Le Habad de Hongrie rejoint un projet de musée de la Shoah jugé controversé
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Le Habad de Hongrie rejoint un projet de musée de la Shoah jugé controversé

La Maison des Destins a été ostracisée par des organisations juives car son chef a comparé le nazisme au communisme soviétique

Le Rabbin Slomo Koves allumant une Menorah lors de l'événement Hanoukka loubavitch sur glace de Hongrie en 2015, à la patinoire City Park de Budapest, le 6 décembre 2015. (Courtoisie de EMIH / via JTA)
Le Rabbin Slomo Koves allumant une Menorah lors de l'événement Hanoukka loubavitch sur glace de Hongrie en 2015, à la patinoire City Park de Budapest, le 6 décembre 2015. (Courtoisie de EMIH / via JTA)

Le musée controversé de la Shoah ouvrira ses portes l’année prochaine malgré l’opposition de certains membres de la communauté contre ses objectifs et sa direction, selon un communiqué du gouvernement.

Vendredi, Gergely Gulyás, le chef du Bureau du Premier ministre, a déclaré lors d’une conférence de presse que la Maison des Destins ouvrira à Budapest en 2019, quatre ans après que le bâtiment de la nouvelle institution a été achevé. La communauté locale du Habad a remplacé l’autre fédération des communautés juives du pays en tant que partenaire du musée, selon la communiqué.

« Les horreurs des dictatures nazie et communiste du 20ème siècle ne doivent jamais être oubliées, a affirmé Gulyás, selon l’agence d’information MTI.

« Le fait que les Juifs de Hongrie ont été envoyés dans des camps de la mort après l’invasion allemande le 19 mars 1944 n’absout pas l’État… du crime d’avoir échoué à protéger ses citoyens. Il n’y a pas de culpabilité collective, seulement la responsabilité de l’État ».

Le Centre Simon Wiesenthal et d’autres groupes juifs considèrent qu’une comparaison entre le nazisme et le communisme est une forme de déformation de la Shoah.

Des soldats et des officiels hongrois sous la direction des collaborateurs nazis Miklos Horthy, puis Ferenc Szálasi, ont participé activement à la chasse de centaines de milliers des Juifs pendant la Shoah, les tuant parfois brutalement sans l’implication des Allemands.

Régent de la Hongrie Miklós Horthy de Nagybánya avec Adolf Hitler, année non précisée (Crédit : Wikimedia Commons)

Le musée a coûté 19 millions d’euros au gouvernement hongrois. Celui-ci devra ajouter 5,2 millions d’euros supplémentaires pour son ouverture, a déclaré Gulyas.

Une partie de l’explication du retard de l’ouverture du musée provient du refus de la fédération des communautés juives Mazsihisz et du musée de la Shoah Yad Vashem à Jérusalem de coopérer, selon un article publié l’année dernière par le site d’information 444.

Les deux organisations ont critiqué la nomination de l’historienne Maria Schmidt à la tête de la Maison des Destins. Schmidt a dit que le nazisme n’était pas pire que le communisme soviétique – un discours soutenu par des nationalistes à travers l’Europe de l’est.

Pourtant, le musée d’État travaillera en coopération avec une autre fédération juive hongroise, a déclaré Gulyas, citant l’organisation EMIH affiliée au Habad.

Ces dernières années, les relations entre Mazsihisz et EMIH se sont détérioriées au milieu des tensions au sujet des relations avec le gouvernement de droite du Premier ministre Viktor Orban.

Mazsihisz a rompu ses liens avec le gouvernement au sujet du dévoilement d’une sculpture commémorant les victimes de l’occupation nazie qui présente un aigle attaquant un ange. Mazsihisz a considéré que cela laissait entendre, à tort, que la Hongrie était une victime de l’Allemagne nazi eplutôt qu’un collaborateur. EMIH a cependant maintenu ses relations avec le gouvernement.

Mazsihisz a aussi accusé le gouvernement de développer l’antisémitisme avec des affiches de campagne contre George Soros, un milliardaire juif né en Hongrie avec lequel le gouvernement s’est opposé à cause de son projet visant à renforer l’immigration en Europe. EMIH a déclaré qu’il n’y avait rien d’antisémite dans les affiches, qui montraient une image de Soros riant avec le slogan « ne lui laissez pas avoir le dernier rire ».

Une affiche de la campagne du gouvernement hongrois contre le milliardaire juif américain George Soros, à Szekesfehervar, le 6 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)

Le rabbin Slomo Kovas, qui dirige EMIH, a répondu aux critiques de Mazsihisz lors d’une conférence de presse.

« Certains ont choisi le chemin le plus simple, de manifester et de se vexer », alors que d’autres ont choisi de travailler ensemble vers un objectif commun, a-t-il déclaré.

« Nous devons regarder ce qui est mis en place et non pas qui le met en place, a expliqué Koves. Le geste de l’État consistant à construire un musée de la Shoah qu’il va confier à la communauté juive est un appel à coopérer ».

Dans un communiqué, Mazsihisz a écrit que l’EMIH ne représente pas les Juifs hongrois.

« Nous avons été déçus par la décision du gouvernement, notait le communiqué. Ce n’était pas la promesse qui avait été faite ni pour nous ni pour le gouvernement israélien. Nous voulons dire clairement, peu importe la position de la Maison des Destins, qu’aucun gouvernement dans le monde ne décidera qui représentera une communauté religieuse ».

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