La faille dans le système de défense de Netanyahu
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Opinion

La faille dans le système de défense de Netanyahu

Le Premier ministre affirme que la police et ses ennemis tentent de l'évincer, et que le procureur général Mandelblit va rétablir l'ordre. Mais c'est lui qui a supervisé l'enquête

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une réunion du cabinet en juillet 2015, alors que Mandelblit était secrétaire du cabinet. (Emil Salman/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une réunion du cabinet en juillet 2015, alors que Mandelblit était secrétaire du cabinet. (Emil Salman/POOL)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est gravement touché. Les médias veulent le coincer. La gauche est prête à le coincer. Les politiciens rivaux sont prêts à le coincer. La plus exaspérante de tous, la police, qui devrait faire respecter la loi, a perdu son objectivité et cherche aussi à le coincer parce que, même si ce n’est pas crédible, ils ont ostensiblement acquis la conviction qu’il s’efforçait de les miner et de cibler les mêmes enquêteurs qui l’interrogeaient.

Ainsi, dans le discours sans équivoque de Netanyahu, un discours ferme et énergique mardi soir et un autre mercredi matin, les policiers ont formulé des recommandations pour qu’il soit poursuivi pour corruption et abus de confiance, qui sont confuses, biaisées et non fondées.

Il n’a pas reçu de cadeaux de ses amis hommes d’affaires, en particulier le producteur hollywoodien Arnon Milchan, s’élevant à quelque chose comme le million de shekels (282 000 dollars) selon la police. Il n’est jamais intervenu pour promouvoir les affaires de Milchan. Il s’agissait de son rival Yair Lapid (appelé par la police à témoigner dans l’affaire Milchan – Affaire 1000) qui, en tant que ministre des Finances de l’ancienne coalition Netanyahu, avait rencontré Milchan au sujet d’une modification de la loi fiscale qui aurait permis à Milchan d’économiser des millions de dollars. Et alors qu’il travaillait pour aider Milchan à récupérer son visa américain, c’était son obligation en tant que Premier ministre, puisque Milchan était puni par les Etats-Unis pour avoir mené des activités – apparemment clandestines de renseignement – qui avaient profité à Israël.

De la manière dont Netanyahu présente sa défense publique, il n’a jamais agi que dans l’intérêt d’Israël, et il a l’intention de continuer à le faire – en assurant la sécurité d’Israël, en faisant progresser son économie et en dirigeant de manière responsable son gouvernement élu jusqu’à la fin de ce mandat et jusqu’au prochain, tant que l’électorat israélien intelligent continuera à lui faire confiance.

Comment cela se fait-il ? Comment va-t-il échapper à cette chasse aux sorcières pernicieuse alors que même les hommes et les femmes en bleu ont uni leurs forces à celles de ses adversaires habituels dans les médias, la gauche et l’opposition ? Parce que, dit M. Netanyahu, les procureurs de l’État n’ont pas été corrompus. Les professionnels aux yeux perçants verront à travers le « fromage suisse » des recommandations de la police, reconnaîtront les accusations portées contre lui comme une série de mensonges et d’exagérations et, loin de le juger, classeront l’affaire sans suite.

Après tout, note-t-il, c’est précisément ce qui s’est produit dans une série d’affaires contre lui et une longue série d’autres suspects de premier plan au fil des ans, y compris les Premiers ministres précédents.

À maintes reprises, la police recommande des accusations et le procureur général dit non, parfois de façon ironique. (Dans le cas peut-être le plus spectaculaire, l’enquête de l’ « île grecque » sur le Premier ministre Ariel Sharon a progressé jusqu’au point où le procureur de l’État a rédigé un projet d’acte d’accusation, avant que le procureur général de l’époque, Menachem Mazuz, ne classe l’affaire en 2004 avec la détermination fébrile que les éléments de preuve recueillis par la police « ne se rapprochent même pas » du niveau requis pour une condamnation).

Netanyahu affirme lui-même que pas moins de 15 enquêtes policières ont été ouvertes contre lui au cours des dernières années, et que la police a recommandé qu’il soit poursuivi dans plusieurs d’entre elles. Et pourtant, il est toujours dans le bureau du Premier ministre. Et le restera, promet-il, pour longtemps encore.

La bravade éloquente vise également à renforcer un autre élément crucial de sa palette de défenses – le soutien de ses collègues du parti et des alliés de la coalition. Ehud Olmert, pris dans des soupçons de corruption à une échelle bien plus petite que ceux qui sont invoqués contre Netanyahu, a été chassé du pouvoir bien avant qu’il ne soit inculpé parce que son ministre de la Défense, Ehud Barak, s’était retourné contre lui. Olmert, qui a été contraint d’annoncer à l’été 2008 qu’il ne se représenterait pas, n’a été inculpé qu’un an plus tard, et condamné seulement trois ans plus tard, avant d’être emprisonné en février 2016. Qui sait combien de temps il aurait pu tenter de se battre en tant que Premier ministre, s’il avait eu le soutien politique pour le faire ?

Pour l’instant, contrairement à Olmert, Netanyahu reste le choix le plus populaire du public israélien au poste de Premier ministre. Les partenaires de la coalition sur lesquels repose sa majorité – notamment Moshe Kahlon de Koulanou et Naftali Bennett de HaBayit HaYehudi – ne sont pas ravis, mais ils ne l’abandonnent pas. Ses propres collègues/rivaux du Likud ne dégainent pas. Et sa façon de dénigrer sa plus puissante menace d’opposition, Lapid, en tant que méchant de service, a aussi pour but de contribuer à relever ce défi.

A court terme, peut-être même à moyen terme, les perspectives politiques de Netanyahu, bien qu’on puisse difficilement les qualifier de radieuses, sont donc loin d’être sombres. Il peut encore s’accrocher pendant un bon moment. Politiquement et ce, en toute légalité.

Néanmoins, il y a une faille dans le système de défense de Netanyahu. Toutefois, dans le passé, les procureurs généraux ont travaillé en étroite collaboration ou non avec les enquêteurs de la police, dans ce cas-ci, le procureur général, Avichai Mandelblit, nommé par Netanyahu, a supervisé la constitution des preuves dès le départ en adoptant une approche résolument pratique. (Mazuz n’était même pas procureur général quand l’enquête sur l’île grecque a commencé.) Ces recommandations de la police si violemment contestées par le Premier ministre n’ont pas atterri mardi sur le bureau de Mandelblit comme par miracle. Mandelblit et son équipe peuvent maintenant prendre des semaines, voire des mois, pour décider de porter plainte, mais ils ne commenceront pas à partir de zéro. Ils connaissent cette affaire à fond.

L’enquête policière ainsi dénoncée par Netanyahu était, dans une large mesure, une enquête Mandelblit. L’image si résolument dépeinte par le Premier ministre d’une enquête policière menée pour de sombres motifs, et un procureur général sagace prêt à retrouver la raison peut être convaincante. Cela pourrait rassurer certains partisans de Netanyahu. Mais cela ne cadre pas avec la façon dont l’enquête s’est déroulée.

Sans doute, Netanyahu en est tout à fait conscient. Et sans doute, alors qu’il tire sur ses détracteurs et ses ennemis imaginaires et réels, il a compris qu’il ne serait pas intelligent, du moins pas à ce stade, de contester les motivations du fonctionnaire qui détient dans ses mains la clé de son destin.

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