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Interview

L’envoyé de la France en Israël évoque les liens entre les deux pays, l’Iran et l’UE

Eric Danon affirme - entre autres - que l'UE et Israël ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre mais prévient que l'absence de progrès avec les Palestiniens ne peut être ignorée

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Eric Danon, ambassadeur de France en Israël, depuis septembre 2019. (Autorisation de l'Ambassade de France à Tel Aviv)
Eric Danon, ambassadeur de France en Israël, depuis septembre 2019. (Autorisation de l'Ambassade de France à Tel Aviv)

Le temps presse pour parvenir à un accord nucléaire avec l’Iran, a déclaré Eric Danon, l’ambassadeur de France en Israël, au Times of Israël.

« Avec l’UE et les autres parties concernées, la France met tout en œuvre dans les discussions en cours pour parvenir à un accord qui empêche l’Iran de devenir un État du seuil et restaure un environnement de non-prolifération », a-t-il déclaré. « Mais le temps presse, et chaque jour qui passe compromet les chances de trouver une solution qui respecte les intérêts de toutes les parties. »

Les commentaires de Danon ont fait écho à ceux du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Danon a déclaré que la France était également déterminée à s’attaquer aux « actions de l’Iran dans la région ».

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et son homologue libanais, Nassif Hitti, non représenté, ont tenu une conférence de presse après leur réunion au ministère libanais des Affaires étrangères à Beyrouth, au Liban, le 23 juillet. 23, 2020. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Israël et ses partenaires arabes pour la paix ont fait part de leurs préoccupations concernant le soutien de l’Iran aux terroristes et aux groupes armés mandataires au Moyen-Orient. L’accord de 2015 en cours de discussion à Vienne porte strictement sur le programme nucléaire de l’Iran, et non sur son programme balistique ou ses réseaux de mandataires.

Les négociateurs en chef de l’Iran et de l’Europe sont rentrés de Vienne pour des consultations samedi, dans l’espoir que le huitième cycle de négociations reprenne lundi.

Les principaux objectifs des négociations sont d’obtenir le retour des États-Unis dans l’accord et la levée des sanctions, et que l’Iran recommence à respecter pleinement l’accord. Téhéran cherche à obtenir un assouplissement des sanctions, ainsi que des garanties que Washington ne se retirera pas à nouveau de l’accord.

« Sur ce sujet comme sur d’autres, notre dialogue avec les autorités israéliennes est permanent et significatif, comme le montre le récent appel téléphonique entre le président Macron et le ministre Lapid », a déclaré Danon. « L’engagement de la France en faveur de la sécurité d’Israël reste inébranlable ».

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, parle au président Emmanuel Macron, à Paris, le 30 novembre 2021. (Crédit : MFA/Quentin Crestinu)

Six semaines après leur rencontre à Paris, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron il y a une semaine, discutant des pourparlers de Vienne et des liens bilatéraux dans une conversation qui s’est étendue bien au-delà du temps imparti.

Alors que la France assume la présidence tournante de six mois du Conseil de l’Union européenne (UE), M. Danon a fait part de son espoir de voir les liens économiques entre l’Europe et Israël continuer à se développer, tout en précisant que l’absence de progrès vers une solution à deux États continue à empêcher le plein épanouissement de ces relations.

« La France et l’UE sont profondément convaincues que la stabilité régionale durable et la sécurité d’Israël ne peuvent être atteintes sans la résolution du conflit israélo-palestinien », a-t-il déclaré. « La dernière escalade [11 jours de combats entre les groupes terroristes de la bande de Gaza en mai] a montré une fois de plus la nécessité de progresser vers une solution politique et négociée à deux États, fondée sur le droit international et des paramètres convenus. »

Il a déclaré que l’UE salue les récents gestes qu’Israël a initiés envers l’Autorité palestinienne (AP) – tant sur le plan économique que sur celui de la légalisation du statut de résident de certains Palestiniens en Cisjordanie – et espère qu’ils seront étendus.

Eric Danon (Crédit : Helionature/CC BY-SA 3.0)

« Nous pensons que des mesures supplémentaires pourraient être prises, de part et d’autre, afin de reconstruire la confiance mutuelle qui ne cesse d’être mise en péril par des mesures unilatérales », a-t-il poursuivi. « De telles mesures fourniraient certainement une base solide pour renforcer les relations euro-israéliennes, mais elles contribueraient avant tout à accroître la stabilité régionale et à garantir la sécurité d’Israël ».

« Vous pouvez être assurés que la France et l’UE resteront pleinement engagées dans cette perspective. »

Par ailleurs, Danon a déclaré que les priorités de Paris pour l’Europe dans les mois à venir « sont porteuses d’un grand potentiel pour la relation entre l’UE et Israël. »

« Notre programme a trois ambitions principales », a-t-il déclaré au Times of Israël. « Un, une Europe plus souveraine, plus capable d’agir dans les domaines de la sécurité et de la défense, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; deux, un nouveau modèle européen de croissance, qui peut soutenir les transitions numérique et climatique tout en exploitant l’innovation et en générant de l’emploi ; et enfin une Europe plus humaine, qui défend l’État de droit, fait respecter ses valeurs et assure un avenir aux générations à venir. »

Image illustrative des drapeaux de l’Union européenne et d’Israël. (Maksym Kapliuk ; iStock par Getty Images)

Danon a déclaré qu’Israël et l’Europe partagent les mêmes préoccupations en matière de stabilité régionale, notamment la lutte contre le terrorisme et l’interdiction pour l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

Il a souligné l’innovation et l’excellence technologique d’Israël, qui peuvent aider l’Europe à façonner ses modèles économiques pour l’avenir.

« Enfin, et surtout, la défense de nos valeurs les plus importantes telles que la démocratie, l’égalité et l’État de droit ne peut jamais être considérée comme acquise », a-t-il déclaré. « Les mois à venir offriront des occasions d’apprendre à nouveau les uns des autres, notamment dans la lutte contre l’antisémitisme. »

Au cours de sa présidence, qui a débuté le 1er janvier, la France – toujours une force dominante dans l’UE – fixera l’ordre du jour du Conseil européen, dirigera les réunions et représentera le Conseil en matière d’affaires étrangères et de défense.

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’UE et de l’OTAN, Haim Regev, signe l’accord de recherche Horizon Europe avec la commissaire européenne à l’innovation, la recherche, la culture, l’éducation et la jeunesse, Mariya Gabriel, le 6 décembre 2021. (Crédit : UE)

Malgré les liens personnels étroits entre Lapid et Macron, l’attention du dirigeant français sera de plus en plus consacrée aux élections présidentielles d’avril.

La présidence française de l’UE intervient alors que les liens entre Israël et la France, ainsi qu’entre Israël et l’UE, ne cessent de s’améliorer. Mais des obstacles importants subsistent, notamment le Conseil d’association entre Israël et l’UE.

Israël a signé un accord d’association définissant ses relations avec l’UE en 1995 et l’a ratifié en 2000. Cet accord stipule que les deux parties se réunissent une fois par an au sein d’un conseil d’association pour discuter de questions d’intérêt commun. La dernière rencontre entre les parties remonte à 2012, alors qu’Avigdor Liberman était ministre des Affaires étrangères.

Israël a rejeté le Conseil en 2013, lorsque l’UE a provoqué la colère d’Israël en publiant de nouveaux règlements selon lesquels aucun organisme israélien qui opère ou a des liens au-delà de la Ligne verte ne peut recevoir de financement de l’UE ou avoir une quelconque coopération avec l’UE.

Le palais présidentiel de l’Elysée se pare des couleurs du drapeau européen, le 6 janvier 2022 à Paris, à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)

« L’UE est engagée dans un dialogue régulier et axé sur les résultats avec Israël, qui a encore récemment conduit à la conclusion de l’accord Horizon Europe« , a déclaré Danon. « Une réunion du Conseil d’association générerait certainement de nouvelles perspectives importantes, mais nécessite un consensus préalable sur ses objectifs et messages clés. Nous allons travailler dur dans les semaines et les mois à venir pour obtenir un tel consensus, à la lumière des environnements politiques respectifs. Dans l’intervalle, cela ne nous empêche pas d’avancer sur les pistes de coopération déjà identifiées, notamment sur le commerce bilatéral UE-Israël. »

Israël a rejoint Horizon Europe, le plus grand programme de recherche et d’innovation de l’Union européenne, en décembre. L’accord ouvre la voie aux universitaires et aux entreprises israéliennes, qui pourront faire des offres pour obtenir des milliards d’euros de financement de la recherche.

Le programme Horizon Europe allouera 95,5 milliards d’euros de subventions de 2021 à 2027.

Danon a déclaré qu’Horizon Europe et les accords existants profitent déjà aux Israéliens et aux Européens.

« L’accord Ciel ouvert, ratifié en 2020, a conduit à une réduction significative des tarifs aériens et à l’ouverture de routes supplémentaires », a-t-il souligné. « La participation d’Israël au programme européen de certificat numérique Covid a permis la reconnaissance mutuelle de nos passeports verts [vaccinaux]. Nos accords sur le commerce agricole et les produits pharmaceutiques ont fourni une base solide à nos relations économiques.

« Nous sommes également convaincus que l’Europe et Israël peuvent aider le monde à accélérer sa double transition numérique et verte, grâce à l’excellence de leur capital humain et à l’ingéniosité de leurs startups », a-t-il poursuivi. « L’harmonisation des normes et des standards, dans des domaines tels que les transports publics ou les produits alimentaires, sera l’une de nos principales orientations. Et n’oublions pas la mise en œuvre du nouvel agenda de l’UE pour la Méditerranée, qui comprendra une série d’investissements phares visant à promouvoir davantage le développement économique et humain dans la région ».

« Le meilleur reste à venir ».

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