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Les essais nucléaires devenus « tabous », mais un traité pas encore ratifié

Pour s'assurer de l'absence ou presque d'essais nucléaires, l'OTICE a développé au fil des années un réseau mondial de plus de 300 stations de surveillance

Robert Floyd, secrétaire exécutif de l'Organisation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (OTICE), lors d'un entretien avec l'AFP à Vienne le 15 septembre 2021. (Crédit : ALEX HALADA / AFP)
Robert Floyd, secrétaire exécutif de l'Organisation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (OTICE), lors d'un entretien avec l'AFP à Vienne le 15 septembre 2021. (Crédit : ALEX HALADA / AFP)

Vingt-cinq ans après son adoption, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires a permis de rendre le monde plus sûr, selon les experts, mais la ratification s’éternise et la Corée du Nord inquiète.

Le 16 juillet 1945, les Américains testaient leur première bombe atomique dans le désert du Nouveau-Mexique, signant le début de l’ère nucléaire.

Entre cette date et l’ouverture à la signature du traité le 24 septembre 1996, « plus de 2 000 essais ont été réalisés dans le monde », avec des conséquences sanitaires et environnementales terribles, explique dans un entretien à l’AFP Robert Floyd, le nouveau secrétaire exécutif de l’Organisation onusienne chargée du dossier (OTICE, CTBTO en anglais).

« Nous sommes aujourd’hui en bien meilleure position », avec une douzaine seulement d’essais recensés depuis, constate le responsable australien de 63 ans, dans son bureau situé au 7e étage d’une des tours de l’ONU à Vienne. 

« Nous avons pratiquement établi en un quart de siècle une norme mondiale », se félicite-t-il. 

Pour s’assurer de l’absence ou presque d’essais nucléaires, l’OTICE a développé au fil des années un réseau mondial de plus de 300 stations de surveillance, capables de détecter la moindre explosion en temps réel.

Sur cette photo d’archive du 20 juillet 2015, les membres du Conseil de sécurité votent au siège des Nations Unies sur l’accord nucléaire historique entre l’Iran et six puissances mondiales. (Crédit : AP / Seth Wenig, dossier)

En quête de 8 ratifications

Au moment où le monde craint une course aux armements dans la région Asie-Pacifique et au-delà, ce traité agit comme un garde-fou.

« Il a mis un coup d’arrêt fatal à la prolifération en rendant les essais tabous », analyse Jean-Marie Collin, porte-parole de l’ICAN France, une branche de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires.

« Il a placé au ban des nations les États voyous qui en réalisent », ajoute-il, parlant d’une « avancée extrêmement importante » malgré des « lacunes ».

Fin juillet, le président français Emmanuel Macron a ainsi solennellement reconnu « une dette » de la France envers la Polynésie pour les 193 essais nucléaires réalisés de 1966 à 1996 dans le Pacifique, après 17 au Sahara, non sans dommages pour la population locale qui réclame pardon et réparation.

Mais s’il est globalement salué pour sa contribution au désarmement, le traité n’est… toujours pas entré en vigueur !

Il lui faut en effet le feu vert de huit pays dotés de l’arme nucléaire, qui ne l’ont pas ratifié.

La Russie, la France et la Grande-Bretagne l’ont fait parce qu’elles estiment avoir des programmes de simulation suffisamment avancés, mais ce n’est le cas ni des États-Unis, ni de la Chine. 

La centrale nucléaire de Barakah en construction dans le désert occidental d’Abou Dhabi. Photo non datée. (Crédit : Arun Girija / WAM via AP)

Pression

Manquent aussi à l’appel l’Égypte, l’Iran, Israël et les trois États ayant réalisé des essais depuis 1996 : l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, seul pays ayant violé le statu quo depuis le début des années 2000. 

« Je souhaite avoir une conversation avec chacun d’entre eux pour savoir quel chemin emprunter afin qu’ils sautent le pas et que l’interdiction soit juridiquement contraignante pour toute l’humanité », souligne M. Floyd. L’OTICE aurait alors le pouvoir de mener des inspections sur place.

Aux États-Unis, « aucun président démocrate depuis Bill Clinton n’a osé présenter le texte » au Congrès car les Républicains sont formellement opposés à toute signature, pointe Emmanuelle Maitre, de la Fondation pour la Recherche Stratégique. 

De son côté, Pékin dit attendre Washington. « Et on voit mal comment la Corée du Nord pourrait rejoindre le TICE si les États-Unis et la Chine ne le font pas », note aussi la chercheuse, alors que Pyongyang a encore lancé mi-septembre deux missiles balistiques vers la mer. 

M. Collin estime toutefois que la pression sur les derniers retardataires se fait de plus en plus forte. 

L’OTICE, qui tourne avec un budget annuel de 111 millions d’euros, engrange les signatures et désormais, 170 États ont ratifié le texte. 

« Depuis quelques années, les États non nucléarisés interpellent plus fermement ceux qui ne sont pas signataires : on l’a vu en janvier avec l’entrée en vigueur du Traité interdisant les armes nucléaires (TIAN) ». 

Pour Robert Floyd, ce succès diplomatique est « un signe de la frustration croissante des pays qui ne détiennent pas la bombe atomique, car après tant d’années, le désarmement semble encore loin ».

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