Les géants chinois du partage de vélo arrivent dans la Start-up Nation
Rechercher

Les géants chinois du partage de vélo arrivent dans la Start-up Nation

Mobike lance ses services alors qu'Ofo prévoit de déployer quelque 1 000 vélos à Tel Aviv au premier semestre 2018

Le vélo jaune sans bornes d'Ofo à Tel Aviv-Jaffa (Autorisation)
Le vélo jaune sans bornes d'Ofo à Tel Aviv-Jaffa (Autorisation)

La technologie la plus innovante dans le secteur des transports cette année n’est pas un véhicule à propulsion électrique ni une voiture autonome, mais un simple vélo à deux roues, actionné par de simples pédales.

En moins de 18 mois, deux sociétés chinoises de partage de vélos sans bornes fixes, Mobike et Ofo, sont devenues très rapidement des start-ups d’une valeur de 3 milliards de dollars chacune, selon CB Insights.

A présent, ces compagnies arrivent sur le marché Israélien et les spécialistes disent que les plates-formes de vélos stationnées existantes comme Tel-O-Fun de Tel-Aviv pourraient vivre leurs derniers moments.

Les plates-formes de partage de vélos sans bornes permettent aux usagers de prendre et de ramener des vélos pratiquement n’importe où, plutôt qu’à des bornes de stationnement. À l’aide d’une application, les vélo-cyclistes peuvent trouver un vélo près de leur position, le déverrouiller à l’aide d’un code et, une fois la conduite terminée, le laisser dans n’importe quel endroit public, à condition qu’il ne gêne pas la circulation.

« Beaucoup de gens ne se rendent pas compte qu’il y a une révolution du partage de vélo en cours », a déclaré Imri Galai, directeur général des opérations d’Ofo en Israël, lors d’une interview. Galai, qui travaillait auparavant avec les géants de l’industrie du partage de l’économie, Airbnb et Gett, affirme que les vélos sans bornes fixes sont la « prochaine frontière » de l’économie du partage.

En octobre dernier, Ofo a lancé 200 vélos à l’Université Bar-Ilan à Ramat Gan et prévoit d’en déployer au moins un millier en Israël au cours de la première moitié de 2018. Peu de temps après, Mobike a déclaré en janvier qu’il s’associerait avec Car2Go Ltd. pour lancer son innovation à Tel Aviv au premier trimestre 2018. Le service a été lancé cette semaine.

Le nombre de vélos utilisés par les systèmes municipaux de vélos en libre service a augmenté de plus de 55 % dans le monde en 2016 par rapport à 2015, selon les données recueillies par le blog Bike-Sharing, un site web qui gère et suit les données mondiales.

Graphique de croissance du phénomène de partage de vélos, basé sur les données du blog Bike-Sharing (Urvashi Verma / TimesofIsrael)

Les applications de vélo deviennent une alternative populaire aux plates-formes de vélo stationnées existantes dans beaucoup de villes parce qu’elles résolvent le problème du « dernier kilomètre » dans l’industrie de transport, disent les spécialistes.

Le « dernier kilomètre » est la distance que les usagers du transport en commun doivent parcourir pour se rendre à leurs gares ou à leurs stations d’autobus ou en revenir.

Photo de Lihong Zhang, maître de conférences à la Liverpool Business School, Université John Moores (Autorisation)

« Personne ne pensait que les vélos sans bornes allaient être en mesure de résoudre ce problème lors de leur lancement, mais ils font rapidement partie du paysage des transports », a déclaré Lihong Zhang, maître de conférences à la Liverpool Business School de Liverpool John Moores Université, qui fait des recherches sur le partage de vélo public et d’autres systèmes de conceptions de méga-transport.

Cet essort a conduit les entreprises à dépenser des millions de dollars en R&D pour personnaliser les vélos en fonction de la démographie, des conditions météorologiques, du terrain et même de la taille physique des utilisateurs, explique Galai.

Comparé aux vélos Tel-O-Fun existants, le vélo d’Ofo est plus léger, a trois vitesses et est conçu pour les rues étroites de Tel-Aviv. Les roues sont en caoutchouc solide, ce qui élimine le risque de crevaison – un autre problème commun selon Galai.

Mis à part les avantages pour les utilisateurs d’applications de vélo sans bornes, les municipalités ont beaucoup à gagner, disent les spécialistes.

Les villes dépensent des millions en mettant en place un système traditionnel de partage de vélos. Selon une étude réalisée par Pew Research, la dépense d’investissement moyenne pour l’installation d’un vélo varie entre 3 000 $ et 5 000 $, selon la ville. Sur la base de ces estimations, Tel Aviv aurait pu dépenser entre 6 et 10 millions de dollars pour installer l’infrastructure et les stations d’accueil.

En outre, il existe d’autres coûts à long terme tels que l’ajout de stations d’accueil et le ré-agencement ou le retour des vélos à leur emplacement d’origine après utilisation.

« Ne serait-ce que le ré-agencement des vélos ancrés à différentes stations exige des employés effectuant trois services de 24 heures par jour. Les applications de vélo comme Ofo sont une solution à coût zéro pour les villes et les municipalités, sans coûts d’installation pour les stations d’accueil ou les dépenses d’entretien à long terme », a déclaré Galai.

Au cours des trois dernières années, Tel-o-Fun aurait eu des problèmes à maintenir sa rentabilité en raison de problèmes technologiques et des coûts énormes de maintenance et d’entretien des vélos, un problème qui n’est pas propre à Tel Aviv. Récemment, Seattle, surchargé par les coûts requis pour maintenir sa plate-forme de vélos existante, a remplacé son système de vélo-partage vieillissant par des vélos sans bornes.

Promenade de Tel Aviv le 25 mars 2009. (Serge Attal / Flash90)

Ce sont les contribuables qui finissent par combler le manque des bénéfices.

La plate-forme de partage de vélos de Tel-Aviv, qui comprend plus de 2 000 vélos en aluminium et 211 bornes d’accueil, a vu son nombre d’utilisateurs passer de 9 000 à 4 000, selon les données de FSM Ground Services Ltd. FSM), l’entreprise qui dessert le système.

FSM a déclaré dans un communiqué que la baisse a été principalement due à l’introduction du vélo électrique.

Comparé au Tel-O-Fun, qui facture des frais d’accès minimum de 17 NIS (4,9 USD) et 6 NIS supplémentaires pour une heure d’utilisation, Ofo ne facture pas de frais d’accès et coûte en moyenne 3 NIS pour 30 minutes d’utilisation.

La FSM a déclaré qu’elle avait un contrat de dix ans avec la municipalité et qu’elle ne prévoyait pas d’apporter de changements à ses frais ou à son programme en réaction à l’apparition des sociétés de partage de vélos sans bornes.

« Les Israéliens sont très sélectifs, et s’il y a un produit supérieur, ils l’utiliseront. Quand il y aura une meilleure façon de se déplacer, ils s’y adapteront », a déclaré Erel Avineri, professeur associé à l’AFEKA, au Collège universitaire de génie de Tel-Aviv, qui dirige le Centre pour l’infrastructure, le transport et la logistique.

Erel Avineri, professeur agrégé à l’AFEKA, Université de Tel-Aviv, utilisant un système de partage de vélos à Washington DC. (Autorisation)

Le succès du système gouvernemental de partage de vélos à Tel-Aviv est dû à la difficulté croissante de conduire dans les embouteillages. Aussi, le climat tempéré et les courtes distances font du vélo une alternative intéressante, a déclaré M. Avineri.

Les plates-formes de partage de vélos peuvent réduire la congestion dans les grandes villes et offrir aux urbanistes des bases de données pour mieux concevoir l’utilisation des espaces publics, selon une étude basée à Washington DC sur le partage de vélos.

Mais les spécialistes disent que ces entreprises doivent relever des défis, tels que la croissance des habitants dans les villes et le stationnement illégal, et les municipalités doivent également réfléchir à ces changements.

Ces derniers mois, le grand nombre de vélos dans les rues chinoises a conduit à des trottoirs saturés où les piétons ne pouvaient pas marcher et où il y avait des vélos entassés dans des stationnements illégaux.

« Il y a beaucoup de choses qu’Israël et le monde peuvent apprendre des erreurs de la Chine. Un message important à transmettre au public est la nécessité d’un rapport indépendant sur leur modèle d’entreprise et sur sa solidité et sa durabilité. Les ruées massives vers ces projets en Chine ont causé beaucoup de problèmes sociaux et juridiques que la société occidentale peut et doit éviter », a déclaré Zhang.

Mais Ofo prend des mesures proactives pour prévenir ces problèmes, a déclaré Galai.

« Ofo travaille en étroite collaboration avec chaque municipalité pour parvenir à un accord avant de lancer le service et éduque les utilisateurs à utiliser au mieux le système de vélo partagé, y compris le stationnement légal et le signalement des vélos cassés », a déclaré Galai.

« Bien qu’officiellement, il n’y ait pas de bornes d’accueil, pour empêcher les vélo-cyclistes de se garer n’importe où, Ofo a commencé à signaler des emplacements pour montrer aux utilisateurs l’endroit approprié pour garer les vélos », a déclaré Galai.

Aucun commentaire n’a été effectué par la municipalité de Tel Aviv.

Les bureaux de Ofo à Tel Aviv se situent à Techcode, un centre d’innovation Chine-Israël, où le Times of Israël a également des bureaux.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...