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Le Pen, l’antisémitisme et un passé qui ne passe pas

En cause ? Une carrière continuellement jalonnée de provocations antisémites jamais reniées

Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch (à droite), au défilé du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc, le 1er mai 2010, à Paris (Crédit : Marie-Lan Nguyen/
Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch (à droite), au défilé du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc, le 1er mai 2010, à Paris (Crédit : Marie-Lan Nguyen/

« Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite » : en voulant dédouaner le père de Marine Le Pen, Jordan Bardella a réveillé la semaine dernière le passé de son parti, d’autant plus encombrant que le RN entend participer dimanche à une marche contre l’antisémitisme.

La saillie de M. Bardella, dimanche sur BFMTV, a mis de fait dans l’embarras la formation d’extrême droite, dont aucun représentant ne se risque désormais à contredire le dirigeant du parti, âgé de 28 ans.

Elle met pourtant à mal la tentative de dédiabolisation menée par Marine Le Pen qui, après avoir affirmé « prendre l’ensemble de l’histoire de (son) parti » et « assumer tout » lorsqu’elle a accédé à la tête du Front national en 2011, avait finalement exclu son père quatre ans plus tard.

En cause à l’époque, une énième défense de Philippe Pétain, que Le Pen père refusait de qualifier de « traître », et la réitération de ses propos sur la Shoah, selon lui un « détail » de l’Histoire.

Ces « dérapages » s’inscrivaient dans une carrière continuellement jalonnée de provocations antisémites jamais reniées.

En 1958, le jeune député Jean-Marie Le Pen lance à l’ancien chef du gouvernement Pierre Mendès France : « Vous n’ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques ».

Pierre Mendès France en 1948. (Crédit : Studio Harcourt)

Celui qui fut condamné à la fin des années 60 pour apologie de crime de guerre après avoir édité un disque de chants du IIIe Reich s’était par ailleurs entouré d’un ancien Waffen-SS, Pierre Bousquet, pour fonder en 1972 le Front national qu’il a présidé jusqu’en 2011.

Entre temps, il avait estimé que l’Occupation allemande entre 1940 et 1944 « n’avait pas été particulièrement inhumaine », fait un jeu de mot avec le nom du ministre Michel Durafour (« …crématoire! »), s’était affiché aux côtés de Dieudonné et promis une prochaine « fournée » au chanteur juif Patrick Bruel.

En 2019, le multi-condamné Jean-Marie Le Pen résumait encore dans ses Mémoires (éd. Muller) : « L’antisémitisme garantit l’homogénéité du groupe juif, les sionistes le savent ».

C’est avec ce lourd passif que Marine Le Pen entendait ainsi rompre à partir du milieu des années 2010, d’abord en « purgeant » le parti, y compris de son « président d’honneur », puis en changeant le nom de sa formation, qui devient le « Rassemblement national ».

En 2022, c’est pourtant bien le cinquantenaire du Front national que la triple candidate malheureuse à la présidentielle avait célébré le temps d’un colloque à l’Assemblée nationale.

Marine Le Pen, candidate à la présidence du Rassemblement national (RN) d’extrême droite, prononce un discours lors d’un rassemblement électoral à Reims, dans l’est de la France, le 5 février 2022. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)

Et, parmi les membres historiques adhérents au RN, Bruno Gollnisch pourfend toujours les lois Gayssot qui pénalisent le négationnisme – à rebours toutefois de la doctrine actuelle du parti.

Les contempteurs du lepénisme new-look rappellent encore que le député RN Frédéric Boccaletti fut à la tête d’une librairie qui vendait des ouvrages négationnistes. « Des faits qui ont trente, trente cinq ans », a justifié la semaine dernière Jordan Bardella.

Car les relations entre le parti et ce qu’il appelle les « Français israélites » ont évolué, martèle aujourd’hui le vice-président du parti Sébastien Chenu, allant jusqu’à assurer : « nos compatriotes de confession juive savent qui les protège », sous-entendu le RN.

Treize ans après avoir considéré que « dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif », Marine Le Pen pourfend inlassablement un « nouvel antisémitisme », selon elle alimenté par les populations arabo-musulmanes qui vivent dans les quartiers, apparu avec la deuxième intifada au début des années 2000.

Toujours insuffisant, pour le PS, le PCF et EELV, qui proposent « un cordon républicain » en vue de la manifestation de dimanche, afin de les « distinguer du RN auquel (ils) ne reconnaissent aucune légitimité à manifester contre l’antisémitisme », selon les termes d’un communiqué diffusé mercredi.

Rassemblement pour la Marche républicaine le 11 janvier 2015 sur la place de la République. (Crédit : JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP)

Déjà, en 2015, après l’attentat contre Charlie Hebdo, le FN avait dû renoncer sous la pression à participer au rassemblement parisien, se rabattant sur des cortèges organisés dans des municipalités lepénistes.

Mercredi, lors d’un discours prononcé chez les francs-maçons du Grand Orient de France, Emmanuel Macron s’en est pris, sans le citer mais sans ambigüité, au Rassemblement national de Marine Le Pen, qui selon lui « prétend soutenir nos compatriotes de confession juive en confondant le rejet des musulmans et le soutien des juifs ».

« Ceux-là même (qui) refusent de condamner clairement leurs positions passées et tous les mots définitifs d’hier », a encore pointé le chef de l’Etat.

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