L’AP « pas assez forte » pour diriger la reconstruction à Gaza, selon Chris Murphy
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L’AP « pas assez forte » pour diriger la reconstruction à Gaza, selon Chris Murphy

Le sénateur américain en visite a dit avoir évoqué avec le Premier ministre de l'Autorité palestinienne les salaires versés aux terroristes, ils ont envisagé des avancées possibles

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le sénateur démocrate Chris Murphy (Connecticut), au centre, le sénateur démocrate Chris Van Hollen (Maryland), à droite et le sénateur démocrate  Richard Blumenthal (Connecticut) à gauche lors d'une conférence de presse sur la base militaire de l'aéroport de Beyrouth, au Liban, le 1er septembre 2021. (Crédit : AP Photo/ Hassan Ammar)
Le sénateur démocrate Chris Murphy (Connecticut), au centre, le sénateur démocrate Chris Van Hollen (Maryland), à droite et le sénateur démocrate Richard Blumenthal (Connecticut) à gauche lors d'une conférence de presse sur la base militaire de l'aéroport de Beyrouth, au Liban, le 1er septembre 2021. (Crédit : AP Photo/ Hassan Ammar)

L’Autorité palestinienne (AP) n’est pas assez forte pour tenir un rôle majeur dans les initiatives de reconstruction à Gaza, a déclaré un éminent sénateur démocrate pendant une conférence de presse organisée vendredi qui a été consacrée au voyage récent dans la région de la délégation du Congrès américain dont il était à la tête.

« Mon sentiment, aujourd’hui, c’est que l’AP n’a pas un positionnement suffisamment fort à Gaza actuellement pour être en mesure d’administrer les travaux de reconstruction comme cela avait pu être le cas dans le passé et je pense que nous allons devoir rassembler une sorte de consortium international », a dit Chris Murphy, qui présente la sous-commission des Affaires étrangères au sénat en charge du Proche-Orient, de l’Asie du sud, de l’Asie centrale et de l’anti-terrorisme.

L’Autorité palestinienne n’a presque plus d’influence à Gaza depuis que le groupe terroriste du Hamas a violemment pris le contrôle du territoire, en 2007, des mains du Fatah du président de l’AP, Mahmoud Abbas. Israël et l’Égypte avaient imposé, au moment de cette prise de pouvoir, un blocus strict à l’enclave côtière qui vise à prévenir le trafic d’armes – mais ce blocus a également décimé l’économie.

Murphy a noté que l’Égypte – qui joue actuellement le rôle d’intermédiaire dans des négociations entreprises entre Israël et le Hamas, au Caire, dont l’objectif est de renforcer un cessez-le-feu à long-terme suite au conflit majeur qui a eu lieu au mois de mai entre les deux parties – était aussi impliquée dans les efforts de construction. Il a déploré que cette implication se limite au « nettoyage des débris et autres décombres » dans la bande.

« La communauté internationale met trop longtemps à établir un plan qui soit réalisable en vue de la reconstruction de Gaza, un plan qui pourrait être posé sur la table », a regretté Murphy.

Il a ajouté que lui et les trois autres sénateurs démocrates qui l’ont accompagné en Israël, la semaine dernière, avaient notamment profité de leur voyage pour pousser les responsables, à Jérusalem, à « se montrer créatifs » sur les moyens de faire avancer les initiatives de reconstruction – et qu’ils leur avaient demandé aussi de réfléchir aux moyens qui permettraient l’entrée de davantage d’aide humanitaire dans la bande sans pour autant renforcer le Hamas au pouvoir.

Des membres des forces de sécurité palestiniennes montent la garde au poste frontière fermé de Rafah vers l’Égypte, dans le sud de la bande de Gaza, le 23 août 2021. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Murphy a aussi noté « la lassitude des donateurs » au sein de la communauté internationale. Les pays s’inquiètent de verser des milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza en prenant le risque que les bâtiments de l’enclave subissent les frappes israéliennes lors de futurs conflits.

L’envoyé qatari dans la bande de Gaza, Mohammed al-Emadi, s’exprime lors d’un entretien dans son bureau de l’AFP à Gaza City en 2019. (Mahmud Hams/AFP)

Quelques heures plus tôt, vendredi, l’émissaire du Qatar à Gaza avait déclaré que les efforts visant à transférer des fonds offerts par son pays à la bande de Gaza, y compris aux employés du gouvernement du Hamas, avaient été vains. Un accord avait été conclu pour permettre le transfert de cette aide financière – un accord dont l’Autorité palestinienne s’est finalement retirée.

Le Qatar s’était engagé à verser 500 millions de dollars à Gaza à la suite du conflit qui s’était déroulé du 10 au 21 mai et qui avait donné lieu à de lourds bombardements dans la bande de Gaza et à d’intenses tirs de roquettes sur Israël.

L’émissaire qatari Mohammed al-Emadi avait donc annoncé, vendredi, que le mécanisme convenu en début de semaine, selon lequel les banques de l’Autorité palestinienne transféreraient l’argent aux employés du Hamas, n’était plus une option.

Il avait expliqué que les banques avaient refusé de participer, craignant d’être visées par des sanctions pour avoir transféré de l’argent à un groupe terroriste.

L’échec de l’accord est susceptible d’attiser davantage les tensions entre Israël et le Hamas, qui a fréquemment multiplié les provocations dans le but de faire pression sur Israël pour qu’il autorise l’entrée de l’argent.

AP : Une rencontre consacrée aux élections et aux salaires des terroristes

Murphy se trouvait au sein de l’État juif, la semaine dernière, aux côtés des sénateurs Chris Van Hollen, Jon Ossoff et Richard Blumenthal. Les quatre députés ont aussi rencontré à Ramallah le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh.

Sur cette photo diffusée par le gouvernement libanais, le président libanais Michel Aoun, troisième à gauche, le sénateur démocrate Chris Murphy (Connecticut), 2è à gauche, le sénateur démocrate Chris Van Hollen (Maryland), à gauche, le sénateur démocrate Richard Blumenthal (Connecticut), 3è à droite, le sénateur démocrate Jon Ossoff (Georgie), 2è à droite, et l’ambassadrice américaine au Liban, Dorothy Shea, au palais présidentiel de Baabda, à l’Est de Beyrouth, le 1er septembre 2021. (Crédit : Dalati Nohra/Lebanese Official Government via AP)

De plus, les sénateurs ont fait des arrêts au Liban, en Tunisie et en Grèce, où ils ont rencontré d’autres éminents parlementaires. Ces législateurs américains appartiennent au courant le plus progressiste du parti démocrate au sénat, et ils ne se sont pas abstenus, dans le passé, de critiquer la présence militaire et civile en Cisjordanie. Toutefois, ils soutiennent bien plus la relation tissée entre les États-Unis et Israël que ce n’est le cas de leurs collègues démocrates de la Chambre des représentants.

Lors de la conférence de presse de vendredi, Murphy a été rejoint par Van Hollen et Blumenthal.

Van Hollen a expliqué que pendant leur rencontre avec Shtayyeh, le Premier ministre de l’AP leur avait dit que dès qu’Israël donnerait l’assurance que les électeurs de Jérusalem-Est seraient autorisés à voter, Ramallah organiserait des élections dans les six mois. Une demande que le sénateur a qualifié de « raisonnable ».

Des élections parlementaires devaient avoir lieu au mois d’avril dernier, et elles devaient être suivies par un scrutin présidentiel au mois de juillet. Finalement, ces votes avaient été annulés par le président de l’AP, Abbas, qui avait affirmé avoir renoncé à ces élections parce qu’Israël refusait la tenue de ces votes à Jérusalem-Est. Une explication rejetée par beaucoup d’analystes, qui avaient estimé qu’Abbas était plutôt inquiet d’une défaite significative face au Hamas.

L’État juif avait évité de prendre publiquement position sur la question du vote à Jérusalem-Est avant les élections. Dans le passé, Israël a été défavorable par principe à cette idée mais le pays avait accepté de faire des compromis lors du dernier scrutin palestinien, qui remonte à 2006.

Blumenthal a aussi évoqué une rencontre avec de jeunes étudiants et hommes d’affaires palestiniens, racontant avec regret que Shtayyeh lui avait dit que 53 % des diplômés d’université palestiniens étaient au chômage. Le sénateur a déclaré que lors de la réunion avec le Premier ministre, il avait « souligné l’importance d’accorder de l’espace à la jeune génération » dans les instances au pouvoir à Ramallah – ce qui a semblé être une critique subtile du gouvernement de l’AP actuel qui est largement accusé de corruption.

Les sénateurs ont aussi parlé avec Shtayyeh de l’opposition de l’administration Biden au système d’aide sociale de l’AP qui verse des allocations régulières aux terroristes emprisonnés qui ont tué des Israéliens, des allocations qui sont aussi données aux autres détenus sécuritaires ainsi qu’aux familles des terroristes tués en commettant des attentats.

Ramallah a promis de réformer ce système, mais a semblé également conditionner cette réforme à l’annulation, par l’administration américaine au pouvoir, d’une loi de 1987 qui classe l’OLP et ses affiliés parmi les organisations terroristes.

Murphy a déclaré que le programme de versement de salaires de l’AP à des terroristes rendait impossible des aides directes des États-Unis à Ramallah – ces aides directes seraient une violation de la loi fédérale – et il a ajouté que les sénateurs avaient discuté en profondeur de la question avec Shtayyeh et qu’ils avaient peut-être trouvé « le moyen d’avancer ».

Reconstruire le soutien bipartisan à Israël

Les sénateurs ont parlé de manière beaucoup plus optimiste de leurs rencontres au sein de l’État juif.

« J’ai été très heureux et inspiré par les engagements pris par le Premier ministre [Naftali Bennett] et par le ministre des Affaires étrangères [Yair Lapid] en faveur d’une approche différente des États-Unis, une approche authentiquement bipartisane », a dit Blumenthal.

« Une grande menace qui a plané sur les liens entre nos deux nations a été la tentative de rendre partisane la question des relations entre Israël et les États-Unis. La précédente administration américaine et la précédente administration israélienne ont, dans les faits, fait la promotion de ce fossé partisan et le Premier ministre a établi avec beaucoup de clarté qu’il souhaitait que les liens entre les deux pays soient complètement bipartisans », a ajouté Blumenthal, lançant une pique aux précédents gouvernements qui étaient dirigés par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ex-président américain Donald Trump.

Il a dit avoir apprécié l’utilisation répétée par Bennett du mot « pragmatique » pour décrire son gouvernement au cours de leur rencontre, la semaine dernière.

Blumenthal a déclaré avoir garanti à Bennett qu’il ferait en sorte de s’assurer que le Congrès verse suffisamment de fonds pour pouvoir reconstituer le stock de missiles du système de défense antiaérien du Dôme de fer, suite au conflit du mois de mai contre les groupes terroristes à Gaza. Il a ajouté que l’aide à la défense apportée à Israël « est vitale pour lutter contre le Hezbollah, le Hamas et d’autres menaces sécuritaires », y compris l’Iran.

Van Hollen a souligné l’usage répétée par Lapid de la phrase « ne pas nuire » s’agissant de l’approche du gouvernement face aux Palestiniens, pendant leur réunion, alors même que Bennett s’oppose à une solution à deux États. Les sénateurs n’ont pas évoqué les constructions israéliennes en Cisjordanie que Bennett a promis de continuer à faire bâtir.

Murphy a aussi déclaré avoir été « impressionné » par le nouveau gouvernement, précisant qu’en tant que partisan de la solution à deux États, la coalition lui paraissait « étrange ». Il a toutefois ajouté que la délégation avait eu des « discussions franches » avec Bennett et Lapid sur le sujet et il a salué des « initiatives significatives » prises récemment par le gouvernement, avec l’allègement des restrictions sur Gaza et plusieurs gestes visant à améliorer la qualité de vie des Palestiniens en Cisjordanie.

Les sénateurs ont répété qu’ils avaient soulevé la question de la réouverture du consulat américain – un plan de Joe Biden – à Jérusalem après la fermeture par Trump de cette mission qui était au service des Palestiniens en 2019.

Un plan qui a été rejeté par Israël. Lapid a averti que cette initiative déstabiliserait la coalition et Bennett a insisté sur le fait que Jérusalem était la capitale indivisible d’Israël.

Néanmoins, les sénateurs ont minimisé les désaccords entre les parties sur le sujet. Blumenthal a évoqué « un problème de timing essentiellement », ajoutant qu’il pensait qu’il « sera réglé en temps et en heure ».

« C’est utile de regarder les objectifs que nous partageons de manière générale. L’un de ces objectifs est de garantir que ce gouvernement actuel sera durable et qu’il réussira dans sa mission », a-t-il affirmé. « Alors non seulement nous tolérons les désaccords, mais en plus nous nous écoutons les uns et les autres, comme le font des amis ».

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