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Le Mexique demande l’aide de Bennett pour extrader un ex-inspecteur

Le président mexicain a envoyé un courrier au Premier ministre réclamant sa coopération dans l'affaire Tomas Zeron, recherché en lien avec la disparition de 43 jeunes en 2014

L'ancien directeur de l'Agence d'investigation criminelle du Mexique, Tomas Zeron, à Mexico, le 27 octobre 2014. (Crédit : Alfredo Estrella/AFP)
L'ancien directeur de l'Agence d'investigation criminelle du Mexique, Tomas Zeron, à Mexico, le 27 octobre 2014. (Crédit : Alfredo Estrella/AFP)

Le président mexicain a demandé au Premier ministre Naftali Bennett de travailler à ses côtés concernant l’extradition d’un ancien inspecteur aujourd’hui fugitif et recherché en lien avec la disparition de 43 étudiants en 2014.

Le vice-ministre de l’Intérieur Alejandro Encinas a confié à Reuters que Andres Manuel Lopez Obrador avait écrit à Bennett concernant le dossier Tomas Zeron, ancien chef de l’Agence d’enquêtes criminelles.

Zuron, qui se trouve au sein de l’État juif et qui a soumis une demande d’asile, est accusé d’avoir mené une enquête excessivement irrégulière dans l’une des pires tragédies humaines connues par le pays. Il serait également impliqué dans des actes de torture et de détournement de fonds.

« Le président a envoyé un courrier… demandant le soutien et la coopération d’Israël en vue d’une accélération de la procédure d’extradition de Zeron », a commenté Encinas, qui a ajouté que la missive n’était pas encore parvenue au Premier ministre.

Au mois de juillet, Lopez Obrador avait vivement recommandé à l’État juif de collaborer dans ce dossier.

« J’espère que le gouvernement d’Israël saura respecter les droits de l’Homme parce que l’extradition de ce responsable public est aujourd’hui nécessaire, entre autres choses, parce qu’il est accusé d’actes de torture », avait déclaré Lopez Obrador aux journalistes à ce moment-là, alors que la lenteur de la procédure d’extradition de la part d’Israël était mise en cause.

Zeron est recherché pour avoir compromis une enquête portant sur la disparition de 43 jeunes en 2014. Il est aussi accusé d’avoir détourné plus de 50 millions de dollars et d’avoir torturé des suspects.

Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador pendant une conférence de presse au palais national de Mexico, au Mexique, le 31 mai 2019. (Crédit : AP Photo/Ginnette Riquelme)

Zeron avait fui le Mexique après la réouverture du dossier sur cet enlèvement massif, suite à l’élection de Lopez Obrador en 2019. Il se trouve depuis en Israël et a demandé l’asile au pays.

Selon un article paru dans le New York Times, au début de l’année, les responsables israéliens au fait de la demande d’asile de Zeron affirment qu’il est persécuté dans le cadre d’un effort mené par le président mexicain en titre qui tente de se venger de son prédécesseur, Enrique Pena Nieto.

Le Times a également fait savoir que l’État juif refusait de coopérer afin de protester contre le soutien apporté par le Mexique aux enquêtes pour violation des droits de l’Homme lancées à l’encontre d’Israël aux Nations unies.

Un éminent responsable israélien cité dans l’article a déclaré que la procédure portant sur la demande d’extradition avait été retardée dans le cadre d’une politique de « diplomatie dent pour dent » contre le Mexique, lancée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu en riposte contre les pays qui votent en défaveur d’Israël dans les forums des Nations unies.

« Pourquoi aiderions-nous le Mexique ? », a interrogé le responsable, soulignant le soutien apporté par ce pays aux enquêtes menées par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU contre l’État juif en raison de ses combats livrés contre les terroristes de la bande de Gaza, dirigée par le Hamas, et son traitement des Palestiniens.

S’exprimant auprès du New York Times, Encinas a affirmé que Zeron avait été aidé par des entreprises israéliennes avec lesquelles il entretient des liens, et notamment par une firme de renseignement privée controversée, le NSO Group, dont le fugitif aurait autorisé l’usage du logiciel espion.

L’accusation a été niée par le NSO Group. L’article a indiqué que Encinas n’avait donné aucune preuve directe des relations présumées entre le fuyard et la compagnie israélienne. Une initiative d’investigations internationales de la part des médias, appelée « The Central Project », a par ailleurs laissé entendre au mois de décembre que l’homme aurait fui vers l’État juif avec l’aide de ses contacts dans l’industrie israélienne de la cybersurveillance.

Le procureur-général du Mexique, Jesus Murillo Karam, à droite, avec Tomas Zeron, directeur de l’Agence des enquêtes criminelles, pendant une conférence de presse consacrée à l’enlèvement de 43 étudiants, à Mexico, le 7 décembre 2014. (Crédit : AP Photo/Marco Ugarte, File)

La disparition de ces 43 étudiants avait choqué le Mexique et entraîné des manifestations massives contre le gouvernement du président de l’époque, Pena Nieto.

Ces étudiants avaient pris cinq bus pour se rendre à un mouvement de protestation mais avaient été arrêtés par des policiers corrompus dans la ville d’Iguala et remis entre les mains d’un cartel de la drogue.

Les procureurs avaient initialement déclaré que les membres du cartel avaient pris par erreur ces étudiants pour des membres d’un gang rival et qu’ils les avaient tués avant de faire brûler les corps dans une décharge. Les restes humains auraient ensuite été jetés dans un fleuve.

Toutefois, des experts indépendants de la commission interaméricaine des droits de l’Homme ont rejeté les conclusions du gouvernement et les familles des victimes continuent à exiger des réponses.

L’AFP a contribué à cet article.

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