L’acquittement d’un suspect de l’attentat de l’AMIA suscite l’indignation
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L’acquittement d’un suspect de l’attentat de l’AMIA suscite l’indignation

Des organisations juives argentines vont faire appel du verdict qui innocente l'accusé de l'attaque terroriste de 1994 contre le centre juif de Buenos Aires, qui a tué 85 personnes

Des personnes en deuil brandissent des photos des victimes de l'attentat à la bombe du centre juif AMIA qui a tué 85 personnes le 18 juillet 2019 à Buenos Aires, en Argentine, à l'occasion du 25e anniversaire de l'attaque. (AP Photo/Natacha Pisarenko)
Des personnes en deuil brandissent des photos des victimes de l'attentat à la bombe du centre juif AMIA qui a tué 85 personnes le 18 juillet 2019 à Buenos Aires, en Argentine, à l'occasion du 25e anniversaire de l'attaque. (AP Photo/Natacha Pisarenko)

BUENOS AIRES, Argentine – Les organisations juives argentines s’attendaient mercredi à une victoire souhaitée de longue date dans sa lutte pour la justice, qui dure depuis 26 ans, dans l’attentat terroriste de 1994 contre le centre juif AMIA, pensant qu’il y avait suffisamment de preuves pour condamner le mécanicien automobile accusé d’avoir préparé la voiture piégée meurtrière.

Mais un tribunal fédéral a acquitté l’accusé, Carlos Telleldin, lors d’un second procès dans cette affaire. Le tribunal a déclaré qu’il ne détaillerait pas sa décision avant le 26 mars, n’expliquant qu’en une ligne qu’il « acquittait Carlos Alberto Telleldin pour les faits dont il est accusé », a déclaré le juge Andres Basso.

Les organisations faîtières juives AMIA et DAIA ont déclaré qu’elles feraient appel du verdict.

Selon l’acte d’accusation, Telleldin a bourré d’explosifs une camionnette Renault, dont le moteur a été retrouvé dans les décombres après l’explosion. Il l’a laissée dans un parking et l’a remise à des personnes non identifiées qui ont perpétré l’attentat à la bombe qui a fait 85 morts et 300 blessés.

« Les preuves recueillies sont plus que suffisantes pour atteindre le degré de certitude et pour condamner l’accusé du délit de destruction malveillante, sous la forme d’une explosion, suivie de décès, également imputables à une intention malveillante », a déclaré un avocat de l’AMIA lors du procès le mois dernier. L’organisation avait demandé une peine de 20 ans de prison.

Un homme marche dans les décombres après l’explosion d’une bombe à l’Association mutuelle israélite argentine (centre AMIA) à Buenos Aires, le 18 juillet 1994, tuant 85 personnes et en blessant environ 300 autres. (Crédit : Ali Burafi/AFP)

Cette décision est le point culminant d’une longue lutte visant à trouver une issue à cette affaire qui scandalise la communauté juive argentine depuis des décennies.

Telleldin a été arrêté une semaine seulement après l’attentat de juillet 1994, en même temps que cinq policiers de Buenos Aires qui auraient participé à l’opération, et a passé dix ans en prison. Mais il a été découvert que Telleldin avait été payé 400 000 dollars en 1995 pour sa coopération dans le cadre de procès, ce qui a conduit un juge à rejeter les preuves recueillies dans l’affaire. Telleldin a obtenu un diplôme de droit en prison et a exercé sa profession lorsqu’il a été libéré.

L’AMIA et la DAIA ont fait appel, arguant que les preuves recueillies avant le paiement illégal devraient être considérées comme valables. La Cour suprême a donné son accord en 2009 et a ordonné un nouveau procès pour Telleldín. Le procès a commencé seulement l’année dernière, 10 ans après cette ordonnance.

« La décision de la Cour consolide honteusement la voie de l’impunité », a déclaré un porte-parole de l’AMIA à la Jewish Telegraphic Agency. La décision « ajoute une douleur supplémentaire et génère une confusion inexplicable, compte tenu des preuves présentées », a déclaré le porte-parole.

Carlos Telleldin, suspect de l’attentat à la bombe de l’AMIA, assiste à son procès à Buenos Aires, en Argentine, le 6 août 2015. (Crédit : AP Photo/Natacha Pisarenko)

L’Iran et le Hezbollah sont depuis longtemps liés à l’attentat. Sur la base des enquêtes de feu le procureur Alberto Nisman, qui était Juif, six Iraniens et un Libanais figurent sur la liste des personnes les plus recherchées par Interpol depuis 2007.

L’Argentine a signé un protocole d’accord controversé avec l’Iran en 2013, sous la présidence de Cristina Fernández de Kirchner, en déclarant que les deux pays enquêteraient conjointement sur l’attaque. Les critiques ont déclaré qu’il violait les principes d’indépendance du pouvoir exécutif.

Nisman, qui affirmait que la présidente de l’Argentine et d’autres ministres du gouvernement avaient couvert le rôle de l’Iran dans l’attentat, a été retrouvé mort dans son appartement de Buenos Aires en janvier 2015, quelques heures avant qu’il ne présente ses conclusions au Congrès. Sa mort a été considérée comme un probable suicide, mais une cour d’appel fédérale argentine l’a par la suite qualifiée de meurtre.

L’accord Iran-Argentine a été annulé en décembre 2015 lors de la première semaine de la présidence de Mauricio Macri.

En 2019, à l’occasion du 25e anniversaire de l’attentat de l’AMIA, l’Argentine a inscrit le Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes.

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