Le contrôleur de l’État se consacrera au social plutôt qu’à la corruption
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Le contrôleur de l’État se consacrera au social plutôt qu’à la corruption

Matanyahu Englman a détaillé sa vision du contrôle de l'État ; les inspections seront plus "diverses" et comprendront des critiques positives et "constructives"

Le contrôleur de l'Etat d'Israël Matanyahu Englman s'exprime lors de la conférence annuelle sur la Justice, le 3 septembre 2019. (Photo par Tomer Neuberg/Flash90)
Le contrôleur de l'Etat d'Israël Matanyahu Englman s'exprime lors de la conférence annuelle sur la Justice, le 3 septembre 2019. (Photo par Tomer Neuberg/Flash90)

Le contrôleur de l’État Matanyahu Englman a présenté mardi ce qu’il souhaite changer dans son service, qui devrait se consacrer davantage aux problèmes sociaux et moins aux enquêtes sur les éventuelles malversations et violations des principes de bonne gouvernance au sein des instances de l’Etat.

Selon les rumeurs, Englman, nommé à son poste il y a quatre mois avec le soutien du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’était d’ores et déjà donné pour objectif de réduire le nombre d’enquêtes du bureau sur les faits de corruption publique au profit du rôle plus traditionnel et moins controversé de la fonction, à savoir critiquer la bureaucratie d’Etat de l’intérieur.

Le mois dernier, Englman aurait dit aux membres de son personnel que sous son autorité, il n’y aurait plus d’enquêtes pour corruption comme celle qui s’était achevée par la condamnation de Sara Netanyahu, l’épouse du Premier ministre, au mois de juin.

L’enquête judiciaire avait été ouverte après un rapport écrit par le contrôleur de l’Etat qui recommandait que la police mène des investigations sur des frais de bouche présumés illégaux à la résidence du Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara assistent à la cérémonie d’ouverture de la nouvelle salle d’urgence de l’hôpital Barzilay, à Ashkelon, en Israël, le 20 février 2018. (Flash90)

Lors d’une conférence à Tel Aviv mardi, Englman a présenté son plan – intitulé « Réforme critique positive » – en détail, disant qu’il visait à correspondre au modèle utilisé aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans les autres démocraties libérales.

Le plan comprendra une section « Top 5 » à la fin de chaque rapport qui résumera les cinq conclusions les plus importantes ainsi que les principales recommandations, avec une présentation des conclusions sous la forme de données et de chiffres.

Il a expliqué que son point de vue était de « rendre constructives, pertinentes et efficaces les enquêtes du contrôleur de l’Etat, tout en gardant les yeux rivés vers l’avenir et en se concentrant sur les objectifs nationaux ; de donner une perspective large et à l’échelle du pays et de prendre en charge les questions essentielles qui sont gérées par les instances de l’Etat ».

Englman, comptable de formation et ancien directeur de l’Institut de technologie Technion de Haïfa qui avait pris la tête du Conseil de l’enseignement supérieur par la suite, a été intronisé dans ses nouvelles fonctions le 1er juillet dernier. Il est le premier contrôleur de l’Etat en trente ans à ne pas avoir été magistrat.

L’ancien contrôleur de l’État Micha Lindenstrauss. (Miriam Alster/Flash90)

Sa désignation, approuvée à la Knesset avec l’appui de la coalition de Netanyahu, le fait succéder à deux autres contrôleurs de l’Etat, Micha Lindenstrauss et Yossef Shapira, qui avaient transformé le poste en groupe de veille anti-corruption déterminant – suscitant les éloges d’organisations non gouvernementales, mais également les critiques de certains responsables politiques qui avaient dénoncé l’élargissement du rôle du bureau.

Le bureau du contrôleur de l’Etat, qui est également l’office gouvernemental rassemblant les plaintes publiques, sert sous les auspices de la Knesset et détient l’autorité nécessaire pour examiner toutes les agences du gouvernement, même les plus secrètes. Grâce, en partie, aux efforts de Lindenstrauss, l’agence était devenue une instance de supervision significative, ces dernières années, comptant des centaines de juristes et comptables dont les comptes-rendus ont souvent entraîné des changements administratifs et politiques.

Englman a critiqué la conduite actuelle du bureau, notant que presque toutes les enquêtes s’étaient consacrées à déterminer si les instances adhéraient bien aux principes de bonne gouvernance et aux réglementations légales.

Sous son autorité, a-t-il expliqué, les enquêtes seront plus « variées », et elles comprendront des inspections au niveau des procédures de définition des stratégies, des données financières et des risques pris, de l’efficacité des opérations et des systèmes informatiques.

Matanyahu Englman serre la main du Premier ministre au cabinet de ce dernier peu après sa nomination au poste de contrôleur de l’État, le 3 juin 2019. (Crédit : Cabinet du Premier ministre/Twitter)

« Les inspections seront réalisées avec professionnalisme, efficacité et rigueur, de manière à la fois respectueuse et respectable », a-t-il clamé, ajoutant que ce nouveau modèle serait mis en œuvre dans les prochains mois.

Englman a indiqué avoir passé les mois qui ont suivi sa nomination à étudier le fonctionnement du bureau et à connaître toutes ses équipes.

Il a établi clairement que son approche était de considérer les inspections comme un outil permettant d’améliorer la bonne marche des instances, mais que le processus décisionnaire devait relever de la responsabilité des officiels et des gestionnaires élus.

« Le contrôleur est choisi par la Knesset et, dans son travail, il doit rendre des comptes à la Knesset seulement. Ses rapports sont présentés à la Knesset et au public », a-t-il dit.

Il a par ailleurs confirmé des informations antérieures selon lesquelles il inclurait des « renforcements positifs » dans le cadre de ses rapports, en plus de permettre aux instances d’en commenter les contenus.

Le contrôleur d’Etat Yossef Shapira (à droite) remet le rapport du contrôleur d’Etat au président de la Knesset Yuli Edelstein, le 28 octobre 2015 (Crédit : Isaac Harari / Flash90)

Une partie de la réforme porterait sur des enquêtes visant à définir des réglementations globales pour toutes les instances de l’Etat et à tirer des conclusions générales issues des inspections spécifiques des instances.

Englman a également déclaré qu’il désirait « renforcer l’aspect social et le rôle des inspections pour faire entendre la voix des groupes défavorisés au sein de la société ».

Ce qui comprend l’amélioration de la sécurité dans le secteur arabe, des inspections surprises dans les centres de service et le contrôle de la qualité des services internet à disposition du public.

La nomination d’Englman a été critiquée, considérée comme destinée à venir en aide à Netanyahu. L’une de ses premières initiatives après sa désignation a été de remanier la Commission des permis, qui avait refusé les multiples requêtes effectuées par Netanyahu pour pouvoir financer sa défense juridique, dans les affaires de corruption, avec des fonds donnés par son cousin, l’homme d’affaires américain Nathan Milikowsky. Tous les membres de la Commission ont démissionné et ont été remplacés.

Commentant le sujet, Englman a déclaré regretter « que certains tentent de tenir l’image des membres de la Commission des permis et de douter de leur intégrité et de leur expérience personnelle avant même qu’une seule discussion n’ait eu lieu » – ajoutant qu’il avait choisi les nouveaux membres en fonction de leur qualité, et notamment des personnes issues de la périphérie socio-économique.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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