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L’alyah éthiopienne reprend officiellement : 181 immigrants ont atterri en Israël

Les premiers des 3 000 nouveaux immigrants attendus ont été accueillis lors d'une cérémonie à l'aéroport Ben Gurion, après plus d'un an sans immigration en provenance d'Addis-Abeba

De nouveaux immigrants éthiopiens atterrissent à l'aéroport Ben Gurion le 1er juin 2022. (Crédit: Maxim Dinshtein)
De nouveaux immigrants éthiopiens atterrissent à l'aéroport Ben Gurion le 1er juin 2022. (Crédit: Maxim Dinshtein)

Un peu plus de 180 immigrants éthiopiens ont atterri à l’aéroport Ben Gurion mercredi après-midi, certains après avoir attendu plusieurs décennies pour arriver en Israël et retrouver les membres de leur famille.

Ce vol a donné le coup d’envoi de la reprise de l’immigration en provenance de ce pays déchiré par la guerre civile, après une pause d’un an et une lutte prolongée par la ministre de l’Aliyah et de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata.

Un deuxième vol, jeudi, en provenance d’Addis-Abeba, devrait transporter 160 nouveaux immigrants supplémentaires ; d’autres vols sont attendus au cours de l’été et de l’automne.

L’opération, une décision gouvernementale prise fin 2021, vise à faire venir en Israël 3 000 Éthiopiens. Selon les responsables de l’Agence juive, leur arrivée est prévue d’ici novembre.

Les 181 nouveaux arrivants, dont beaucoup étaient vêtus de leurs plus beaux habits de fête totalement submergés par l’émotion, ont été accueillis lors d’une cérémonie de bienvenue marquant le premier vol d’alyah en provenance d’Éthiopie depuis mars 2021, date à laquelle Israël a achevé la première moitié de l’opération « Zur Israël » (Rocher d’Israël), au cours de laquelle environ 2 000 immigrants sont arrivés en Israël.

Le processus d’immigration a été bloqué après que le Centre politique israélien de l’immigration, un groupe de droite, a déposé un appel devant la Haute-cour de Justice affirmant que les Éthiopiens concernés n’étaient pas Juifs ou descendants directs de Juifs eux-mêmes. La Haute Cour a gelé la mesure pendant qu’elle délibérait.

En mars, la Haute Cour a rejeté l’appel – qui empêchait le gouvernement de faire venir en Israël des Éthiopiens éligibles à la citoyenneté – ouvrant ainsi la voie à l’arrivée des nouveaux immigrants.

Presque tous les passagers du vol de mercredi retrouveront des membres de leur famille, qu’ils n’ont, pour la plupart, pas vus depuis des années.

Zemenu Atalele va enfin pouvoir voir sa mère, qui a déménagé en Israël il y a dix ans. Il voyage avec sa femme, Yeshihareg, et leurs trois jeunes enfants, âgés de 8, 3 et un peu plus d’un an – qui n’ont jamais rencontré leur grand-mère.

Les deux filles aînées de Teshager Gerem et Alemitu Belew ont déménagé en Israël il y a 17 ans. Aujourd’hui, elles et leurs sept enfants – âgés de 17 à 35 ans – vont être réunis en Israël. Ils quitteront un appartement d’une pièce à Gondar, où l’électricité est sporadique, pour s’installer dans l’un des 12 merkaz klita – centres d’intégration – du pays. Là, tous les nouveaux immigrants intégreront une classe d’hébreu et participeront à d’autres activités éducatives ; ils entameront également le processus de conversion officielle au judaïsme.

La ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata, distribue des cadeaux à bord d’un vol d’alyah en provenance d’Éthiopie, le 1er juin 2022. (Crédit: Amy Spiro/The Times of Israel)

La ministre de l’Immigration et de l’Absorption, Pnina Tamano-Shata, elle-même originaire d’Éthiopie, qui était à bord du vol de mercredi entre Addis-Abeba et Tel-Aviv, a fortement insisté pour que l’alyah, terme hébreu désignant l’immigration en Israël, soit relancée.

« Quand je regarde ces enfants et leurs parents et que j’entends leurs histoires, leur combat est mon combat – et ce doit être le combat de tout Israël », a déclaré Tamano-Shata à Addis-Abeba mardi soir, quelques heures avant le vol, notant qu’elle s’est battue avec d’autres membres du gouvernement pour approuver l’opération actuelle. « Nous devons simplement faire ce qu’il faut ».

Depuis la conclusion de l’opération Salomon en 1991, qui a vu la grande majorité de la communauté Beta Israël restante ramenée en Israël, des décisions gouvernementales sporadiques ont été prises au fil des ans pour faire venir des groupes de laissés-pour-compte, souvent appelés Falash Mura – ceux qui se sont convertis au christianisme par coercition ou par crainte des persécutions – qui ne sont pas considérés comme éligibles pour l’alyah en vertu de la Loi du retour.

Depuis 1992, on estime que 40 000 de ces immigrants ont été amenés en Israël en vertu de la Loi d’entrée, dont environ 3 500 sont arrivés au cours des sept dernières années. Le débat sur ceux qui sont restés derrière est acharné et les chiffres sont fortement contestés. Israël a déclaré à plusieurs reprises la fin de l’alyah éthiopienne dans les années passées, mais la question a été remise sur la table plusieurs fois, plus récemment à la suite de la guerre civile dans la région du Tigré du pays qui a éclaté en 2020.

Alors que le gouvernement israélien est au bord de l’effondrement, Tamano-Shata a promis mardi de travailler à la mise en œuvre d’autres parties de la décision gouvernementale de novembre, notamment en fournissant des réponses définitives à ceux qui attendent toujours à Gondar et à Addis-Abeba, et en créant un comité chargé d’examiner l’éligibilité des personnes qui n’ont pas de parents au premier degré dans l’État juif.

« J’ai un accord avec [le ministre des Finances Avigdor] Liberman, selon lequel nous ferons venir tous ceux qui ont des parents au premier degré – il saura trouver les fonds. », a déclaré la ministre. « Nous allons mettre fin à la saga et apporter une solution, une fois pour toutes. »

Mais avec un gouvernement fragilisé et de nouvelles élections à l’horizon, aucune promesse ne peut être faite après l’immigration des 3 000 personnes actuellement éligibles.

Mercredi, Uri Perednik, président du Struggle for Ethiopian Alyah, a déclaré qu’en dépit de la vague d’immigration, « le gouvernement d’Israël traite toujours les Juifs éthiopiens comme des Juifs de seconde zone… s’ils peuvent faire venir plus de 20 000 personnes d’Ukraine en un mois, ils peuvent sans aucun doute en faire venir la moitié d’Éthiopie ».

Dans le cadre des conditions actuelles, les personnes éligibles à l’alyah en vertu de la décision du gouvernement sont, par ordre de priorité : celles dont les parents ou les enfants vivent en Israël ; celles dont les parents ont déménagé en Israël et sont décédés par la suite ; celles qui ont des frères et sœurs en Israël ; et celles qui ont des demi-frères et sœurs en Israël. Les personnes qui entrent dans l’une de ces catégories peuvent emmener avec elles leur conjoint et leurs enfants, ainsi que tous les enfants de plus de 18 ans encore célibataires.

L’alyah de chaque immigrant est approuvé par le ministère de l’Intérieur, qui – contrairement à ce qui se passe pour les autres immigrations en Israël – approuve chaque candidat un par un après une enquête sur son statut. Depuis 2014, le ministère ne traite que les demandes qui lui ont été soumises via un membre de la famille vivant actuellement en Israël.

Si la grande majorité des nouveaux immigrants se considèrent comme des membres à part entière de la communauté juive, ils ont également tous accepté – dans le cadre du processus d’alyah – de suivre un programme de conversion de 10 mois dès leur arrivée en Israël. Les responsables de l’Agence juive affirment que près de 95 % d’entre eux terminent le programme avec succès. Néanmoins, ceux qui n’y parviennent pas, conservent tout de même leur statut de résident permanent dans le pays.

Le financement de l’opération d’immigration est divisé en deux : L’Agence juive – soutenue par ses donateurs privés – couvre tous les coûts de préparation des immigrants à l’alyah et leur rapatriement en Israël.

Une fois que les nouveaux immigrants atterrissent à l’aéroport Ben Gurion, le gouvernement commence à payer la facture. Un budget de 570 millions de shekels a été prévu pour financer l’intégration des immigrants en Israël, la majorité de cette somme étant consacrée au logement.

Une trentaine d’employés de l’Agence juive – dont la plupart sont eux-mêmes d’anciens immigrants éthiopiens en Israël – étaient en Éthiopie depuis plusieurs semaines pour préparer les familles à leur déménagement imminent.

Adane Tadale, l’émissaire principal de l’Agence juive en Éthiopie, a déclaré que depuis février, il alternait trois semaines dans le pays, suivies de deux semaines en Israël, pour superviser tous les préparatifs.

Le président par intérim de l’Agence juive, Yaakov Hagoel, à gauche, et son émissaire en chef en Éthiopie, Adane Tadela, dans une synagogue à Gondar, en Éthiopie, le 31 mai 2022. (Crédit: Maxim Dinshtein)

L’Agence juive a estimé qu’il en coûtera environ 32 millions de shekels pour financer ses activités de pré-alyah pour les 3 000 nouveaux immigrants déjà approuvés, ce qui comprend les examens de santé et les vaccinations avant le vol, les heures de formation et de préparation ainsi que le coût des vols eux-mêmes.

Yehuda Setton, directeur des opérations de l’Agence juive, a noté qu’ils n’ont pas encore réuni la totalité de la somme, « mais nous travaillons en même temps que nous réunissons des fonds. » Lors d’une conversation à Gondar, un jour avant le premier vol, Setton a déclaré : « Nous sommes déterminés, et je suis presque sûr que la communauté juive mondiale contribuera à réunir les fonds nécessaires ».

Le financement en question devrait provenir principalement des fédérations juives d’Amérique du Nord. Une importante délégation des fédérations juives des États-Unis s’est rendue à Gondar et à Addis-Abeba cette semaine et s’est envolée pour Israël avec les nouveaux immigrants, tout comme les représentants et les principaux donateurs du Keren Hayesod, du Mouvement international des Chrétiens et des Juifs, de l’Organisation sioniste mondiale et d’autres fondations philanthropiques.

« Il existe un accord tacite et très puissant selon lequel la philanthropie mondiale finance l’alyah ; cette alyah représente bien plus que le vol lui-même », a déclaré Jeffrey Schoenfeld, président de l’UJA-Fédération de New York, lors de sa visite à Gondar. « C’est un engagement inébranlable de la communauté juive nord-américaine… il a été très puissant dans le passé, et il reste un engagement absolu. »

L’UJA s’était initialement engagée à verser 5 millions de dollars pour la vague actuelle d’alyah éthiopienne, avant d’élargir cette promesse à 7 millions de dollars. « Nous trouverons un moyen de réunir les fonds », a promis Schoenfeld.

Des Éthiopiens à bord d’un bus à Gondar, en Éthiopie, en direction de l’aéroport pour se rendre à Addis-Abeba et prendre un vol pour Israël, le 31 mai 2022. (Crédit: Maxim Dinshtein)

Mais avec 3 000 nouveaux immigrants qui devraient arriver en Israël dans les prochains mois, le vrai travail reste à venir, selon les responsables de l’Agence juive.

« À mes yeux, l’immigration est la partie facile », a déclaré Avtamo Yosef, qui dirige le département de l’immigration éthiopienne de l’Agence juive. « L’intégration est la partie compliquée ».

Yosef, originaire d’Éthiopie et arrivé en Israël dans le cadre de l’opération Salomon en 1991, a déclaré qu’il était essentiel que l’assistance et l’encadrement que les nouveaux immigrants reçoivent au cours de leurs premières années en Israël « doivent correspondre aux besoins des immigrants, et non à ce que nous savons [déjà] fournir. »

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