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L’Allemagne enregistre une augmentation de 29 % des crimes antisémites en 2021

Le gouvernement a recensé 3 027 incidents en 2021, dont la grande majorité est liée à l'extrémisme de droite ; l'antisémitisme des extrémistes islamiques est également en hausse

Un homme au Mémorial de la Shoah à Berlin, en Allemagne, le 27 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)
Un homme au Mémorial de la Shoah à Berlin, en Allemagne, le 27 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)

BERLIN (JTA) – Le rapport annuel du gouvernement allemand sur les développements de l’extrémisme note une augmentation de près de 29 % des crimes antisémites en 2021 par rapport à l’année précédente.

Le rapport, publié mardi par l’Office fédéral pour la protection de la Constitution, est basé sur les statistiques rapportées en mai par l’Office fédéral de la police criminelle, l’équivalent allemand du FBI.

Au total, 3 027 incidents antisémites ont été enregistrés l’année dernière, contre 2 351 en 2020. La grande majorité était liée à l’extrémisme de droite, mais l’antisémitisme extrémiste islamique est également en hausse, avec 122 incidents signalés contre 26 l’année précédente.

La plupart des crimes signalés étaient liés à des déclarations et publications illégales – le déni de la Shoah et toute forme de discours de haine étant hors la loi en Allemagne – y compris sur Internet. Mais des attaques contre des personnes et des synagogues ont également été enregistrées.

Comme d’habitude, le nombre d’incidents a augmenté lorsque les tensions entre Israël et ses voisins palestiniens étaient au plus haut – en mai 2021.

Les tendances les plus inquiétantes se manifestent sous la forme de théories du complot – en plein essor – qui établissent un lien entre les Juifs et la pandémie de coronavirus et les mesures prises pour l’endiguer, selon les dirigeants et les organismes de surveillance.

Illustration : Un homme porte une veste avec l’inscription « White Power » sur le col lors d’un rassemblement néonazi à Berlin, le 10 octobre 2009. (Crédit : AP)

« Certains manifestants contre la réponse de l’Allemagne à la pandémie accusent des Juifs imaginaires d’en profiter et en même temps accrochent des étoiles juives à leurs vêtements, comme pour dire qu’ils sont les nouveaux Juifs », a déclaré Benjamin Steinitz, directeur du Centre de recherche et d’information sur l’antisémitisme de Berlin, ou RIAS. « Tant les mythes de conspiration antisémites que la banalisation de la Shoah ont été normalisés. C’est une évolution inquiétante. »

Il ajoute qu’un « champ sombre d’incidents antisémites » n’est pas pris en compte dans les statistiques gouvernementales. « Nous devons supposer que… les incidents enregistrés ne sont que la partie émergée de l’iceberg », a-t-il déclaré à la Jewish Telegraphic Agency.

La Fondation Amadeu Antonio, basée à Berlin, a publié son propre rapport mercredi, tirant la sonnette d’alarme sur les développements de l’antisémitisme liés à la guerre en Ukraine (notamment en comparant Poutine à Hitler et l’Ukraine à la cause palestinienne) ; le ressentiment à l’égard du sauvetage des survivants de la Shoah en Ukraine ; et la glorification des attaques terroristes contre les civils israéliens.

Ces développements constituent « une menace aiguë pour la vie juive en Allemagne », selon la fondation, qui se concentre sur la lutte contre la xénophobie et l’antisémitisme.

Entre-temps, plus de 60 % des personnes interrogées dans le cadre d’un récent sondage ont reconnu que l’antisémitisme en Allemagne avait fortement augmenté. Publiée en mai par le bureau de l’American Jewish Committee à Berlin, l’étude – commandée par l’Allensbach Institute for Public Opinion Research – a également montré que les musulmans et les partisans du parti populiste de droite Alternative pour l’Allemagne étaient les plus susceptibles de nourrir des préjugés antisémites.

La motivation des extrémistes de droite continue de dépasser de loin toutes les autres catégories dans l’étude gouvernementale. Sur 3 027 cas, 2 552 ont été attribués à l’idéologie néo-nazie. Parmi ceux-ci, 64 étaient des crimes violents, dont 51 cas de blessures physiques.

Josef Schuster, chef du Conseil central des Juifs d’Allemagne, a déclaré mardi au journal télévisé ZDFheute que le rapport sur l’extrémisme – de gauche à droite – « montrait que la vie juive en Allemagne continuait d’être massivement menacée. Et le plus grand danger vient de la scène d’extrême-droite ».

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