Le régime étend son offensive en Syrie, Poutine critique Washington
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Le régime étend son offensive en Syrie, Poutine critique Washington

La Turquie estime que la Russie fait une "grosse erreur" en intervenant en Syrie ; Moscou a créé une ligne directe avec Israël

Capture d'écran d'une frappe attribuée aux Russes en Syrie (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Capture d'écran d'une frappe attribuée aux Russes en Syrie (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Le régime syrien a élargi jeudi son offensive dans le centre de la Syrie, en attaquant les rebelles dans la province de Homs et en tentant de s’emparer d’une localité stratégique d’importance dans celle de Hama.

Son allié russe Vladimir Poutine a dénoncé la « position non constructive » des Etats-Unis tandis que Moscou a créé « une ligne directe » avec Tel-Aviv pour éviter des incidents avec l’aviation israélienne dans l’espace aérien syrien.

L’armée syrienne, appuyée dans son offensive par l’aviation russe, les miliciens prorégime, le groupe terroriste du Hezbollah libanais et des combattants iraniens, a annoncé jeudi la prise d’un village au nord de Homs et de deux autres dans la province de Hama. Mais dans cette dernière province, c’est l’issue de la bataille en cours à Sarmaniyé qui est déterminante.

La localité ouvre la voie vers Jisr al-Choughour, verrou essentiel à la lisière de la Turquie et de la province de Lattaquié, tenue majoritairement pas le régime.

L’armée russe a affirmé avoir bombardé 32 cibles du groupe terroriste de l’Etat islamique (EI), une intensité diminuée selon elle en raison de « l’offensive en cours de l’armée syrienne ». Les cibles visées sont les provinces de Damas, d’Idleb (nord-ouest), de Hama, d’Alep (nord) et de Deir Ezzor (est).

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a fait état de violents combats entre les forces du président Bachar al-Assad et les rebelles, au sud de la localité de Talbissé, située sur l’autoroute reliant Homs à Hama et contrôlée par les rebelles depuis 2012.

Le centre de la Syrie est vital car il maintient l’unité du pays. Pour le moment, malgré 16 jours de frappes massives russes et l’engagement de dizaines de milliers d’hommes, le régime n’a jusqu’à présent pas enregistré de succès décisifs, même s’il s’est emparé d’une dizaine de villages.

Couper le contact entre rebelles

L’extension des opérations autour de Homs vise à « couper les contacts entre les rebelles de Hama et ceux de Homs », a expliqué à l’AFP une source militaire en Syrie.

Le régime voudrait s’emparer de l’autoroute entre Homs et Alep (nord), deuxième ville de Syrie. Cette autoroute traverse les provinces de Hama et d’Idleb dont la quasi-totalité est aux mains des rebelles islamistes alliés au Front al-Nosra, branche syrienne d’al-Qaïda.

Jeudi, l’Iran, proche allié du président Assad, s’est dit prêt à examiner une éventuelle demande du régime syrien de lui envoyer des combattants en renfort.

« Si la Syrie fait une demande, nous l’étudierons et prendrons une décision », a déclaré un haut responsable iranien, Alaeddine Boroujerdi, en visite à Damas.

Des sources militaires syriennes ont fait état de l’arrivée de milliers de combattants iraniens ces derniers jours à l’aéroport militaire de Hmeimim, au sud de Lattaquié (ouest), pour renforcer les troupes régulières dans leur offensive.

Des experts estiment que l’armée syrienne a perdu la moitié de ses effectifs combattants depuis le début de cette guerre civile qui a fait plus de 240 000 morts en quatre ans et demi.

Poutine critique

Le président Poutine a dénoncé de son côté la « position non constructive » des États-Unis qui ont, selon lui, refusé le principe d’un échange de délégations avec Moscou pour parler du conflit syrien.

La Russie affirme avoir proposé aux Etats-Unis qu’une délégation de responsables américains se rende à Moscou pour évoquer la crise syrienne. Puis, devant les réticences de Washington, Moscou a proposé qu’une délégation russe menée par le Premier ministre Dmitri Medvedev parte pour Washington.

Barack Obama (g) et Vladimir Poutine à la 70e Assemblée générale de l'ONU à New York - le 28 septembre 2015 (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)
Barack Obama (g) et Vladimir Poutine à la 70e Assemblée générale de l’ONU à New York – le 28 septembre 2015 (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)

« Nous avons dit que cela ne nous intéressait pas tant que la Russie n’était pas prête à contribuer de manière constructive à notre effort de lutte contre le groupe État islamique », a confirmé Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche.

Mais un accord pour éviter des collisions entre leurs avions en Syrie pourrait être signé « dans les prochains jours », a indiqué Washington à l’issue de discussions entre des hauts gradés des deux pays.

Par ailleurs, une « ligne directe » a été installée entre Moscou et Tel-Aviv.

« Le partage mutuel d’informations sur les opérations de nos forces aériennes a été établi par le biais d’une ligne directe entre le quartier-général russe de la base aérienne Hmeimin », dans le nord-ouest de la Syrie, « et celui de l’aviation militaire israélienne », a annoncé le ministère russe.

Israël a effectué selon des sources étrangères plus d’une dizaine d’attaques aériennes en Syrie depuis 2013, notamment contre des transports d’armes destinées aux terroristes du Hezbollah libanais.

« Grosse erreur » de la Russie

La Russie fait une « grosse erreur » en intervenant militairement dans le conflit syrien aux côtés du régime du président Bachar al-Assad, a une nouvelle fois estimé jeudi le ministre turc des Affaires étrangères Feridun Sinirlioglu.

« La Russie fait une grosse erreur (…), ce qu’elle fait n’apportera aucun autre bénéfice que de retarder le processus de transition qui permettrait de sortir la Syrie du chaos », a déclaré Sinirlioglu après un entretien avec son homologue saoudien Adel al-Jubeir. « Nous continuerons à la (la Russie) mettre en garde », a-t-il ajouté.

L’aviation de Moscou bombarde quotidiennement depuis deux semaines ce qu’elle qualifie de « cibles terroristes » en Syrie, aussi bien du groupe Etat islamique (EI) que des rebelles modérés qui luttent contre le régime de Damas.

La Turquie soutient depuis le début de la guerre en Syrie des groupes rebelles, dans l’espoir qu’ils renversent le régime Assad. Elle a à plusieurs reprises déjà exprimé ses « graves préoccupations » après des bombardements russes contre des cibles de l’opposition modérée.

« L’Arabie saoudite et la Turquie sont d’accord pour soutenir l’opposition en Syrie. C’est important pour trouver une solution politique », a répété le chef de la diplomatie turque, ajoutant qu’Assad ne devait avoir « aucun rôle » dans la transition.

Un général de l’armée de l’air russe, Sergueï Dronov, est par ailleurs arrivé jeudi à Ankara à la tête d’une délégation militaire afin de procéder à un échange d’informations « pour éviter une nouvelle incursion », a rapporté l’état-major turc.

Au début du mois, des avions russes ont violé à deux reprises l’espace aérien turc le long de la frontière syrienne, provoquant une vive réaction d’Ankara.

« Nous avons discuté de l’intervention de puissances étrangères, particulièrement de l’intervention russe, qui est une question critique et pourrait précipiter d’autres pays étrangers à intervenir en Syrie », a pour sa part déclaré devant la presse le chef de la diplomatie saoudienne.

Ankara et Ryad se sont déchirés autour du soutien saoudien au coup d’Etat militaire qui a provoqué la chute du président islamiste égyptien Mohamed Morsi en 2013, un proche du président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan.

Mais les deux pays se sont toutefois récemment rapprochés. Erdogan a ainsi défendu l’Arabie saoudite, critiquée pour son organisation jugée défaillante du pèlerinage de La Mecque après une bousculade ayant fait plus de 1 600 morts, selon des chiffres donnés par 31 pays participants.

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