Le nouveau Centre du 7 octobre utilise la réalité virtuelle pour offrir une expérience immersive
Dans un espace municipal loué à Sderot, près du poste d'observation ouvrant sur Gaza, l'ONG ISRAEL-is encourage les visiteurs à "ressentir" ce qui s'est passé et à prendre part à l'histoire évolutive de la résilience israélienne

Une petite voix tremble.
« Maman, c’est Daria. Papa a été assassiné. Stav aussi. Au secours ! Papa est mort, il est allongé sur le sol. J’ai peur ».
Tel est l’enregistrement, datant du 7 octobre 2023, d’une conversation entre Daria Karp, alors âgée de seulement dix ans, qui était confinée dans la pièce bindée de sa maison au kibboutz Reim, une communauté située à la frontière avec Gaza, avec son petit frère Lavi, et avec sa mère, Reut.
Et c’est l’un des trois échanges de cette journée que le visiteur peut découvrir, à l’aide d’écouteurs, dans le nouveau Centre éducatif du 7 octobre qui a ouvert ses portes à Sderot, au sud du pays, et que les journalistes ont pu parcourir à la fin du mois dernier.
Le Centre s’est fixé un objectif : créer une expérience immersive à l’aide d’écrans et d’autres technologies multimédias. Les casques de réalité virtuelle sont déterminants dans cette expérience – ils permettent notamment de rencontrer cinq survivants et héros du massacre de la rave-party Supernova qui avait été organisée aux abords du kibboutz Reim. Lors de ce festival de musique électronique automnal, 364 festivaliers avaient été assassinés et 44 jeunes hommes et femmes avaient été kidnappés, pris en otage dans la bande de Gaza.
Les horreurs de cette journée – plus de 1 200 personnes, des civils en majorité, avaient été massacrées par les hommes armés du Hamas, le long de la frontière que partage Israël avec la bande de Gaza, et plus de 250 personnes avaient été enlevées et prises en otage – sont explorées à travers des témoignages personnels bouleversants et des enregistrements en temps réel, comme le récit de la jeune Daria Karp évoquant le meurtre de son père, Dvir.
Dvir Karp, 46 ans, et sa compagne Stav Kimhi, 35 ans, avaient été froidement exécutés par des terroristes du Hamas alors qu’ils protégeaient les enfants de Karp. Daria et Lavi avaient été secourus après neuf heures de calvaire et ils avaient retrouvé leur mère, Reut, 24 heures après le début du cauchemar.
Le Centre éducatif multimédia qui commémore ces moments d’angoisse et d’effroi est installé dans une grande salle qui a été louée à la municipalité de Sderot. Il est situé en face d’une colline qui offre une vue dégagée sur la frontière avec Gaza, à seulement 750 mètres, sur Beit Hanoun au-delà, et même sur Gaza-City, à l’horizon.
La colline, qui sera bientôt accessible par ascenseur, est la première étape de la visite de ce centre éducatif, qui a ouvert ses portes au mois d’avril dernier. Quelques milliers de personnes s’y sont déjà rendues, l’objectif étant d’atteindre les 40 000 visiteurs par an.
De nombreux écrans ornent les murs du centre. Certains donnent des informations recueillies par la chaîne publique Kan sur la géographie et sur la chronologie des événements du 7 octobre, ainsi que sur les civils et les soldats qui avaient perdu la vie, ce jour-là, ou qui avaient été enlevés.
Une autre série d’écrans, similaire à une rangée de fenêtres, est utilisée pour présenter un compte-rendu aussi réaliste que possible des événements qui s’étaient produits en ce Shabbat noir – combinant des clips vidéo, des enregistrements téléphoniques ou des bulletins d’information ; les sons des roquettes, des combats armés, etc. (Aucune image violente n’est exposée.)
D’autres images rendent hommage à l’héroïsme dont l’armée israélienne a fait preuve depuis le 7 octobre et saluent les réactions remarquables qui ont été celles de la société civile face à l’évacuation de dizaines de milliers de personnes des frontières sud et nord du pays, au cours des premiers jours de la riposte militaire israélienne qui avait été lancée contre le Hamas à Gaza et contre le groupe terroriste du Hezbollah au Liban. Selon Ilan Turitz, qui gère les visites et le contenu éducatif du Centre, ces clichés visent à renforcer la résilience des visiteurs.
Des récits effrayants
En matière de réalité virtuelle, le projet a été mené par Stephen Smith, qui a dirigé la USC Shoah Foundation de Steven Spielberg pendant plus d’une décennie.
Dans une présentation, Mazal Tazazo, aujourd’hui âgée de 35 ans, se rappelle comment elle et son amie, Danielle Cohen, avaient anticipé pendant des semaines avec enthousiasme cette rave qui devait durer toute la nuit, racontant ensuite comment la fête s’était transformée en cauchemar quand les terroristes du Hamas avaient fait irruption, sous une pluie de missiles, mitraillant les fêtards, violant de nombreuses jeunes femmes avant de les massacrer.
Avec force détails, elle emmène le visiteur à l’endroit où elle s’était cachée avec Danielle et l’ami de cette dernière, Yohai Ben Zecharia, au bord d’une route, dans l’herbe, et elle se souvient qu’elle avait été frappée à l’arrière de la tête avec la crosse d’un fusil et laissée pour morte avant de reprendre conscience pour découvrir que Danielle et Yohai avaient été tués. Au moment où les terroristes mettaient le feu à l’herbe, elle était parvenue à s’enfuir, saignant abondamment, et elle s’était réfugiée dans une voiture vide jusqu’à ce qu’elle soit secourue par « un ange », Itay Aharoni, qui était également présent à la fête. Les corps sans vie de ses proches avaient eu des brûlures si profondes qu’il avait fallu une semaine pour les identifier.
Lors de la conférence de presse, Remo Salman Elhozyel, enquêteur au sein de la police de 38 ans, un homme d’origine bédouine qui avait aidé à assurer la sécurité lors du festival de musique électronique, a raconté ses nombreux allers-retours en voiture, pendant trois heures, pour venir au secours des fêtards terrifiés – il avait passé 13 heures au total à combattre les terroristes dans la région. Marié et père de trois enfants, il est actuellement en congé de la police et il suit un traitement pour venir à bout du traumatisme engendré par les horreurs dont il avait été témoin ce jour-là.
Cibler la génération Z à l’étranger
Le Centre est géré par ISRAEL-is, une organisation qui a été fondée en 2017 pour former de jeunes Israéliens à partager leurs histoires personnelles avec d’autres jeunes de leur âge à l’étranger, améliorant ainsi l’image de l’État.
Le groupe avait commencé par former des milliers de jeunes Israéliens qui venaient de terminer leur service militaire obligatoire avant de se lancer dans leur traditionnel grand voyage à l’étranger. Depuis, il a ajouté des programmes destinés aux nouvelles recrues de l’armée israélienne ou des formations proposées aux réseaux sociaux pro-israéliens. Il a organisé des visites de délégations de jeunes, principalement dans des campus universitaires américains ; il a mis en place des visites sur les sites endeuillés et ravagés lors du 7 octobre en direction des Israéliens et des visiteurs étrangers, entre autres activités. Tazazo, survivante de Nova, et Elhozyel, le policier, sont tous les deux émissaires d’Israël à l’étranger.
Turitz explique : « Nous espérons que les visiteurs ne se contenteront pas d’être les témoins de l’histoire du 7 octobre, mais qu’ils la ressentiront dans leur chair, qu’ils la porteront en eux et qu’is comprendront qu’en faisant entendre leur voix, ils pourront contribuer à écrire le prochain chapitre, celui de la résilience, de l’unité et de la persévérance ».
Il ajoute que le Centre peut accueillir des groupes de 50 personnes à la fois qui peuvent être répartis à la fois sur la colline et dans le Centre proprement dit.
Mais comment un nombre relativement limité d’Israéliens pourront-ils être en mesure de convaincre les jeunes de la génération Z, férus de réseaux sociaux, de changer d’avis face au torrent d’informations leur affirmant qu’Israël commet un « génocide » ? A cette question, Yotam Ivry, président du Centre qui a pris son poste il y a seulement trois mois, évoque une question de nuances. (Selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous la direction du Hamas, plus de 66 000 Gazaouis ont été tués dans la guerre actuelle. Un chiffre qui ne peut pas être confirmé de façon indépendante et qui ne fait aucune distinction entre civils et hommes armés.)
« Nous invitons des Israéliens à venir raconter leur histoire personnelle. Nous montrons que la situation est plus complexe que ce que voient les jeunes à l’étranger. Nous essayons d’ouvrir les cœurs. Ce n’est pas politique. Nous ne leur donnons pas d’instructions sur le message à faire passer. Ils doivent dire ce qu’ils ressentent. Il peut s’agir d’un jeune d’Ariel [une grande implantation de Cisjordanie], d’un jeune de Tel Aviv ou habitant un village druze ; les gens sont souvent surpris de rencontrer un Arabe israélien », explique Ivry.
L’un des astuces utilisées par ISRAEL-is consiste à arriver sur un campus étranger et à installer une table avec des casques de réalité virtuelle, sans donner aucune indication sur le lien avec Israël. Les étudiants qui passent sont encouragés à essayer les casques. « Après avoir regardé, ils demandent : ‘Pourquoi ne m’avez-vous pas dit qu’il s’agissait d’Israël ?’, » dit Ivry. « Nous répondons : ‘Pourquoi l’aurions-nous fait ?’ et nous essayons d’engager le dialogue.
Il ajoute que les stagiaires d’ISRAEL-is se sont rendus sur 290 campus universitaires, principalement américains, en 2025 et qu’ils ont établi des liens étroits avec environ 30 000 personnes, tant en Israël qu’à l’étranger. L’objectif, poursuit-il, est d’avoir de telles interactions avec 150 000 personnes au cours des trois prochaines années et 800 000 au cours de la prochaine décennie.
Les visites sont actuellement organisées par des organisations juives étrangères, telles que Hillel et le mouvement Habad, ainsi que par des organisations chrétiennes, notamment Passages.
Ivry explique qu’Israël s’efforce d’élargir ses partenariats afin d’atteindre à la fois les jeunes Juifs et les non-Juifs qui « ne veulent pas entendre les choses », ajoutant : « Nous ne nous focalisons pas sur les extrêmes. Nous pensons que la majorité des gens sont suffisamment ouverts pour nous écouter. Et nous constatons un réel changement après nos conversations ».
Tazazo, survivante de Nova, dont les parents ont immigré en Israël depuis l’Éthiopie, se souvient avoir tenté de rencontrer un groupe de femmes afro-américaines aux États-Unis.
« Les jeunes ont peur d’être rejetés s’ils ne sont pas pro-palestiniens », déclare-t-elle.
Remo Salman Elhozyel, le policier, évoque une expérience plus positive lors d’une visite à Toronto, l’année dernière.
« J’ai rencontré un groupe de personnes originaires du Moyen-Orient et j’ai commencé à parler arabe », se souvient-il. « L’une des femmes a dit qu’elle ne pouvait pas croire que j’étais un Arabe d’Israël. Elle a vu les images sur le casque de réalité virtuelle, elle a retiré le casque, en larmes, et elle a dit : ‘Je suis désolée’. »
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