Le chef d’un commando d’élite raconte l’opération « tout ou rien » pour libérer les otages
Dans des interviews télévisées, ce commandant de Yamam explique que la réussite de l'opération "pesait lourdement" sur ses épaules et rend hommage au courage des otages

Le commandant de la force d’élite antiterroriste qui a libéré deux otages israéliens dans la bande de Gaza a décrit les très forts enjeux de la conduite de l’opération, dans une interview télévisée diffusée jeudi.
Fernando Marman, 61 ans, et Louis Har, 70 ans, ont été libérés ce lundi dans un immeuble de Rafah, dans le sud du pays, lors d’une opération minutieusement préparée, deuxième libération d’otages par les forces armées israéliennes depuis le 7 octobre.
Le commandant de Yamam, dont l’identité n’a pas été révélée en raison de la nature de ses fonctions, a déclaré à la Treizième chaîne que le succès de l’opération, aux enjeux très élevés, « avait pesé très lourdement » sur ses épaules.
La chaîne publique Kan a diffusé un extrait d’une interview du commandant, qui sera diffusée dans son intégralité ce vendredi soir, tout comme la Douzième chaine, qui a réalisé un reportage semblable avec le commandant et des membres de son unité, également diffusé ce soir.
« Dans une opération comme celle-là, soit c’est le succès soit c’est l’échec. C’est tout ou rien. Il n’y a pas de juste milieu. Dès que vous êtes avec les otages, plus rien d’autre n’a d’importance… que de les ramener chez eux sains et saufs », a-t-il déclaré à la Treizième chaîne.
« Tout le monde voulait participer à cette opération, surtout en cette période, que ce soit au niveau de l’unité, mais aussi au niveau national », a-t-il ajouté.
אין הרבה אנשים שיכולים לספר מה בדיוק קרה באותן הדקות מורטות העצבים בדרום הרצועה, בלילה בו חולצו פרננדו מרמן ולואיס הר מהשבי. בריאיון מיוחד, מפקד הימ"מ מספר על הרגעים הדרמטיים: "מבצע שלא היה כמותו שנים"https://t.co/OFTOSmZHHX@Yossi_eli pic.twitter.com/KOa7jROcN9
— חדשות 13 (@newsisrael13) February 15, 2024
A l’antenne de Kan, il a déclaré que la partie cruciale de l’opération était « les déplacements à pied en territoire hostile, par des nuits très sombres, sur de longues distances, en se faufilant jusqu’au point décisif ».
Un membre de l’unité, dont l’identité est gardée secrète, a raconté à la Douzième chaine de quelle manière ils étaient entrés dans le bâtiment.
« J’ai posé la charge explosive sur la porte, prête à être déclenchée ; j’ai reçu le feu vert du commandant pour l’activer, et je l’ai donc fait sauter, ce qui a ouvert la porte », a raconté le commando.
« En entrant ainsi, par effraction, on met les pieds dans un royaume d’incertitudes. On n’a aucune idée de ce qui va se passer », s’est-il confié, ajoutant que le quartier calme était soudainement devenu très bruyant. « Il y a eu beaucoup de coups de feu, de toutes parts. On nous a tiré dessus à l’intérieur de la maison, même à travers les murs. »
« C’est là que ça a commencé, que le compte à rebours s’est enclenché. Nous avions un temps limité pour conduire Fernando et Louis en lieu sûr. Je suis entré dans le bâtiment, j’ai vu deux terroristes devant moi, puis Fernando et Louis au sol, j’ai crié : ‘Tsahal !’ », a-t-il poursuivi, expliquant que « Tsahal » était plus facilement identifiable que Yamam, et qu’ils voulaient être sûrs que les otages sachent à qui ils avaient affaire.
« J’ai pris Louis par la jambe, je l’ai emmené sur le balcon. Ils ont dit : ‘Ce n’est pas possible, je n’y crois pas.’ Ils m’ont dit ‘merci’. »
Dans l’interview accordée à la Treizième chaîne, le commandant parle de la phase de repli avec les otages comme de l’étape la plus dangereuse de toute l’opération, au milieu des combats.
« On a éliminé les terroristes dans le bâtiment, on a libéré les otages, le plus difficile ensuite est de quitter cet endroit pour se rendre en lieu sûr. Le plus important est que les otages ne soient pas blessés », dit-il.
En parlant de cette opération minutieusement préparée, le commandant de Yamam explique que les soldats savent, dès qu’ils entrent, ce qu’ils doivent faire s’ils ne peuvent pas descendre les otages par l’escalier. Au cours de l’opération, il a été décidé de les faire descendre du deuxième étage à l’aide d’une corde.
Le commandant rappelle que les soldats sont bien conscients que leur travail consiste à les protéger au péril de leur vie, quitte à être blessés.
« C’est la mission : quand on part secourir des otages, on sait pertinemment que nos hommes peuvent être blessés, voire pire, mais c’est notre mission. »
« Voir des personnes âgées enfermées ainsi depuis tellement de jours… Nous avons vite vu que leur état de santé était plutôt correct. Nous devions nous assurer qu’ils comprenaient qui nous étions, que nous étions là pour les sauver, les ramener chez eux. A notre grande surprise, ils ont parfaitement coopéré… à leur sauvetage, sous le feu de l’ennemi », en rendant hommage au courage de Marman et Har.
Les ex-otages ont été conduits à bord de véhicules blindés jusqu’à un héliport de fortune au cœur de Gaza, puis transférés par hélicoptère militaire au centre hospitalier Sheba de Ramat Gan, le tout en moins d’une heure.
Enlevés au kibboutz Nir Yitzhak, Marman et Har font partie des 253 otages enlevés le 7 octobre, au moment où des milliers de terroristes venus de Gaza et dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël, pour y massacrer près de 1 200 personnes et commettre des atrocités contre des victimes principalement civiles.
On pense estime à plus de 130 le nombre d’otages enlevés par le Hamas le 7 octobre dernier toujours à Gaza – pas tous vivants – depuis la libération de 105 civils à la faveur d’un cessez-le-feu d’une semaine fin novembre, auxquels s’ajoutent quatre otages secourus un peu avant.
Trois otages ont été retrouvés vivants par les soldats, et les corps de 11 otages ont également été découverts, dont trois tués par erreur par l’armée.
L’armée israélienne a confirmé la mort de 30 otages du Hamas, sur la base de nouveaux renseignements collectés par les soldats déployés à Gaza. Une autre personne est portée disparue depuis le 7 octobre sans que l’on sache ce qu’il est advenu d’elle.
Le Hamas détient également la dépouille des soldats Oron Shaul et Hadar Goldin, morts au combat depuis 2014, ainsi que deux civils israéliens manifestement en vie, Avera Mengistu et Hisham al-Sayed, entrés de leur plein gré dans la bande de Gaza respectivement en 2014 et 2015.
Emanuel Fabian et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.







