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Les États-Unis intègrent Israël à leur programme d’exemption de visa

Les Israéliens pourront se rendre aux US sans visa dans 2 mois, une fois que le pays aura répondu à toutes les exigences, dont l'assouplissement des restrictions aux Palestiniens

Un passager, à l'aéroport international Ben Gurion la veille du Nouvel an, le 31 décembre 2022. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)
Un passager, à l'aéroport international Ben Gurion la veille du Nouvel an, le 31 décembre 2022. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

L’administration du président américain Joe Biden a annoncé mercredi qu’Israël avait été admis dans le programme américain d’exemption de visa (VWP), après des années d’efforts de la part des deux gouvernements, donnant ainsi un coup de fouet aux relations bilatérales.

Après avoir longtemps été contraints d’attendre de nombreux mois pour demander et obtenir un visa, les Israéliens n’auront désormais plus qu’à remplir un formulaire ESTA (Electronic System for Travel Authorization) quelques jours avant d’entreprendre un voyage touristique ou d’affaires aux États-Unis d’une durée maximale de 90 jours.

Les États-Unis ont encore besoin de temps pour préparer leurs systèmes électroniques à l’admission d’Israël dans le VWP, mais les fonctionnaires de l’Administration Biden qui ont informé les journalistes mardi avant l’annonce officielle ont déclaré qu’ils s’attendaient à ce qu’ils soient en place d’ici le 30 novembre.

Le secrétaire à la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas et le secrétaire d’État Antony Blinken ont fait l’annonce officielle mercredi.

Lors d’un briefing avec des journalistes israéliens plus tôt dans la journée, la chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis, Stephanie Hallett, a félicité Israël d’un « mazal tov » pour être devenu le 41e pays à entrer dans le VWP, le qualifiant de « reflet supplémentaire de la force de nos relations bilatérales en matière de sécurité, d’économie et de culture ».

Cette annonce intervient quelques jours après la rencontre, lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, du président américain Biden et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, après des mois de tensions entre les deux dirigeants à propos de la refonte du système judiciaire israélien jugée « anti-démocratique » par Washington, et de la poursuite de l’expansion juive dans les Territoires palestiniens.

Des passagers à l’aéroport international Ben Gurion, le 6 juin 2022. (Crédit : Gili Yaari/Flash90/Dossier)

Aux États-Unis, les ressortissants de 40 pays sont exemptés de visas d’entrée pour des séjours courts de loisirs ou d’affaires.

Bien qu’Israël cherche à entrer dans le VWP depuis plusieurs décennies, c’est au cours de l’année fiscale écoulée qu’il a satisfait pour la première fois à une condition essentielle : un taux de refus des demandes de visa inférieur à 3 %.

Cet exploit est le fruit d’une campagne intensive menée par l’ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, Tom Nides, et par l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, visant à informer les voyageurs israéliens sur la manière de remplir correctement les formulaires de demande de visa, bien qu’elle ait également bénéficié d’un nombre de voyages atypiquement bas en raison de la pandémie.

Toutefois, il aura fallu attendre la dernière minute pour que les deux pays règlent les détails d’un autre élément clé du VWP, à savoir l’octroi par Israël à tous les voyageurs américains de droits de voyage réciproques semblables à ceux accordés par les États-Unis aux ressortissants des pays participant au programme.

Les responsables de l’Administration Biden ont précisé lors d’une conférence de presse mardi que les États-Unis continueraient à contrôler le respect par Israël des exigences du VWP et se réservaient le droit de suspendre ou de mettre fin à l’adhésion d’Israël au programme.

« L’entrée dans le programme n’est pas la fin d’un processus, mais plutôt le début d’une collaboration étroite et continue sur le maintien de toutes les exigences du programme, y compris l’extension continue des privilèges réciproques par un pays partenaire », a déclaré Hallett, faisant écho à l’avertissement des fonctionnaires de l’administration.

Les Américains d’origine palestinienne ou arabe et ceux de confession musulmane sont depuis longtemps victimes de discrimination de la part des autorités israéliennes lorsqu’ils se rendent dans l’État juif ou en reviennent.

Les Palestiniens n’ont pas le droit d’utiliser l’aéroport Ben Gurion et sont obligés de prendre l’avion à Amman avant de traverser à pied le poste frontière Allenby entre la Cisjordanie et la Jordanie, ce qui rend le voyage plus long et plus onéreux.

Un officier de police palestinien fermant la porte principale de Beit Hanun au point de passage d’Erez entre Israël et le nord de la Bande de Gaza, le 4 août 2022. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Israël justifie généralement son recours au profilage racial, aux contrôles de sécurité intensifs et aux restrictions imposées aux Palestiniens dans le cadre de ses efforts de lutte contre le terrorisme.

Mais l’Administration Biden a clairement indiqué qu’elle n’admettrait pas Israël tant qu’il n’aurait pas assoupli ses restrictions de voyage, du moins pour ceux qui ont la nationalité américaine.

Le 19 juillet, Israël et les États-Unis ont signé un protocole d’accord détaillant les conditions de l’obligation de réciprocité, qui sont différentes de celles des autres membres du programme VWP.

Israël s’est engagé à traiter tous les voyageurs américains sur un pied d’égalité, y compris ceux de confession musulmane ou d’origine arabe, tout en se réservant le droit de refuser l’entrée à ceux qu’il considère comme une menace importante pour la sécurité.

Il a également accepté d’autoriser les quelque 70 000 Américains d’origine palestinienne identifiés sur le registre de la population de l’Autorité palestinienne (AP) comme vivant en Cisjordanie à demander une autorisation de type ESTA, leur permettant d’entrer en Israël pour une durée maximale de 90 jours, y compris pour prendre l’avion à l’aéroport Ben Gurion.

Israël a ensuite accepté d’accorder des privilèges similaires aux quelque 700 citoyens américains inscrits sur le registre de la population de l’AP comme résidant dans la Bande de Gaza. Toutefois, ce sous-groupe sera toujours soumis à des conditions plus strictes que les citoyens américains de Cisjordanie, étant donné que les États-Unis découragent toujours leurs citoyens de se rendre dans la bande de Gaza, qui est dirigée par le groupe terroriste palestinien du Hamas – une organisation désignée comme telle par les États-Unis.

Israël a commencé à assouplir les restrictions de voyage le lendemain de la signature du protocole d’accord, et plus de 100 000 citoyens américains, dont des dizaines de milliers de Palestino-Américains, sont entrés avec succès en Israël sans visa depuis lors, a déclaré le fonctionnaire de l’administration lors d’un point presse mardi, ajoutant que les résultats observés par les États-Unis au cours de la période d’essai étaient « impressionnants« .

« Les informations que nous avons recueillies ont montré qu’Israël mettait en œuvre ses engagements dans le cadre de sa nouvelle politique de voyage et permettait à tous les citoyens américains de demander à entrer en Israël sans visa pour des séjours de courte durée pour les affaires, le tourisme ou le transit pour une période allant jusqu’à 90 jours », a expliqué Hallett.

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Tom Nides, à gauche, et la numéro 2 de l’ambassade, Stephanie Hallett, sur une photo publiée le 21 juillet 2023. (Crédit : Ambassade des États-Unis en Israël)

Pour bénéficier du programme ESTA, les Israéliens doivent être âgés de plus de 18 ans et posséder un passeport biométrique valable dix ans. Dans le cas contraire, ils doivent toujours faire une demande de visa à Tel Aviv ou à Jérusalem.

Hallett a fait remarquer que les Israéliens ayant déjà un rendez-vous pour un visa ne devraient pas l’annuler, car les visas de visiteur B-1 et B-2 sont valables pendant dix ans et permettent aux détenteurs de visas de rester dans le pays pendant six mois. Dans le cadre de l’ESTA, les voyageurs ne peuvent rester que 90 jours.

En outre, les personnes qui entrent dans le pays avec un visa de visiteur peuvent changer de catégorie de visa, ce qui n’est pas possible dans le cadre de l’ESTA.

Hallett a également fait remarquer que les Israéliens souhaitant séjourner aux États-Unis pendant de longues périodes pour étudier ou travailler ont toujours besoin d’un visa de l’ambassade et ne peuvent pas entrer dans le pays dans le cadre du programme VWP.

Elle a mis en garde les Israéliens contre les escrocs. « Les citoyens israéliens ne doivent utiliser que la demande ESTA sur le site web du ministère de la Sécurité intérieure », a-t-elle déclaré. « Personne n’a besoin de payer une tierce personne pour le faire, et ils ne devraient pas le faire. L’ESTA est très facile à utiliser. »

Les États-Unis ont tenu à avertir Israël de ne pas refuser l’entrée aux citoyens américains qui ont exprimé leur soutien au boycott d’Israël ou de ses implantations, a déclaré au Times of Israel une source israélienne au fait de la question, précisant que Jérusalem ne s’était pas engagée à tenir compte de la demande. En 2019, le Premier ministre Netanyahu avait interdit aux représentantes démocrates, Rashida Tlaïb et Ilhan Omar, de se rendre en Israël et en Cisjordanie, citant leur soutien aux boycotts d’Israël.

Bien que le VWP bénéficie d’un soutien massif de la part des Israéliens, il a tout de même été la proie de luttes politiques en interne. Les partis qui forment aujourd’hui la coalition de droite ont refusé de soutenir la législation nécessaire alors qu’ils étaient dans l’opposition l’année dernière.

Le Likud, le parti de Netanyahu, avait invoqué des problèmes de sécurité liés à l’assouplissement des restrictions imposées aux voyageurs palestino-américains pour justifier le blocage des projets de loi qu’il a adoptés quelques mois plus tard, après son retour au pouvoir.

Des Palestiniens franchissant un point de contrôle israélien pour assister aux prières du ramadan à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, près de Bethléem en Cisjordanie, le 24 mars 2023. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Les législateurs américains ont également cherché à bloquer l’initiative, plusieurs douzaines de membres démocrates progressistes du Congrès faisant valoir que les améliorations apportées par Israël au traitement des Américains d’origine palestinienne n’étaient pas à la hauteur des critères de réciprocité appliqués aux autres pays membres du programme VWP.

Un groupe de 15 sénateurs a écrit une lettre à Blinken au début du mois, soulignant que les Américains d’origine palestinienne devront, jusqu’à l’année prochaine, faire une demande de voyage par l’intermédiaire d’une application conçue par le bureau du Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (COGAT), alors que tous les autres citoyens américains pourront entrer en Israël sans avoir à franchir cette étape. Israël s’est engagé à mettre en place un système de type ESTA pour tous les citoyens américains, y compris les Américains d’origine palestinienne, d’ici mai 2024.

Le fonctionnaire de l’administration qui a informé les journalistes mardi a déclaré que l’application COGAT distincte pour les Américains d’origine palestinienne n’équivalait pas à des « différences systématiques en termes de traitement ».

« Nous respectons et comprenons les opinions du Congrès, mais sur la base des informations que nous avons recueillies, nous sommes parvenus à une conclusion différente en ce qui concerne la satisfaction de l’exigence [de réciprocité] », a déclaré le fonctionnaire de l’administration.

Quelques heures avant l’annonce de mercredi, l’American-Arab Anti-Discrimination Committee (ADC) a intenté une action en justice fédérale contre les départements de la Sécurité intérieure et d’État, affirmant qu’ils redéfinissaient de manière « arbitraire et capricieuse » l’exigence de réciprocité définie légalement pour Israël et demandant au tribunal du district Est du Michigan d’interrompre les actions visant à admettre Israël dans le cadre du VWP.

« Même au sein des nouvelles politiques annoncées par Israël, il existe une myriade de façons dont les citoyens américains sont discriminés, et ce système séparé et inégal n’a pas sa place dans un programme américain », a déclaré l’ADC dans un communiqué, citant la discrimination continue contre les Palestino-Américains de Gaza, les restrictions sur la façon dont ils peuvent traverser les points de contrôle en Cisjordanie, leur incapacité à louer des voitures et leur traitement invasif lorsqu’ils rentrent d’Israël aux États-Unis.

Ces mêmes problèmes ont été identifiés par l’Administration Biden au cours des dernières semaines, mais elle s’est contentée de créer un groupe de travail bilatéral avec Israël pour les résoudre plutôt que de bloquer complètement l’admission du pays.

Si le procès intenté par l’ADC peut réussir à retarder temporairement l’admission d’Israël dans le VWP, on ne s’attend pas à ce qu’il la bloque complètement.

L’ambassadeur américain en Israël Tom Nides, à gauche, et le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, à la Knesset, le 9 décembre 2021. (Crédit : Ambassade des États-Unis en Israël)

« La question des Palestino-Américains conduisant des voitures en Israël n’a pas encore été entièrement résolue », a reconnu Hallett. « Nous attendons de ce groupe de travail qu’il trouve une solution qui garantisse à tous les citoyens américains titulaires d’un passeport américain en cours de validité des possibilités équivalentes de conduite et de passage de véhicules. »

Expliquant l’importance du VWP, le responsable de l’administration a déclaré aux journalistes qu’il s’agissait « avant tout d’un partenariat en matière de sécurité qui facilite également le commerce, les voyages légitimes et renforce les liens entre les peuples ».

« Les exigences du programme dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, de l’application de la loi, de l’immigration, de la sécurité des documents et de la gestion des frontières garantissent que des politiques et des pratiques complètes sont en place pour partager les informations, contrôler les voyageurs, prévenir la fraude et la corruption et sécuriser les frontières », a poursuivi le fonctionnaire. « Il s’agit également de l’un des outils les plus efficaces du gouvernement américain pour lutter contre le terrorisme. »

« La décision d’admettre Israël n’a pas été prise comme une faveur, mais parce qu’elle bénéficie à la fois aux intérêts américains et israéliens », a ajouté le fonctionnaire.

Des voyageurs sortant de l’aéroport international Ben Gurion, alors qu’Israël ouvre ses frontières et autorise les touristes à entrer dans le pays, après des mois de fermeture en raison de la pandémie de la COVID-19, le 1er novembre 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

Le fonctionnaire a reconnu que l’entrée d’Israël dans le VWP ne résoudrait pas le problème du traitement disparate des Palestiniens qui ne sont pas citoyens américains, mais il s’est engagé à continuer à travailler par d’autres voies pour assurer le bien-être et la liberté de mouvement du peuple palestinien.

Le fonctionnaire a également noté que le président du Conseil national de sécurité (NSC), Tzahi Hanegbi, a déclaré à ses homologues américains que les normes du VWP avaient « matériellement amélioré la sécurité nationale [d’Israël] ».

L’AFP a contribué à cet article.

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