Le ministre de la Justice et d’autres élus serrent les rangs autour de Netanyahu
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Le ministre de la Justice et d’autres élus serrent les rangs autour de Netanyahu

Yariv Levin, du Likud, a défendu les allégations d'enquêtes "entachées" et appelé à l'unité au sein du parti, mais certains ont choisi, pour le moment, de rester silencieux

Des sympathisants du Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence de Jérusalem; le 21 novembre 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)
Des sympathisants du Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence de Jérusalem; le 21 novembre 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

Plusieurs alliés politiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont serré les rangs autour de lui pour prendre sa défense jeudi, appuyant son accusation de tentative de « coup d’État » de la part de la police et des procureurs pour le chasser du pouvoir au moyen de fausses accusations de corruption.

De nombreux députés sont néanmoins restés muets ou ont attendu plusieurs heures pour afficher leur soutien à Benjamin Netanyahu, un autre signe du déclin de sa main-mise sur le Likud.

Netanyahu a accusé les enquêteurs et la justice de « processus entaché » peu après l’annonce par le procureur général Avichai Mandelblit de la mise en examen du Premier ministre dans trois affaires distinctes contre lui, dont des faits de pots-de-vin dans la tentaculaire enquête Bezeq.

Bien qu’il soit en charge du ministère de la Justice qui a émis l’acte d’accusation, Amir Ohana a indiqué penser que le chef de son parti était innocent.

Le procureur général Avichai Mandelblit et le ministre de la Justice Amir Ohana à Tel Aviv, le 3 septembre 2019. (Crédit ; Tomer Neuberg/Flash90)

“Benjamin Netanyahu n’est pas un homme corrompu », a-t-il ainsi réagi dans un communiqué sur Twitter.

« Je suis fier d’être à ses côtés en ce moment … et absolument certain que l’histoire montrera qu’il s’agit du bon côté ».

Ohana a également rappelé que d’autres affaires contre des responsables politiques par le passé s’étaient écroulées et insisté que seul un tribunal était en mesure de le reconnaître coupable, mais ne s’est pas joint aux attaques de Benjamin Netanyahu contre le système judiciaire et ses appels à « enquêter sur les enquêteurs, enquêter  sur les procureurs qui approuvent ces enquêtes entachées ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu réagit à l’annonce de sa mise en examen dans des affaires de corruption, le 21 novembre 2019 (Capture écran)

Un autre ministre du Likud, cependant, a fait écho à l’opinion de Benjamin Netanyahu.

« Nous sommes mis à l’épreuve », a déclaré le ministre du Tourisme et négociateur pour la coalition de Netanyahu, Yariv Levin, sur Facebook.

Le ministre du Tourisme Yariv Levin arrive à une réunion du Likud, le 28 mai 2019, à Jérusalem. (Yonatan Sindel/Flash90)

« L’État d’Israël doit beaucoup au Premier ministre. Il a consacré sa vie à ce pays et à sa défense. L’injustice qui lui est faite ce soir ne restera pas impunie », a-t-il clamé.

Cet avocat et ancien chef-adjoint du Barreau israélien, a défendu les allégations d’enquêtes « entachées » formulées par Benjamin Netanyahu.

Selon lui, « ces affaires n’auraient pas dû être ouvertes ». « L’ensemble du processus est invalide, entaché jusqu’au cœur et partial dans toutes ses étapes de la part de la justice et de la police qui ont été sélectifs et discriminatoires à l’extrême. »

Il a appelé ses collègues du Likud « à se rassembler. Nous resterons unis et continuerons comme un seul homme à nous battre pour nos principes et notre vérité, et nous gagnerons ».

La ministre de la Culture, Miri Regev, a pour sa part défendu « la présomption d’innocence avant le verdict du tribunal » et estimé que la police et les procureurs « ne peuvent pas échapper aux critiques et se placent au-dessus de la loi ».

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, lors de la Conférence internationale annuelle sur l’innovation municipale à Tel Aviv, le 28 février 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le député Likud Miki Zohar a salué la réaction émouvante » du Premier ministre, tout comme « des millions de gens dans ce pays ont été profondément émus par ses paroles. J’appelle ses ennemis à découvrir la vérité et arrêter l’hypocrisie : il y a une loi pour Netanyahu et le droit et une autre pour tous les autres ».

Le ministre des Communications, David Amsalem, un allié du chef du gouvernement, a simplement tweeté : « nous ne laisserons pas le mensonge l’emporter ! ».

Le ministre de la Protection de l’environnement, Zeev Elkin, également soutien et négociateur de la coalition Netanyahu, a fait savoir qu’il « soutient le Premier ministre en ces temps difficiles. Il ne mérite pas de voir la phrase ‘État d’Israël vs. Benjamin Netanyahu’. J’espère que justice sera rendue et que le Premier ministre prouvera son innocence devant le tribunal ».

Plusieurs dizaines d’autres sympathisants du Premier ministre se sont réunis devant la résidence de l’intéressé à Jérusalem, tout comme une foule plus réduite de gens célébrant sa mise en examen et l’appelant à la démission.

Célèbrant l’annonce du procureur général Avichai Mandelblit de l’inculpation de Benjamin Netanyahu dans trois affaires de corruption, des Israéliens se sont rassemblés devant le domicile du Premier ministre, le 2 novembre 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

Plusieurs heures après les déclarations du procureur et de Netanyahu, de nombreux haut responsables du Likud sont restés silencieux. Parmi les plus notables : le ministre des Affaires étrangères Yisrael Katz, celui de la Sécurité publique, Gilad Erdan, et l’ancien ministre, Gideon Saar, considéré comme le principal concurrent de Netanyahu au sein du parti.

Certains ont même critiqué leur chef, mais en coulisses.

« Nous devons comprendre que l’ère Netanyahu est finie et œuvrer à un changement », a ainsi déclaré un cadre du Likud à la Douzième chaîne, appelant à au départ du Premier ministre à la tête du parti.

Gideon Saar, membre du parti du Likud, pendant la campagne électorale, durant une visite du marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 4 avril 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Pour la première fois depuis 2014, Benjamin Netanyahu est contesté au sein-même de son parti et menacé par le député Gideon Saar qui a fait part de son intention de se présenter à d’éventuelles primaires.

Jeudi soir, des médias israéliens ont évoqué, sans le nommer, un élu Likud prêt à se lancer dans une telle course pour la direction du parti.

Dans un communiqué, le parti ultra-orthodoxe Shas a assuré Netanyahu de son soutien.

« Nous sommes certains que votre innocence sera prouvée et que la justice prévaudra », pouvait-on y lire, ajoutant que le Premier ministre devait rester « fort et courageux ».

La décision de Mandelblit, annoncée plus tôt jeudi, marquait la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice fait face à des accusations criminelles, jetant une ombre pesante sur Netanyahu et ses tentatives continues pour rester au pouvoir.

Le document officiel de la mise en examen n’a pas été divulgué, la Knesset devant d’abord décider de lever l’immunité de Netanyahu en la matière.

Dans un discours teinté d’émotions prononcé peu après l’annonce du procureur général, Netanyahu s’en est vivement pris au système judiciaire pour qu’il a accusé de tenter « un coup d’État ».

« Je respecte profondément le système judiciaire en Israël. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir que quelque chose de grave s’y passe. On assiste à une tentative de coup d’Etat de la part de la police, portant de fausses accusations », a-t-il accusé.

Réagissant au discours de son rival, Benny Gantz a fait savoir que Netanyahu « a prouvé qu’il devait quitter son poste et se concentrer sur ses affaires judiciaires ». Il a exprimé son plein soutien à la justice et estimé que ce qu’il fallait retenir de la soirée, ce « n’est pas un coup d’État », mais plutôt la démonstration d’un Netanyahu qui « s’accroche » au pouvoir.

Benny Gantz fait une déclaration à Tel Aviv après avoir échoué dans sa tentative de former une coalition, le 20 novembre 2019. (Jack GUEZ / AFP)

D’autres en dehors du Likud l’ont également appelé à démissionner, rappelant les conseils qu’il avait prodigués en 2009 au Premier ministre d’alors, Ehud Olmert, lorsque son inculpation avait été prononcée.

Netanyahu sera accusé de fraude et d’abus de confiance dans les affaires 1000 et 2000, ainsi que de corruption, de fraude et d’abus de confiance dans l’affaire 4000, a déclaré le ministère public dans un communiqué.

M. Mandelblit s’est adressé à la presse dans son bureau du ministère de la Justice à Jérusalem à 19h30 pour cela.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside une réunion du cabinet à Jérusalem, le 13 novembre 2019. (Ronen Zvulun/Pool/AFP)

Il a qualifié sa décision de « jour triste et difficile » et qu’il a « prise le cœur serré, mais sans réserve. »

« L’application de la loi n’est pas optionnelle. Ce n’est pas une question politique. C’est un devoir qui nous incombe à tous…. Nous n’avons pas été influencé par la diffamation venue de toutes parts et avons agi dans le seul but de faire respecter la loi », a-t-il déclaré, faisant référence aux critiques des soutiens de Netanyahu qui ont accusé le ministère public de chasse aux sorcières contre le Premier ministre.

Il a qualifié ces accusations de « dangereuses », qui « jouent avec le feu. Cela doit cesser. J’en appelle à tout le monde, et avant tout aux dirigeants de cet État : vous devez prendre vos distances des discours qui menacent les représentants de la loi. Nous ne sommes pas infaillibles ou au-dessus de toute critique. Nous avons agi sans crainte ou préjugé, mais pour l’État de droit ».

En octobre, les procureurs ont entendu l’équipe de défense du Premier ministre pendant plusieurs jours, qui n’est pas parvenue à réfuter les accusations portées contre leur client, a fait savoir le ministère public.

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