L’alarmisme a sauvé ma famille d’Hitler
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Opinion

L’alarmisme a sauvé ma famille d’Hitler

Pourquoi je ne dirais à personne de se calmer sur Trump

Donald Trump a été plusieurs fois comparé à Adolf Hitler pendant la campagne électorale. (Crédit : Wikimedia Commons, Tom Pennington/Getty Images via JTA)
Donald Trump a été plusieurs fois comparé à Adolf Hitler pendant la campagne électorale. (Crédit : Wikimedia Commons, Tom Pennington/Getty Images via JTA)

Je ressemble au père de mon père, Georg. On me le dit depuis que je suis adolescent, et après avoir étudié les vieilles photos en noir et blanc, je peux le voir aussi.

Je suis plus âgé maintenant que lui quand il est mort, la ressemblance a donc commencé à s’effacer.

En 1938, quand Hitler a pris l’Autriche, Georg était un médecin de famille de Vienne à succès, un père de deux enfants, un mari dévoué et doux pour ma grand-mère glorieusement capricieuse, Elsa. Georg était juif. Elsa était à moitié juive. La famille n’était pas le moins du monde religieuse ; elle était totalement assimilée à la vie culturelle de la brillante capitale autrichienne.

Quand Hitler est arrivé, mon grand-père a secoué la tête. « Ils ont toujours été antisémites, a-t-il dit. Nous resterons tranquilles, et les choses iront mieux. »

Mon grand-père était un maître de la consolation. Les enfants arrivaient terrifiés dans son bureau, et sortaient en riant. Les malades en phase terminale trouvaient sa voix et son toucher profondément réconfortants. En privé, m’a dit mon père, Georg était déprimé et morose. En public, il était charmant et gentil.

Georg était un optimiste. Hitler était juste un autre politicien démagogue et coloré. Les choses se calmeraient.

Elsa savait mieux. Elle savait ce qui allait arriver, même si elle ne pouvait pas le nommer. Quelques semaines après la prise de contrôle d’Hitler, elle s’employait à faire sortir la famille du pays. Elle a essayé des contacts aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande, en France, et même en Inde.

Tous ont échoué, jusqu’à ce qu’elle apprenne l’existence d’un programme spécial au Royaume-Uni qui permettait aux médecins et ingénieurs juifs d’émigrer avec leur famille.

Georg ne voulait pas y aller. Elsa lui a dit qu’elle emmenait mon père (qui avait alors trois ans) et ma tante (six ans) et partait, et qu’il pouvait rester derrière et chercher une autre femme s’il préférait. Mon grand-père, en protestant tout au long du processus que ma grand-mère sur-réagissait et avait des idées délirantes, a vendu son cabinet à reculons.

Ma famille s’est installée en Angleterre, d’abord près de Manchester, puis dans le rural Oxfordshire. Comme vous pouvez l’imaginer, presque toute la famille élargie de mon père a péri pendant l’Holocauste.

La peur de ma grand-mère a sauvé la famille. La douce confiance de mon grand-père et son optimisme l’auraient tuée.

Alors quand vous me dites à moi, un consolateur et apaiseur remarqué, que je devrais dire aux musulmans, aux femmes et aux personnes de couleur qu’elles n’ont rien à craindre de Trump, je pense que peut-être, vous voulez que je sois comme mon grand-père.

Et je pense que, peut-être pour la seule fois dans ma vie, je ne vais pas conseiller le calme, ni prêcher les perspectives ou rassembler les enfants pour 16 couplets réconfortants de Kumbaya.

Les gens ont peur. Ils ont tous les droits de l’être. Les paroles de Trump parlent d’une intention de violer les libertés fondamentales ; les paroles de Trump entraînent la violence ; les paroles de Trump abrogent un contrat social qui dit que nous devons calmement respecter les résultats des élections.

Peut-être que Trump sera un meilleur dirigeant que nous ne le pensons. Le fardeau de prouver que sa campagne était un jeu, et que lui et ses partisans ne posent aucune menace aux femmes et aux minorités repose totalement sur lui.

Jusqu’à ce moment, suspicion. Jusqu’à ce moment, peur. Jusqu’à ce moment, colère.

Jusqu’à ce moment, je pense comme Elsa, pas comme Georg.

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