L’appel contre Breaking the Silence rejeté par Mandelblit
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L’appel contre Breaking the Silence rejeté par Mandelblit

Le groupe de droite Ad Kan avait demandé une enquête sur l'ONG pour des soupçons d'espionnage en 2016. Une accusation rejetée par les enquêteurs

Un membre de Breaking the Silence (gauche) en train d'interroger Ad Kan, se présentant comme un soldat voulant témoigner dans un reportage de la Deuxième chaîne le 17 mars 2016 (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)
Un membre de Breaking the Silence (gauche) en train d'interroger Ad Kan, se présentant comme un soldat voulant témoigner dans un reportage de la Deuxième chaîne le 17 mars 2016 (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)

Le procureur-général Avichai Mandelblit a écarté lundi le dernier appel déposé par des groupes de droite qui demandaient à ce qu’une enquête pour trahison soit ouverte à l’encontre de l’organisation d’extrême-gauche Breaking the Silence.

Dans un courrier adressé à l’avocat du groupe de droite Ad Kan, le bureau de Mandelblit a annoncé n’avoir trouvé « aucune raison » de remettre en cause le jugement préalablement statué par ses services qui avaient estimé, en 2017, qu’il n’y avait aucune preuve d’acte répréhensible et délictueux commis par Breaking the Silence.

Breaking the Silence est largement critiqué ces dernières années par les Israéliens pour sa collecte et sa médiatisation de témoignages anonymes portant sur de mauvais traitements présumés infligés aux Palestiniens par les soldats de Tsahal.

Cette dernière saga juridique avait commencé en 2016 lorsque des ONG de droite avaient envoyé d’anciens soldats avec des caméras cachés rencontrer Breaking the Silence, soumettant au groupe de faux témoignages pour tenter de démontrer que les méthodes de collecte de l’organisation étaient influencées par ses convictions – reconnues et assumées – de gauche.

Les séquences enregistrées avaient été diffusées dans un reportage d’informations sur la Deuxième chaîne (devenue la Douzième chaîne).

Photo d’illustration: des habitants d’implantations israéliennes enregistrent une vidéo alors qu’ils s’entretiennent avec un membre de Breaking the Silence en visite à Hébron, en Cisjordanie, le 10 juillet 2015 (Crédit : Garrett Mills/Flash90)

Elles montraient le personnel de l’organisation poser des questions opérationnelles détaillées aux vétérans de l’armée. Des interrogations qui, avait insisté la Deuxième chaîne, n’étaient pas pertinentes concernant d’éventuels crimes de guerre.

Le reportage avait entraîné la fureur des politiciens de droite, notamment du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du ministre de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon, qui avaient affirmé que l’organisation semblait collecter auprès des anciens militaires des informations opérationnelles secrètes.

Le 13 juin 2016, Ad Kan en avait appelé au bureau du procureur-général en lui recommandant vivement l’ouverture d’une enquête sur Breaking the Silence pour violation possible des lois israéliennes sur l’espionnage et la trahison.

Cet appel avait entraîné l’ouverture d’investigations, sous la houlette du bureau du procureur-général, qui avaient duré huit mois. Ce dernier avait conclu qu’il « n’y a pas de preuves que l’organisation Breaking the Silence ou ses activistes ont transmis des informations classifiées à des parties extérieures à Israël », selon une lettre qui avait été envoyée à Ad Kan par Rachel Matar, responsable de la Division criminelle, en date du 22 février 2017.

Matar avait écrit que si les questions portant sur les détails opérationnels étaient « curieuses », le groupe de gauche avait expliqué qu’elles entraient dans le cadre du processus de vérification des témoignages apportés par les soldats.

Avner Gvaryahu, directeur de l’organisation Breaking the silence, mis en détention par la police des frontières à proximité de l’avant-poste de Cisjordanie de Mitzpeh Yair , le 31 août 2018 (Capture d’écran/YouTube)

Elle avait également rejeté l’affirmation que l’organisation soit parvenue à « placer » ses activistes dans les rangs de l’administration civile de l’armée, notant « qu’il n’y a aucune preuve concluante que Breaking the Silence soit en mesure d’influencer le processus de placement » des soldats d’une manière susceptible de permettre une telle infiltration.

Cette décision avait été soutenue par le procureur d’Etat Shai Nitzan, avait ajouté Matar.

Ad Kan avait fait appel de la décision un mois plus tard, le 30 mars 2017.

Ce n’est que lundi que le bureau du procureur-général Mandelblit, supérieur hiérarchique direct de Nitzan, a annoncé son jugement sur l’appel.

Dans le courrier de lundi, le bureau de Mandelblit a indiqué qu’il était allé au-delà du travail livré lors de l’enquête de 2017, consultant également « des responsables de la sécurité nationale ». Il a ajouté que toutes les informations mises à sa disposition l’avaient amené à souscrire à la conclusion originale de son bureau, selon laquelle il n’y avait aucune preuve de crime induit par le comportement de Breaking the Silence.

Le président du groupe de gauche, Avner Gvaryahu, a salué cette décision et fustigé « l’organisation pro-implantation » qui a « menti aux médias, aux procureurs, à l’opinion publique, à chacun d’entre nous ».

« Trois ans après, la vérité a éclaté et la campagne d’incitations à notre encontre de la droite s’est effondrée », a-t-il déclaré mardi.

« Ceux qui s’efforcent de dépeindre ces soldats qui brisent le silence comme des traîtres, des espions et des agents venus de l’étranger ont une fois encore échoué. Il est temps qu’ils comprennent les choses – la réalité de l’occupation est plus forte que toutes les campagnes de mensonges des organisations de droite ».

Ad Kan n’a pas encore répondu publiquement à la lettre de Mandelblit.

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