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La ministre s’explique après avoir dénoncé « l’hypocrisie blanche » de ses collègues

Pnina Tamano-Shata reconnait les efforts du gouvernement mais n'a pas pu garder le silence lors d'une réunion du cabinet entachée de propos offensants

La ministre de l'Immigration et de l'Absorption Pnina Tamano-Shata Pnina Tamano-Shata à la Knesset, à Jérusalem, le 15 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
La ministre de l'Immigration et de l'Absorption Pnina Tamano-Shata Pnina Tamano-Shata à la Knesset, à Jérusalem, le 15 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata, s’est expliquée jeudi suite aux propos qu’elle avait tenus lors d’une réunion du cabinet plus tôt cette semaine, lorsqu’elle a dénoncé ses collègues blancs pour leur « hypocrisie » concernant le traitement par Israël des réfugiés ukrainiens par rapport aux réfugiés éthiopiens.

« La vérité est connue de tous et parfois les gens n’aiment pas entendre la vérité », a-t-elle déclaré au site d’information Ynet. « J’ai dit la vérité. Il y a un certain niveau d’hypocrisie que nous devons éliminer. Le seul antidote  est de tout mettre sur la table pour que tout le monde puisse le voir. »

Lors d’une réunion du cabinet lundi, Tamano-Shata s’en est pris à ses collègues qui, selon elle, refusent de faire preuve de la même sympathie et de soutien à l’égard des Juifs éthiopiens qui cherchent à quitter leur pays, lui aussi noyé dans la guerre, que celle qu’ils accordent aux réfugiés ukrainiens.

« C’est là toute l’hypocrisie des Blancs. Nous devons aussi faire en sorte de faire progresser l’immigration juive en provenance d’Éthiopie, des Juifs qui, eux aussi, veulent échapper à la guerre », a-t-elle déclaré.

En réponse, le ministre de la Diaspora, Nachman Shai, a lancé sur le ton de la plaisanterie : « Mais nous sommes d’origine européenne. »

Tamano-Shata, qui a elle-même immigré d’Éthiopie, n’aurait pas bien pris la réponse, disant à Shai de « retirez ce que vous venez de dire, ce n’est pas drôle ».

Liberman serait alors intervenu pour défendre Shai, expliquant que ses paroles n’étaient « qu’une plaisanterie ».

Des immigrants éthiopiens arrivent en Israël dans le cadre de l’opération Tzur Israël, le 11 mars 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Quant à elle, Orna Barbivai, ministre de l’Économie, n’a pas apprécié les propos de Tamano-Shata, lui demandant : « Mais comment pouvez-vous dire une chose pareille ? Comment réagiriez-vous si quelqu’un disait que toutes les personnes de couleur sont des hypocrites ? »

« Il y a eu un moment où j’ai pensé qu’ils avaient oublié que j’étais dans la pièce », a déclaré Tamano-Shata à Ynet. « Que ce soit une plaisanterie ou non, de telles choses ne devraient pas être dites lors d’une réunion du gouvernement israélien. Nous sommes un peuple tellement diversifié. J’étais assise là et me suis sentie toute petite, il était donc important pour moi de leur renvoyer l’ascenseur, d’autant plus étant une personne qui croit en toutes les différentes parties de la société et des tribus d’Israël. » « En tant qu’Éthiopienne, je peux vous dire que je travaille autant pour les Juifs d’Inde, de France, des États-Unis, de Russie et d’Ukraine que pour ma propre communauté », a-t-elle ajouté.

Mardi, la Haute Cour a rejeté un appel qui empêchait le gouvernement de faire venir en Israël des Éthiopiens éligibles à la citoyenneté, et ce sont donc des milliers de réfugiés éthiopiens qui vont arriver sous peu, a fait savoir mardi la ministre de l’Immigration et de l’Intégration Pnina Tamano-Shata.

Interrogée sur le nombre d’immigrants ukrainiens et russes qui s’apprêtent à arriver, Tamano-Shata a déclaré que quelque 5 000 étaient déjà arrivés depuis le début des combats, avec des estimations selon lesquelles ce chiffre atteindra les dizaines de milliers dans les semaines et les mois à venir.

Des immigrants fuyant l’Ukraine arrivent au bureau d’immigration et d’intégration de l’aéroport Ben-Gurion près de Tel Aviv, le 15 mars 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Selon les données publiées jeudi par l’Autorité de la population et de l’immigration, 11 390 réfugiés ukrainiens sont arrivés en Israël depuis le début de l’invasion russe. Le chiffre comprenait les personnes éligibles à la citoyenneté israélienne en vertu de la Loi du retour.

L’autorité de la population a également déclaré que 258 ressortissants ukrainiens s’étaient vus refuser l’entrée en Israël depuis le début de la guerre le mois dernier.

Répondant aux allégations selon lesquelles Israël n’est malheureusement pas préparé à la tâche, Tamano-Shata a déclaré que « vous ne pouvez pas vous attendre à ce que tout soit parfait quand il s’agit d’une entreprise d’une telle ampleur ».

« Nous travaillons constamment pour obtenir de l’aide supplémentaire afin de les accueillir, leur trouver un endroit où dormir, et trouver des personnes qui peuvent parler les langues respectives », a-t-elle déclaré.

« Il y a des obstacles, que ce soit à l’aéroport Ben-Gurion ou au niveau bureaucratique. Mon travail consiste à résoudre ces problèmes. Nous travaillons d’arrache-pied pour offrir le meilleur traitement possible. »

Des Ukrainiens débarquent d’un avion spécialement affrété en provenance de Roumanie à l’aéroport Ben-Gurion, le 8 mars 2022. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)

La problématique des réfugiés ukrainiens est très controversée au sein de l’État juif. La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, soutenue par un grand nombre de députés de la droite de l’échiquier, avait initialement limité de manière stricte le nombre de personnes pouvant entrer dans le pays, exigeant des familles de réfugiés qui pénètrent sur le territoire israélien le dépôt d’une somme importante qui ne leur aurait été rendue que lors de leur départ du pays.

Face à l’indignation entraînée par cette pratique – et suite aux critiques formulées également par les ministres –, le ministère de l’Intérieur avait tout d’abord renoncé à ce principe s’apparentant à une caution financière et revu à la hausse le nombre de réfugiés autorisés à entrer dans le pays à 5 000, avant un nouvel assouplissement des règles qui permet dorénavant à tout Ukrainien ayant un membre de sa famille en Israël de pénétrer sur le territoire, sans limite.

Les réfugiés qui cherchaient à entrer dans le pays étaient aussi soumis à un interrogatoire approfondi à l’aéroport Ben-Gurion avant d’y être placés en détention. La forte polémique entraînée par le spectacle de ces Ukrainiens retenus de force dans l’enceinte de l’aéroport avait amené le gouvernement à les loger dans des hôtels de Tel Aviv.

Même si le gouvernement a assoupli ses politiques concernant les réfugiés, les critiques continuent à déplorer la prise en charge de cette problématique. Mercredi, la chaîne Kan a fait savoir que l’Autorité de la population et de l’immigration avait expulsé des dizaines de réfugiés ukrainiens parce qu’un formulaire contenait une erreur de traduction – les candidats à l’immigration se retrouvaient ainsi à déclarer par inadvertance qu’ils avaient séjourné illégalement au sein de l’État juif par le passé, lorsqu’ils pensaient simplement avoir précisé qu’ils avaient déjà eu l’occasion de se rendre en Israël.

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