Le coronavirus et le fléau de la solitude pour les survivants de la Shoah
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Le coronavirus et le fléau de la solitude pour les survivants de la Shoah

Alors qu'Israël commémore Yom HaShoah, 189 500 survivants sont bloqués chez eux et effrayés. Ils ont "traversé le pire", mais le plus dur est d'affronter la pandémie seuls chez eux

  • Miriam Grottas Masry (au centre) livre un colis à un survivant de la Shoah avant la fête de Pessah (Autorisation)
    Miriam Grottas Masry (au centre) livre un colis à un survivant de la Shoah avant la fête de Pessah (Autorisation)
  • La survivante de la Shoah Sara Melzer et May, bénévole de l'organisation Dor LDor devenue une amie proche (Autorisation :  Dor L’Dor)
    La survivante de la Shoah Sara Melzer et May, bénévole de l'organisation Dor LDor devenue une amie proche (Autorisation : Dor L’Dor)
  • La survivante d'Auschwitz Malka Zaken âgée de 92 ans (Autorisation)
    La survivante d'Auschwitz Malka Zaken âgée de 92 ans (Autorisation)
  • Pessah à l'isolement, par Sara Meltzer (Autorisation)
    Pessah à l'isolement, par Sara Meltzer (Autorisation)

Malka Zaken, survivante de la Shoah résidant à Tel Aviv, a passé ce dernier mois confinée dans son appartement depuis que le gouvernement israélien a commencé à imposer un bouclage partiel du pays suite à l’apparition du coronavirus sur son territoire.

« Je sais qu’il faut que je sois forte et que je reste positive, comme je l’ai fait pendant toute ma vie et pendant les périodes les pires qu’il soit possible d’imaginer : Mais combien de temps encore cela va-t-il continuer ? », demande-t-elle en exprimant sa frustration.

« J’ai trois enfants, ils m’appellent et ils s’inquiètent pour moi. Mais je suis veuve et à l’exception des contacts que j’entretiens avec eux, je suis complètement seule », confie Zaken au Times of Israel.

Zaken est née dans la ville d’Arta, dans le nord-ouest de la Grèce, et elle a été déportée à Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle est arrivée dans ce camp de la mort nazi situé en Pologne occupée à l’âge de 12 ans et elle est la seule survivante de sa famille.

« Je suis née dans une famille nombreuse, on était 14. Mes parents, mes frères et sœurs, tous sont morts. Je suis la seule à avoir survécu », raconte-t-elle.

Après la guerre, alors qu’elle avait 15 ans, Zaken est retournée dans son pays natal, « mais j’ai réalisé qu’il n’y avait plus rien pour moi là-bas. Alors j’ai décidé de partir en Israël et je me suis débrouillée seule pour le faire », se souvient-elle.

La survivante d’Auschwitz Malka Zaken âgée de 92 ans (Autorisation)

Zaken clame que les plaisirs simples qu’elle goûtait avant l’arrivée de la pandémie au sein de l’Etat juif lui manquent.

« Au moins, je pouvais sortir et faire de courtes promenades. Je ne peux plus maintenant », déplore-t-elle. Mais elle « refuse d’avoir peur. J’ai traversé beaucoup de choses au cours de ma vie. J’ai survécu à Auschwitz quand j’avais 12 ans – je sais que tout ira bien ».

Zaken est l’une de 189 500 survivants de la Shoah à vivre en Israël. Cette communauté, qui ne cesse de se réduire jour après jour, est l’une des plus durement frappées par la pandémie.

Plus de 15 000 survivants de la Shoah sont décédés dans le pays au cours de l’année passée, selon des données réunies par le ministère des Finances. Plus de 31 000 survivants du génocide ont plus de 90 ans ; leur âge avancé les place automatiquement en tête de la liste des populations présentant un risque élevé de contracter le coronavirus et de souffrir de complications susceptibles d’entraîner la mort.

Comme la majorité des personnes âgées dans le pays, les survivants de la Shoah n’ont pas pu quitter leurs habitations depuis cinq semaines. Tant que le confinement durera, ils devraient rester séparés du reste de la société – pendant encore des semaines, probablement des mois. Un grand nombre d’entre eux ont fait part de leur anxiété face à leur santé déclinante, ou ont informé les autorités qu’ils craignaient de ne plus avoir d’argent, de nourriture ou de médicaments. Mais contrairement à Zaken, la plupart des survivants ont eu trop honte d’évoquer le problème le plus brûlant, celui qui devient plus pressant au fil des journées de quarantaine qui s’écoulent : La solitude.

Jenny Pinus, directrice des opérations au sein de l’association Dor L’Dor (Autorisation)

« Quarante deux pour cent des personnes âgées, en Israël, ont indiqué qu’elles souffraient de solitude dans leur vie quotidienne », dit Jenny Pinus, directrice des opérations au sein de l’association Dor LeDor. Fondée en 2010 à Tel Aviv, cette ONG à vocation sociale tente de créer des liens entre les jeunes Israéliens et les personnes du Troisième âge pour combler les écarts générationnels et soulager le sentiment de solitude qui assaille les seniors.

« Ces données étaient pertinentes avant le début de l’épidémie de coronavirus et cette dernière n’a fait qu’augmenter le nombre de personnes âgées qui se sentent seules », note Pinus.

Les amis à l’autre extrémité de la ligne

Des groupes d’aide comme Dor LeDor ont été alertés, ces dernières semaines, de la situation difficile que doivent affronter dorénavant les survivants de la Shoah. Ils ont décidé d’utiliser tous les moyens à leur disposition pour tenter de les aider à recréer un contact avec le monde extérieur pendant toute la durée de leur isolement.

Une survivante de la Shoah reçoit une visite des bénévoles de l’organisation Adopte un Safta (Autorisation : Adopte un Safta)

Pinus explique qu’avant que la maladie ne commence à se propager en Israël, son association exploitait plusieurs programmes visant à faciliter des rencontres entre jeunes bénévoles et personnes âgées. Dor LeDor a dû adapter ses opérations qui reposaient majoritairement sur des rencontres.

« Nous travaillons dorénavant dans deux principaux secteurs », détaille-t-elle. « Le premier, c’est dans le domaine de l’aide psychologique. Certains ont perdu tous leurs cercles sociaux avec l’irruption de la maladie, alors, sachant cela, nous avons mis en place un programme qui connecte nos bénévoles à la population du Troisième âge, via le téléphone ».

« Nos bénévoles appellent les personnes âgées plusieurs fois par semaine pour savoir comment elles vont et pour leur donner le sentiment que quelqu’un se préoccupe d’elles, qu’elles ne sont pas seules », ajoute-t-elle.

L’organisation utilise également la technologie pour apporter une aide physique. Dor LeDor a récemment lancé un programme basé sur une application sur smartphone, qui relie 3 500 bénévoles et les personnes âgées auxquels ils viennent en aide, dit Pinus.

« Avec un simple clic sur un bouton, ces seniors peuvent nous appeler et demander une aide concrète pour faire quelque chose » – qu’il s’agisse de changer une ampoule ou de promener le chien, indique Pinus.

« Les bénévoles obtiennent les requêtes en fonction de leur proximité géographique avec la personne à aider. De cette manière, ils peuvent intervenir d’une façon qui est aussi pratique pour eux, parce qu’ils se trouvent déjà près de l’endroit où ils doivent se rendre », poursuit-elle.

Jay Schultz, fondateur d’Adopte un Safta, aux côtés de Cecilia Dunkelman (center), une survivante de la Shoah avec laquelle il s’est liée à son arrivée en Israël (Autorisation : Jay Schultz)

Jay Shultz, fondateur de l’organisation à but non-lucratif Adopte une Safta, partage l’inquiétude de Pinus concernant le bien-être émotionnel des survivants pendant le confinement.

« La solitude est une maladie et elle affectera la santé physique de ceux qui en souffrent », dit-il.

Il a créé son ONG, qui met en relation des jeunes bénévoles et des rescapés de la Shoah, pour « s’attaquer à cette solitude ». L’association est venue en aide à des milliers de survivants, faisant se rencontrer bénévoles et personnes âgées sur la base de leurs lieux de résidence et de leurs intérêts partagés.

Deux survivants de la Shoah reçoivent une livraison alimentaire de la part de bénévoles d’Adopte un Safta (Autorisation : Adopte un Safta)

« La plus grande difficulté pour les survivants aujourd’hui », explique Shultz, « c’est que même s’ils ont des amis et de la famille, ils se trouvent dans l’incapacité de les voir ».

Habituellement, les bénévoles d’Adopte une Safta « apportent leur aide dans la gestion des questions du quotidien. Si une personne âgée a besoin de contacter les autorités pour une raison ou une autre, nos volontaires – dont nous nous assurons qu’ils parlent bien l’hébreu – aident à faciliter la tâche ».

« Israël a une quantité phénoménale de services sociaux », note Shultz, « mais pour les personnes âgées, le plus difficile, c’est d’y accéder. Que ce soit pour trouver un numéro de téléphone ou un site internet, ou que ce soit pour remplir des formulaires : et c’est là que nos bénévoles interviennent ».

Quand le virus est apparu dans le pays, « nous savions qu’il faudrait que nous y apportions une réponse et nous avons donc immédiatement cessé nos visites à domicile pour garantir que les personnes âgées ne seraient pas mises en situation de risque », se souvient Shultz. « Mais nous avons donné pour instruction à nos bénévoles de redoubler d’efforts concernant les appels téléphoniques qui leur permettent de rester en contact avec les survivants. Nous leur avons également demandé de les aider, quel que soit leur besoin physique – qu’il faille aller à la pharmacie ou au supermarché pour eux ».

Ne vous apitoyez pas sur votre sort

Parmi les survivantes ayant bénéficié des activités de ces organisations, la docteure Sara Melzer, 92 ans, universitaire à la retraite et artiste qui vit dans le nord de Tel Aviv, seule. Melzer a été approchée par l’organisation Dor LeDor, qui l’a mise en contact avec une jeune bénévole qui partage sa passion pour l’artisanat et la création.

La survivante de la Shoah Sara Melzer et May, bénévole de l’organisation Dor LDor devenue une amie proche (Autorisation : Dor L’Dor)

« Je vis près de mon fils et de mon petit-fils, et j’arrive donc à les voir de façon régulière. Nous entretenons un lien très fort, ce qui signifie beaucoup pour moi. Depuis que l’épidémie de coronavirus a commencé, je ne suis plus en mesure de les voir mais ils m’apportent tout ce dont j’ai besoin sur le seuil de ma porte. Et je suis aussi en contact avec May, la bénévole de Dor LeDor, alors je ne me sens pas seule », explique-t-elle.

Melzer est née en Pologne et elle a grandi dans une ville proche de Cracovie. Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, elle avait dix ans. Elle a survécu à la guerre avec ses deux parents et sept frères et sœurs, qui ont tous été forcés de fuir leur pays natal. Leur long voyage a inclus une déportation en Sibérie – une époque qui, se souvient Melzer, était « remplie d’agonie et de souffrance ». Après la guerre, ils devaient tous émigrer vers Israël et Melzer devait se porter volontaire au sein de l’armée israélienne.

« Ma survie pendant la Shoah a été le résultat de nombreuses coïncidences et accidents heureux », raconte-t-elle.

Melzer a ensuite fait des études d’art et elle est devenue éducatrice. Les programmes qu’elle a développés ont été incorporés dans les programmes scolaires de tout le pays, et elle a exposé ses oeuvres, au fil des années, au sein de l’Etat juif et à l’étranger. Elle a récemment organisé une exposition qui était consacrée aux membres de sa famille assassinés pendant le génocide.

Pessah à l’isolement, par Sara Meltzer (Autorisation)

« Parce que je suis éducatrice et artiste, il y a beaucoup de choses qui m’occupent actuellement et je ne m’ennuie jamais », dit-elle au sujet de ces journées passées en quarantaine. « Je passe de nombreuses heures devant l’ordinateur à lire des articles, je fais des oeuvres d’art et j’écris un journal sur cette période de mise à l’isolement dans lequel j’exprime mes pensées et l’état d’esprit étrange qui m’habite en ce moment », indique-t-elle.

Melzer appelle les autres survivants de la Shoah – et tous les Israéliens – à ne pas s’apitoyer sur leur sort.

« Faites quelque chose, créez. Nous avons tous quelque chose susceptible de contribuer à notre épanouissement, chacun d’entre nous. Vous pouvez même disposer de ce temps donné pour apprendre de nouvelles choses », recommande-t-elle vivement.

« Prenez par exemple ce journal intime sur le coronavirus que j’écris en ce moment. J’ai découvert seulement aujourd’hui que je pouvais exprimer mes sentiments de manière spontanée – pas seulement par le biais de la peinture, mais aussi grâce aux mots. Jamais je ne l’avais fait dans le passé », clame-t-elle.

Melzer explique que ses expériences de survivante de la Shoah, d’enseignante et de créatrice lui ont apporté la preuve que « renoncer n’est pas une option. Je suis sûre qu’il y a des choses positives à découvrir, même dans des périodes comme celles-là ».

Aider ceux qui ont été oubliés

Malgré l’optimisme exprimé par des survivants tels que Melzer, pour d’autres, les journées sont pleines de tensions et d’appréhension. Parmi les groupes qui viennent en aide aux survivants de la Shoah en ces temps difficiles, il y a l’Organisation pour les survivants grecs des camps de concentration en Israël. Créée en 1953, l’association a pour objectif de maintenir en vie la mémoire de la communauté juive grecque, qui avait perdu 60 000 de ses membres pendant le génocide.

Miriam Grottas Masry (au centre) livre un colis à un survivant de la Shoah avant la fête de Pessah (Autorisation)

Miriam Grottas Masry, vice-présidente de l’organisation et fille de survivants de la Shoah, originaires de Salonique, qui avaient été incarcérés à Auschwitz pendant la guerre, déclare que « l’histoire des survivants grecs de la Shoah n’est pas connue dans le monde. Ce n’est qu’à une date récente que nous avons pu sensibiliser à ce sujet. Personnellement, quand je raconte que mes parents sont originaires de Grèce et qu’ils ont survécu à la Shoah, on ne me croit pas ».

Au cours de ces dernières semaines, les 88 bénévoles de l’organisation ont travaillé non-stop pour livrer des colis alimentaires et des masques aux survivants de la Shoah confinés chez eux. Grottas Masry note que les membres de la communauté avec lesquels elle est en contact « ont peur, mais ils ne sont pas terrifiés parce que ce sont des gens qui croient profondément dans la vie. Ils ont traversé le pire et une telle épreuve ne les paralyse donc pas ».

Isaac Burla, 93 ans, reçoit un colis alimentaire aux abords de son habitation de Tel Aviv (Autorisation)

Isaac Bourla est l’un de ces survivants de la Shoah aidés par l’organisation. Cet homme de 93 ans, originaire de Salonique, était adolescent lorsque les troupes nazies ont envahi son pays natal en 1941. Il a été déporté à Auschwitz pendant l’hiver 1943.

« On m’avait amené à Buna, un camp de travail également connu sous le nom d’Auschwitz III », raconte-t-il au Times of Israel.

« Je suis resté là-bas pendant 20 mois. Au mois de janvier 1945, les Allemands ont commencé à évacuer tous les camps de Pologne et à transférer les prisonniers en Allemagne. C’était la marche de la mort », ajoute-t-il.

Bourla se souvient avoir « marché pendant 40 kilomètres environ dans la neige et n’avoir eu ni à manger, ni à boire pendant six à sept jours. Cela a été le moment le plus terrible de toute mon existence ».

Il a été finalement transféré à Buchenwald – camp de concentration allemand. Le 11 avril 1945, journée que Bourla n’oubliera jamais, clame-t-il, « tant que je serai en vie », l’armée américaine a libéré le camp.

« Quand je suis arrivé dans les camps, j’avais quinze ans et demi. J’ai été libéré très exactement deux ans plus tard, à 17 ans et demi. Je suis le seul survivant de la famille. Il ne me restait personne », raconte-t-il.

Bourla a été emmené en France plusieurs mois plus tard, où il a été installé dans un camp de rapatriement. Il est parti plus tard pour Israël, où il a mené une carrière de guide touristique pendant 40 ans. Il vit aujourd’hui à Tel Aviv avec son épouse. Il a eu trois enfants et il est grand-père.

Il note qu’il se conforme aux restrictions imposées par le ministère de la Santé et qu’il n’a pas quitté son habitation depuis plus d’un mois.

« Je reste à la maison, je ne sors pas. Mon fils est très gentil, il nous fait nos courses alimentaires ».

A-t-il peur de tomber malade ? A cette question, Bourla déclare, d’un ton décidé : « Je n’ai pas peur. Je suis optimiste. Je pense que ça va se terminer comme ça a commencé. J’ai vu pire dans ma vie, rien ne me fait plus peur aujourd’hui ».

Un foyer sûr

Si Bourla a la chance d’avoir des enfants qui peuvent l’aider à traverser ces journées d’incertitude, de nombreux survivants de la Shoah, qui n’ont pas eu de descendance, sont dans l’obligation d’affronter seuls la crise.

Shimon Sabag, fondateur de l’organisation Yad Ezer LChaver. (Autorisation : Yad Ezer LChaver)

Shimon Sabag, directeur-général de l’organisation Yad Ezer LChaver, basée à Haïfa, souligne que c’est ce groupe de survivants très précisément qui est le plus en souffrance aujourd’hui. Il y a 25 ans, quand il distribuait des produits alimentaires aux personnes dans le besoin résidant dans cette ville du nord, il avait fait une rencontre qui a changé sa vie et lui a donné l’envie de se lancer dans un nouveau projet.

« On organisait des livraisons en donnant des numéros – chaque individu que nous aidions avait son numéro propre. L’une des personnes que nous aidions était un survivant de la Shoah. Il m’avait dit : ‘Je n’ai pas besoin d’un numéro. J’en ai un qui est déjà tatoué sur mon bras' ».

A ce moment-là, raconte-t-il, « j’ai pensé : c’est impossible. C’est impossible que quelqu’un qui a survécu à des horreurs puisse se trouver aujourd’hui dans une file d’attente pour obtenir un don alimentaire ».

Une vue de la rue du bâtiment de Haïfa qui offre un refuge aux survivants de la Shoah (Autorisation : Yad Ezer LChaver)

Sabag a décidé d’ouvrir un foyer pour les survivants de la Shoah et il en accueille actuellement cent.

« Ce sont des personnes dont la situation financière est difficile. La vaste majorité d’entre eux n’ont pas de famille », explique-t-il en évoquant ses résidents, âgés de 83 à 100 ans.

« Tout a changé depuis l’apparition du virus mais on tente de divertir et de rendre heureux les membres de notre communauté », continue Sabag. « On porte les trois repas à l’entrée des chambres parce qu’on a dû fermer la salle à manger ; on a des musiciens qui viennent jouer pour eux dans les couloirs. Et on vient les chercher pour faire des promenades très brèves à l’intérieur du complexe à chaque fois que c’est possible ».

La structure de Sabag fonctionne toute l’année, mais des survivants comme Bourla s’inquiètent de ce que la majorité des Israéliens, dans la société, ne se souviennent d’eux que lors des journées de commémoration ou lorsque surviennent des catastrophes comme celle de la crise du coronavirus.

« J’ai écrit un livre sur ma vie dans les camps », dit-il. « Les gens qui n’étaient pas là… Il est impossible d’imaginer, il est impossible de comprendre ce qu’était la vie dans un camp de concentration. Et ces témoignages doivent rester vivants parce que bientôt, il n’y aura plus personne pour les raconter ».

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