L’avocat d’Azaria se moque du chef d’état-major
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L’avocat d’Azaria se moque du chef d’état-major

Après avoir perdu en appel dans l'affaire d'Elor Azaria, reconnu coupable d'avoir tué un terroriste palestinien désarmé, l'avocat de la défense du jeune soldat a tourné en ridicule l'apparition du chef de l'armée à la télévision

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

L'avocat Yoram Sheftel (Crédit : Flash90)
L'avocat Yoram Sheftel (Crédit : Flash90)

L’avocat de la défense d’un ancien soldat dont la condamnation pour homicide involontaire a été maintenue en appel dimanche a tourné en ridicule le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot lors d’une interview accordée à la télévision lundi matin, disant que le général était gras, en mauvaise santé et qu’il se trouvait donc dans l’incapacité d’inspirer les soldats.

« Le chef d’Etat major, de n’importe quelle manière et sous n’importe quelle forme, n’a pas l’apparence d’un soldat. Il ressemble, dans son apparence, à un employé de bureau de la Kirya (le siège de l’armée israélienne) », a déclaré l’avocat Yoram Sheftel durant un entretien accordé à une émission du matin sur la Dixième chaîne.

Ces paroles ont été prononcées après qu’il a été demandé à Sheftel de clarifier des propos similaires tenus durant sa propre émission radiophonique la semaine dernière.

Dimanche, Sheftel a perdu en appel dans l’affaire d’Elor Azaria, qui avait été reconnu coupable d’homicide involontaire au début de l’année après avoir tué un terroriste palestinien qui était désarmé et qui avait été mis hors d’état de nuire. Le tribunal a rejeté la plus grande partie des arguments de Sheftel et a maintenu son verdict. Toutefois, les magistrats ont également rejeté un appel des procureurs qui réclamaient une peine plus longue, en confirmant une sentence de 18 mois de prison pour Azaria.

Après que Sheftel a fait son commentaire initial sur l’apparence physique d’Eizenkot, le co-animateur de l’émission et correspondant militaire de la station, Or Heller, a cherché à clarifier les choses : « Parce que vous pensez qu’il est gras ? »

Sheftel a réfléchi un moment, semblant décider s’il était utile ou non de continuer sur le sujet. Puis il a choisi de continuer.

Le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eisenkot assistant à un exercice des Blindés le 23 juillet 2015. (Crédit photo: Porte-parole de Tsahal / Flash90)
Le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot assistant à un exercice des Blindés le 23 juillet 2015. (Crédit photo: Porte-parole de Tsahal / Flash90)

« Une personne grasse, comme le chef d’Etat-major, n’affiche pas les caractéristiques d’un soldat et il n’est pas un exemple pour l’armée entière comme cela devrait être le cas pour un chef d’état-major », a-t-il déclaré.

« Le chef d’état-major ne pourrait pas réussir un test d’aptitude de l’armée. J’ai au moins dix ans de plus que le chef d’état-major. Je cours sept kilomètres en 40 minutes cinq fois par semaine. Je voudrais voir le chef d’état-major faire la même chose », a-t-il ajouté.

Eizenkot a commencé une carrière bien remplie dans l’infanterie, au sein de la brigade Golani 1978, servant à la fois comme simple soldat et officier pendant plus d’une décennie, notamment pendant la première guerre du Liban en 1989, avant de rejoindre d’autres unités. Il est retourné dans sa Brigade dont il a pris le commandement en 1997, menant l’unité dans des missions organisées dans tout le sud du Liban.

Il est devenu général en 1999 et a joué un rôle central au cours de la deuxième guerre du Liban en 2006 en tant que chef des opérations de l’armée israélienne. En 2015, il a remplacé le général de division Benny Gantz à la tête de l’état major de l’armée israélienne.

Gadi Eisenkot lors d'un toast en compagnie de Gantz, Barak, et Yair Naveh, qu'il avait remplacé en tant que vice-chef d'état-major en 2015 (Crédit : porte-parole de l'armée israélienne/ Flash 90)
Gadi Eisenkot lors d’un toast en compagnie de Gantz, Barak, et Yair Naveh, qu’il avait remplacé en tant que vice-chef d’état-major en 2015 (Crédit : porte-parole de l’armée israélienne/ Flash 90)

Sheftel a indiqué qu’il ne doutait pas des contributions apportées par Eisenkot à la sécurité d’Israël, mais que l’Eisenkot plus petit et plus corpulent ne représentait pas ce qu’était un soldat de la même manière que Gantz, qui était plus grand, ou que le lieutenant-général Gabi Ashkenazi, plus svelte, l’homme qui avait précédé Gantz.

Les attaques personnelles de Sheftel contre le chef d’Etat major surviennent vingt-quatre heures après qu’Eizenkot a fait savoir qu’il réfléchirai sérieusement à une réduction de peine pour Azaria si ce dernier devait déposer une requête pour plus de clémence.

Dans un communiqué, le chef d’Etat-major, le général de division Gadi Eizenkot, a estimé que le tribunal a fait connaître une décision « forte et claire » et qu’il a énoncé son verdict à l’issue d’un « processus [juridique] moral, professionnel et impartial ».

L'ancien sergent de l'armée israélienne Elor Azaria au tribunal de la base militaire de Kyria à Tel Aviv le 30 juillet 2017 (Crédit : Avshalom Sasoni/Flash90)
L’ancien sergent de l’armée israélienne Elor Azaria au tribunal de la base militaire de Kyria à Tel Aviv le 30 juillet 2017 (Crédit : Avshalom Sasoni/Flash90)

Dans son communiqué, Eizenkot a estimé que « si le sergent (réserviste) Azaria décide de demander une réduction de peine, elle sera prise en considération avec sérieux, avec un réexamen de toutes les autres considérations relatives à cette affaire et avec tout l’esprit de mon engagement envers l’armée israélienne, ses soldats et les membres de ses services ».

Dans la mesure où une demande de grâce ne peut être effectuée qu’une fois Azaria emprisonné, ses avocats devront s’abstenir d’un appel. Mais l’équipe de défense a fait savoir dimanche qu’elle déposerait un appel devant la cour suprême (En tant que soldat, Azaria n’a pas le droit au niveau légal de faire appel devant la Cour suprême. Il peut seulement soumettre une demande dans ce sens).

L'avocat Yoram Sheftel sur la Dixième chaîne dans une émission du matin après qu'il a perdu en appel au nom d'un soldat condamné pour homicide involontaire pour avoir tué un terroriste palestinien désarmé et mis hors d'état de nuire, le 31 juillet 2017 (Capture d'écran )
L’avocat Yoram Sheftel sur la Dixième chaîne dans une émission du matin après qu’il a perdu en appel au nom d’un soldat condamné pour homicide involontaire pour avoir tué un terroriste palestinien désarmé et mis hors d’état de nuire, le 31 juillet 2017 (Capture d’écran )

Dans son interview, Sheftel a salué la déclaration faite par Eizenkot mais a expliqué ne pas faire suffisamment confiance au porte-parole de l’armée israélienne pour penser que l’offre de réflexion sérieuse était réelle.

Sheftel a répété une demande qu’il a soumise dimanche suite au jugement émis par la cours d’appel d’une offre concrète de clémence avant qu’il ne réfléchisse à s’abstenir d’un appel.

L’avocat de la défense, connu pour sa flamboyance et sa théâtralité, a eu des problèmes en raison d’attaques personnelles proférées dans le passé. En 2012, dans son émission de radio, Sheftel avait qualifié un interlocuteur « d’homme impudent, harceleur verbal, tricheur pathologique, fanatique d’extrême gauche, insolent ».

L’homme avait porté plainte et Sheftel avait été obligé de payer plus de 100 000 shekels de dommages et de frais de justice.

Suite à son jugement de dimanche, la cour d’appel militaire a accordé un report de 10 jours à Azaria concernant sa date d’entrée en prison, donnant à la défense le temps de demander encore un autre appel auprès de la cour suprême.

Si un tel appel n’est pas déposé avant le 9 août, Azaria sera placé dans l’obligation de commencer sa peine de prison. Même s’il a quitté l’armée au début du mois, Azaria effectuera sa période d’incarcération dans une prison militaire.

Si Azaria devait entrer en prison, il ne devrait effectuer que la moitié de sa sentence – soit neuf mois – avant d’être éligible à une liberté conditionnelle, même s’il n’y a aucune garantie qu’il pourrait en bénéficier. C’est un processus différent de la loi pénale civile où un détenu doit effectuer les deux-tiers de sa peine avant d’avoir l’opportunité de demander une libération anticipée.

En tant que soldat, une telle grâce ne pourrait survenir que d’Eisenkot ou du président Reuven Rivlin. Il est toutefois peu probable que Rivlin accorde une grâce contre le désir du chef d’état major.

Le processus de grâce présidentiel est compliqué en comparaison à celui du chef d’Etat-major et il exigerait des recommandations de la part du procureur de l’armée, du chef des ressources humaines de l’armée israélienne, du chef d’Etat-major et du ministre de la Défense.

Salut militaire de Gadi Eisenkot, chef d'état major de l'armée israélienne, lors de la cérémonie commémorative de la Guerre de Kippour le 13 octobre 2016 au mont Herzl. (Crédits : Hadas Parush/Flash90)
Salut militaire de Gadi Eisenkot, chef d’état major de l’armée israélienne, lors de la cérémonie commémorative de la Guerre de Kippour le 13 octobre 2016 au mont Herzl. (Crédits : Hadas Parush/Flash90)

Eisenkot a dans le passé critiqué une perception émanant de l’opinion publique faisant d’Azaria « l’enfant de tous ». Il a également estimé que l’affaire abondait de « manipulations et de mensonges ».

Immédiatement après l’annonce de la cour, les politiciens et des personnalités publiques, dont le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense Avigdor Liberman, ont appelé à ce que grâce soit faite à Azaria.

Ce dossier clivant a révélé de profondes dissensions au sein de la société israélienne, certains considérant Azaria comme un héros et d’autres comme un criminel.

A travers tout le procès, Azaria s’est défendu en clamant qu’il avait tiré sur Abdel Fattah al-Sharif après avoir hâtivement estimé que l’attaquant, qui bougeait légèrement, pouvait être armé d’explosifs dissimulés dans sa veste ou qu’il pouvait attraper le couteau qui était resté près de lui. Les procureurs ont affirmé que l’agresseur gravement blessé ne présentait aucun danger, ayant été touché par une balle d’un autre militaire, et qu’Azaria avait tiré sur Sharif à la tête pour se venger de ses camarades, l’un d’eux ayant été blessé durant l’attaque.

Deux des cinq magistrats de la cour avaient pour leur part demandé une plus forte condamnation pour Azaria, disant qu’il aurait dû écoper d’une peine de 30 à 60 mois de prison au lieu de bénéficier d’une tranche de 18 à 48 mois, celle sur laquelle s’étaient accordés les juges majoritaires.

Ces deux juges avaient également paru s’opposer à la perspective d’une grâce, notant l’importance d’une instance de droit indépendante qui ne pourrait pas être immédiatement supplantée par les politiciens.

S’exprimant aux abords de la salle d’audience au siège militaire de la Kirya, à Tel Aviv, le procureur, le lieutenant colonel Nadav Weissman, a souligné que huit juges lors de deux procès avaient considéré qu’Azaria était coupable.

Il a salué la cour d’appel militaire pour avoir clairement établi l’importance de l’éthique dans le jugement de dimanche « et en particulier la pureté des armes », terme militaire israélien qui concerne l’usage des armes seulement lorsque c’est nécessaire.

Après que le premier magistrat, le général de division Doron Feiles, a conclu la lecture de la décision de 158 pages dimanche, la mère d’Elor Azaria, Oshra, a hurlé aux juges du tribunal militaire que « les terroristes nous rient au visage ». Saisie de toute évidence d’un malaise, une amie l’a aidée à sortir de la salle. Son mari Charlie a déclaré aux procureurs qu’ils « castraient l’armée ».

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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