serbes de Bosnie pendant la guerre intercommunautaire (1992-95) est rejugé en appel à partir de lundi à La Haye par le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), qui a pris le relais du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

En mars 2016, le TPIY l’avait condamné à 40 ans de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, un verdict qu’il avait qualifié de « monstrueux » et dont les deux parties ont fait appel.

Aujourd’hui âgé de 72 ans, il est depuis 2009 derrière les barreaux du quartier pénitentiaire des Nations unies, à La Haye.

Au moment de son arrestation en juillet 2008 après 13 ans de cavale, il est méconnaissable : barbe blanche fournie et cheveux longs, il se fait appeler Dragan Dabic et se présente comme un spécialiste en médecine alternative.

Monstre mégalomaniaque pour les Croates et les Musulmans de Bosnie, qui le rendent responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes, Karadzic reste en revanche pour les Serbes un « héros » de la guerre de Bosnie.

Richard Holbrooke, architecte des accords de Dayton de 1995 (États-Unis) qui ont mis fin à la guerre en Bosnie, le décrivait comme « un des pires » hommes du monde. « Il croyait vraiment aux théories racistes (…) Il aurait fait un bon nazi », avait déclaré l’ancien diplomate américain après l’arrestation de Karadzic.

Pour le général britannique Michael Rose, commandant des forces de l’ONU en Bosnie en 1994, Karadzic était « un menteur accompli, intrinsèquement paranoïaque, un buveur invétéré qui s’était adonné à l’alcoolisme ».

‘Mille visages’

Né le 19 juin 1945 à Petnjica, un village pauvre du Monténégro, Karadzic avait cinq ans lorsqu’il rencontre pour la première fois son père, emprisonné par le pouvoir communiste yougoslave pour avoir participé au mouvement royaliste serbe des Tchetniks pendant la Seconde Guerre mondiale.

À 15 ans, il arrive à Sarajevo où il entame des études de médecine en 1964, puis se spécialise dans la psychiatrie. Poète à ses heures, il écrit des pièces de théâtre et joue de la musique folklorique serbe.

Son mentor, le psychiatre Ismet Ceric, le décrit comme un homme possédant « mille visages différents » et souffrant vraisemblablement d’un trouble de la personnalité.

« En témoignant contre lui (devant le TPIY, ndlr), j’ai remarqué que cet homme n’avait aucun remords », avait dit à l’AFP Mirsada Malagic, dont deux fils et le mari ont péri dans le massacre de Srebrenica (est), dans lequel les forces serbes de Bosnie ont tué en juillet 1995 près de 8 000 hommes et adolescents musulmans.

Au début des années 1990, Karadzic fonde son Parti démocratique serbe (SDS) de Bosnie, aujourd’hui encore une des principales formations du pays.

Son projet de partition de la Bosnie s’accélère avec l’organisation, en mars 1992, d’un référendum sur l’indépendance de la Bosnie, que les Serbes boycottent. Ce scrutin lui fournira l’excuse pour lancer ses opérations militaires.

Ses troupes se livrent alors à une campagne de nettoyage ethnique effrénée, qu’il orchestre et au cours de laquelle plus d’un million de non-Serbes sont expulsés de leurs maisons. Le conflit fait au total près de 100 000 morts. Plus 20 000 femmes ont été violées.

Vie clandestine

Fin 1995, Karadzic est écarté des négociations de paix à Dayton par son ancien allié, l’homme fort de Belgrade Slobodan Milosevic. En juillet 1996, la communauté internationale l’oblige à limiter ses apparitions publiques.

Karadzic choisit alors la clandestinité. Selon certaines informations, il se cachait, dans un premier temps, dans des monastères orthodoxes de la région.

Mais personne ne s’attendait à ce qu’un des fugitifs les plus recherchés de la planète vive au cœur de la capitale serbe déguisé en guérisseur.

Karadzic a notamment été condamné en première instance pour son rôle dans le siège de Sarajevo, qui a duré 44 mois et pendant lequel quelque 10 000 civils ont été tués, et pour le massacre de Srebrenica.

Impénitent, il déclarait aux juges du TPIY fin 2012 : « J’ai fait tout ce qui était humainement possible pour éviter la guerre et réduire la souffrance humaine ».

Il semblait à ce point convaincu de son innocence qu’il avait fait sa valise avant le verdict de première instance, croyant, à tort, pouvoir repartir en homme libre.

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