La solution à un câlin de Rivlin, le chien de Bibi, et l’ « inévitable » Donald Trump
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Opinion

La solution à un câlin de Rivlin, le chien de Bibi, et l’ « inévitable » Donald Trump

Pensées politiques d’une semaine où “le chien mord l’homme” devient de l’actualité, et où le tournant impensable pourrait après tout être éminemment possible

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président Reuven Rivlin allume la menorah de Hanoukka , en présence du président américain Barack Obama, de Michelle Obama, et de Nechama Rivlin, à la Maison Blanche, le 9 décembre 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube/The White House)
Le président Reuven Rivlin allume la menorah de Hanoukka , en présence du président américain Barack Obama, de Michelle Obama, et de Nechama Rivlin, à la Maison Blanche, le 9 décembre 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube/The White House)

Vous devez aimer Reuven Rivlin. Vous devez aimer la façon dont notre président bafouille sur son chemin à travers ces textes bien construits que d’excellents communicants anglophones écrivent pour lui, mêlant les mots ici et là mais parvenant toujours à faire passer la bonne volonté de leurs cœurs.

Vous devez aimer la façon avec laquelle il se bat publiquement contre son dilemme existentiel – ses croyances ancrées et conflictuelles que tout le territoire, de la rivière à la mer, est un droit inné des juifs, et que la démocratie est un droit inné de tous, y compris les Palestiniens dont le nombre nous a presque dépassé.

Vous devez aimer la jubilation avec laquelle il a étreint la présidence, si pleinement révélatrice de sa capacité à atteindre les Israéliens mécontents et désavantagés – juifs et arabes – même si, en tant que président, il ne peut que très peu fournir d’assistance pratique.

Vous devez aimer qu’après la présidence cérébrale, grave, ostensiblement visionnaire de Shimon Peres, nous ayons maintenant un président cordial, « hevreman » – un président qui, à la cérémonie d’allumage des bougies de Hanoukka mercredi à la Maison Blanche, a véritablement tapé sa main dans celle du président Obama (comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous) – pas une poignée de main froide, polie, formelle, ça – et sans doute aurait enlacé le chef du monde libre si l’opportunité s’était présentée. (Je vais tenter une supposition ici et dire que le très souriant Obama a apprécié ce moment avec Rivlin à peine plus que ses réunions avec notre Premier ministre).

Nous devrions envoyer à toute vitesse Rivlin étreindre le déplaisant Mahmoud Abbas. La paix permanente peut être inaccessible même pour le chaleureux Rivlin, mais il pourrait au moins offrir une solution temporaire à un câlin.

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Félicitations à Kaia Netanyahu pour avoir subverti les lois du journalisme. La règle est habituellement « l’homme mord le chien », bonne histoire, « le chien mord l’homme », pas d’histoire du tout. Mais en mordillant un député Likud et le mari avocat de la ministre des Affaires Etrangères à la célébration de Hanoukka mercredi soir à la résidence des Netanyahu, le chien vagabond adopté par le Premier ministre a mâché son chemin vers les unes en Israël de jeudi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec sa chienne Kaia  à la résidence du Premier ministre à Jérusalem. (Facebook)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec sa chienne Kaia à la résidence du Premier ministre à Jérusalem. (Facebook)

En agissant ainsi, elle pourrait aussi avoir fourni une solution au grand dilemme posé par Donald du Premier ministre. Il ne veut pas vraiment être vu avec le candidat « bannissement des musulmans », mais il ne peut pas dire non à un favori de la présidentielle. Facile : il suffit d’inviter Trump à le visiter à la maison, de faire savoir que Kaia sera à nouveau présente, et de regarder le favori républicain découvrir que en fait, heu, désolé, il a un autre engagement.

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Personnellement, je suppose que Netanyahu apprécie plutôt le vacarme global autour de l’appel de Trump à empêcher les musulmans d’entrer aux Etats-Unis jusqu’à ce que les législateurs puissent « savoir ce qu’il se passe » avec l’islam radical.

D’une part, les propos sonores radicaux de Trump font passer certains des commentaires de Netanyahu – les Arabes votent en masse – pour relativement modérés en comparaison. D’autre part, Netanyahu partage indiscutablement les inquiétudes sur le terrorisme islamiste à la base de la déclaration non calibrée de Trump.

Le candidat pour l'investiture républicaine Donald Trump lors d'un meeting électoral  à Newton, dans l'Iowa, le 19 novembre 2015 (Crédit photo: Scott Olson / Getty Images / AFP)
Le candidat pour l’investiture républicaine Donald Trump lors d’un meeting électoral à Newton, dans l’Iowa, le 19 novembre 2015 (Crédit photo: Scott Olson / Getty Images / AFP)

Il a été dit, dans le communiqué que le bureau de Netanyahu a finalement publié mercredi soir, réaffirmant la volonté du Premier ministre a rencontré Trump le 28 décembre – un court texte qui a sans doute été écrit et réécrit pendant des heures – qu’il « rejette » la proposition de Trump mais n’explique pas pourquoi.

Le communiqué distance prudemment Israël de l’Amérique voulue par Trump : « l’Etat d’Israël respecte toutes les religions et garantit strictement les droits de chacun de ses citoyens », note-t-il (italiques de l’auteur).
Mais il cite aussi la grave menace islamiste qui a mené à l’explosion de Trump : « au même moment, Israël se bat contre l’islam militant qui cible à égalité les musulmans, les chrétiens et les juifs et menace le monde entier ».

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Le refus de la campagne de Trump pour la présidence de s’effondrer sous le poids de son politiquement incorrect extrême incite à une humilité rare dans le monde des experts, y compris en Israël. Les commentateurs ici l’ont écarté de manière routinière, mais maintenant ils ne sont plus si certains.

La professeure d’études américaines de l’Université Hébraïque de Jérusalem Yael Sternhell a reconnu jeudi matin à la radio de l’armée qu’elle avait eu tort de négliger la candidature de Trump il y a quelques mois, et alors qu’elle est toujours certaine qu’il ne peut pas gagner la présidentielle – il n’y a juste pas assez d’Américains qui pourraient un jour voter pour lui, affirme-t-elle – elle ne pouvait plus longtemps dire avec certitude qu’il ne serait pas le candidat républicain.

La vérité est que les électeurs dans les démocraties ont l’habitude irritante de rendre perplexe les experts et les sondeurs en faisant souvent ce qui était supposé être impensable. Et une autre vérité est que le déroulé des évènements se moque régulièrement des tentatives de prédiction.

Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)
Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)

La France est actuellement « chancelante sous le choc », nous disent les gros titres, de la première place du Front national de Marine Le Pen au premier tour des élections régionales cette semaine – à part que la France ne chancèle absolument pas sous le choc. C’est la France, après tout, qui a tellement voté pour Le Pen. Les seules personnes « chancelant sous le choc » sont ceux qui ont fermement affirmé qu’un tel résultat était impossible. Et leur choc est une conséquence de leur propre manque de vue à long terme. Dans une France récemment secouée par un bain de sang islamiste et faisant face à un afflux d’immigrés, pourquoi un parti d’extrême-droite, anti-immigrant ne prospérerait-il pas ?

Le dirigeant du parti travailliste, Jeremy Corbyn, lors de la Conférence TUC au Centre de Brighton le 15 septembre 2015, à Brighton, en Angleterre (Crédit : Mary Turner / Getty Images / via JTA)
Le dirigeant du parti travailliste, Jeremy Corbyn, lors de la Conférence TUC au Centre de Brighton le 15 septembre 2015, à Brighton, en Angleterre (Crédit : Mary Turner / Getty Images / via JTA)

De l’autre côté de la Manche, l’Angleterre est supposément légèrement surprise que le parti travailliste, dans l’opposition, soi-disant inéligible à cause de son nouveau dirigeant très à gauche Jeremy Corbyn, ait réussi son premier test la semaine dernière en grimpant jusqu’à la victoire dans une élection partielle à Oldham, la première qu’il mène sous la direction de Corbyn.

La plupart des experts politiques ont affirmé que le dangereux Corbyn – largement mal décrit comme un pacifiste naïf, alors qu’il est en fait un ami auto-déclaré du Hamas et du Hezbollah – ne pouvait pas devenir Premier ministre de Grande-Bretagne.

Mais presque tous les experts politiques viennent des classes avantagées de la société britannique, ils sous-estiment donc la désaffection dans un pays assailli par les distinctions de classes et les inégalités. Un champion crédible pour les masses ambitieuses pourrait certainement gagner l’élection. L’ancien dirigeant du parti travailliste Ed Miliband n’était pas ce champion, par contraste, vous écartez Corbyn à votre péril.

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Ce qui nous ramène à Donald Trump, et à la question de son éligibilité. Bien sûr qu’il ne peut pas, ne doit pas, être le président des Etats-Unis. Bien sûr, il n’y a simplement pas assez d’Américains qui pourraient concevoir de voter pour lui.

Excepté que, pour prendre une page du livre d’histoire électorale israélienne, il n’y avait catégoriquement pas assez d’électeurs israéliens qui pouvaient concevoir de voter pour Netanyahu en 1996. Yitzhak Rabin, assassin, avait été enterré moins de six mois auparavant.

Le Premier ministre par intérim, Peres, était certain d’être confirmé comme son successeur ; c’était le moins que les Israéliens puissent faire en pénitence nationale pour l’assassinat. Netanyahu, la tête de l’opposition de droite critique de Rabin, était politiquement toxique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un service commémoratif le 26 octobre 2015 pour marquer les 20 ans de l'assassinat de l'ancien Premier ministre, Yitzhak Rabin (Crédit : Haim Zach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un service commémoratif le 26 octobre 2015 pour marquer les 20 ans de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Yitzhak Rabin (Crédit : Haim Zach / GPO)

Excepté que quatre attentats suicides du Hamas en huit jours, en février-mars, quatre actes de terrorisme islamique dans lesquels 60 Israéliens ont été tués, ont redessiné notre politique nationale. Par un écart de 29 457 votes, Netanyahu a été élu Premier ministre.

Dans ces jours et ces temps, cette époque morne du terrorisme islamiste encouragé, qui voue un culte à la mort, personne ne devrait écarter la possibilité de variations de cette séquence d’évènements jouant et remodelant l’attitude nationale des Etats-Unis, ou d’ailleurs du reste.

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