Les habitants d’Amona jurent qu’ils ne seront pas expulsés de leur “paradis”
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Les habitants d’Amona jurent qu’ils ne seront pas expulsés de leur “paradis”

Soutenus par le Likud, les habitants de l'avant-poste avancent une proposition de reconnaissance, mais le procureur général a estimé qu’elle était inconstitutionnelle et envisage leur délocalisation. Le sujet fera-t-il tomber le gouvernement ?

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Une famille dans les rues de l'avant-poste juif d'Amona, en Cisjordanie, le 28 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Une famille dans les rues de l'avant-poste juif d'Amona, en Cisjordanie, le 28 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

AMONA, Cisjordanie – Les habitants ici ne se lèvent pas pour ouvrir la porte, mais appellent simplement les visiteurs à « entrer ». C’est un après-midi frais de septembre, et l’avant-poste qui surplombe l’implantation d’Ofra, en Cisjordanie, est endormi. Un juif barbu décroche lentement le linge, son jeune fils le regarde.

Par les murs fins de l’école élémentaire, perchée au sommet de la colline, un enseignant pousse avec enthousiasme, si ce n’est avec réussite, ses élèves à répondre. Une fillette, qui n’a pas plus de sept ans, se promène seule sur la route pavée et vide, après une aire de jeu et un vignoble planté et bien entretenu par les habitants.

L’idylle provinciale contredit une dure vérité que beaucoup dans le minuscule avant-poste, construit sur un terrain très contesté, ne veulent pas reconnaître : dans un peu plus de trois mois, ils pourraient être forcés de partir.

Après une bataille judiciaire prolongée, la Cour suprême a ordonné en 2014 au gouvernement israélien de démanteler l’avant-poste illégal avant décembre 2016, estimant qu’il avait été construit illégalement sur des terres palestiniennes privées et devait être rendu à ses propriétaires originaux.

L'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, en juin 2012. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)
L’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, en juin 2012. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Amona n’apparaît sur aucune carte. Il n’y a pas de transports en commun vers cet avant-poste vieux de presque 20 ans, accessible uniquement en voiture ou un pied après une marche de presque trois kilomètres depuis Ofra, une métropole vibrante en comparaison. Beaucoup de ses 41 caravanes, principalement des mobil-homes sans roue, sont collées à des porches en bois et étendues au moyen de « constructions légères », la seule construction tolérée dans cet avant-poste, dont l’existence est illégale même au regard de la loi israélienne, sans parler de la communauté internationale, qui considère l’ensemble des implantations israéliennes comme illégales.

A l’intérieur, les maisons sont joliment décorées, et confortables. A l’extérieur, plusieurs caravanes ont des trampolines de jardin, certaines familles ont planté des fleurs, les vélos ont été abandonnés sur le sol, et il y a des jouets, des jouets partout.

« C’est un paradis », a déclaré Manya Hillel, né en Californie, l’un des habitants qui prétendent qu’ils ne partiront pas depuis la semaine dernière, malgré les signes croissants indiquant que même les avocats qui sont de leur côté seront impuissants à empêcher leur évacuation.

Dans un effort pour contourner la démolition, des députés de la coalition ont croisé le fer pour un projet de loi dit de régulation, qui propose que les propriétaires palestiniens dont les terrains ont été utilisés pour des implantations ou des avant-postes recevront d’autres terrains en Cisjordanie, en plus d’une compensation financière de la moitié de la valeur du terrain.

Le projet de loi a été enterré en juillet, quand le procureur général Avichai Mandelblit a affirmé qu’il était « inconstitutionnel ». Une loi similaire pour reconnaître les avant-postes a été abandonnée en lecture préliminaire à la Knesset en 2012, quand le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’y est opposé et a menacé de renvoyer tout ministre ou vice-ministre qui voterait en sa faveur.

Néanmoins, le projet de loi a été ressuscité la semaine dernière quand 25 des 30 députés du Likud, dont des ministres importants, ont signé une pétition pour le soutenir.

Parallèlement, après avoir corsé le projet de loi, le ministère de la Justice dirigé par Ayelet Shaked du parti HaBayit HaYehudi, élabore un autre projet pour déclarer que les terrains autour d’Amona, dont les propriétaires ne sont pas connus, sont un « bien des absents ». Le texte vise à pouvoir répliquer l’avant-poste sur une colline voisine.

Le procureur général doit encore décider s’il approuve le projet, qui a été condamné par les ONG de gauche et par les Etats-Unis.

Mais depuis la semaine dernière, avec les députés du Likud qui semblent les soutenir, les habitants d’Amona se sont opposés à la proposition de répliquer l’avant-poste ailleurs, et font pression pour la loi de régulation.

Des enfants israéliens jouent devant leur maison dans l'implantation d'Amona, en Cisjordanie, le 7 septembre 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)
Des enfants israéliens jouent devant leur maison dans l’implantation d’Amona, en Cisjordanie, le 7 septembre 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Ayelet Vidal, mère de quatre enfants qui vit à Amona depuis neuf ans, a surnommé la proposition de relocalisation de l’avant-poste de kombinot, des combines de coulisse.

« Nous ne sommes les soldats de personnes, que vous pouvez juste déplacer d’ici à là ou là. Nous sommes des êtres humains, pleins de vie. Nous avons fait des maisons ici, même si cela n’y ressemble pas, parce que nous ne pouvons pas construire de maisons permanentes, mais il y a une communauté, et à l’intérieur, les gens vivent des vies très remplies, sur les plans personnels et communautaires », a-t-elle déclaré.

Vidal a déclaré qu’elle choisirait la proposition de loi de régulation, et advienne que pourra.

« Même si je sais qu’il y a un risque que cela ne marche pas, je préfèrerais la voie honnête et d’essayer de légiférer la régulation, qui est une loi qui donne des compensations aux propriétaires et permet la souveraineté israélienne, et commence à prouver au monde et à nous que cette terre nous appartient réellement, a-t-elle déclaré. Et même si elle échoue au final, je préfèrerais cela plutôt que de déménager ailleurs sans changer quelque chose d’essentiel dans une perspective nationale. »

“Pas un autre Migron”

Ce n’est pas la première fois que les habitants d’Amona promettent de s’opposer à un ordre d’évacuation imminent. En 2006, la police avait mené à bien un ordre de démolition d’une poignée de maisons permanentes qui avaient été construites sans permis dans l’avant-poste. Des affrontements violents avaient éclaté entre les forces de l’ordre et les habitants et leurs soutiens, dont beaucoup étaient venus du voisinage pour bloquer la démolition, laissant 200 personnes blessées, dont certaines grièvement, et entraînant de sérieuses accusations de force excessive.

C’était « très, très violent », se rappelle Shira David, qui vit à Amona depuis sa fondation en 1996.

Pense-t-elle que cela peut monter au même niveau d’intensité si Amona est complètement évacué ? « C’est possible », a-t-elle prévenu.

Quand nous sommes venus ici, il n’y avait vraiment pas de dispute [sur le terrain]. Au contraire, a déclaré David. Les gens d’Ofra avaient un rêve de construire une implantation ici. Et il y avait beaucoup de budgets de l’Etat, et quand les maisons ont été construites ici », elles étaient éligibles à un prête, a-t-elle déclaré, avant qu’elles ne soient démolies en 2006.

Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l'avant-poste non autorisé d'Amona, proche de l'implantation juive d'Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)
Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l’avant-poste non autorisé d’Amona, proche de l’implantation juive d’Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)

Expliquant pourquoi elle a emménagé à Amona avec sa famille en 2007, Vidal a déclaré que « nous aimions la nature, la vue. A ce moment, personne n’en parlait, il n’y avait pas d’attention sur tout le problème des terrains privés. »

« Il n’y avait rien ici. Ces terres étaient complètement arides. Il n’y avait rien ici », a déclaré Hillel, le natif de Californie, qui a emménagé à Amona il y a 14 ans.

Pour exposer leurs positions, plusieurs femmes d’Amona ont affirmé que la loi de régulation accorderait une compensation aux propriétaires palestiniens, tout en citant le droit biblique juif sur le terrain. Et elles ont pointé un autre avant-poste récemment évacué dans des circonstances similaires : Migron, démoli en 2012, ses 50 familles déplacées à côté, soulignant qu’après l’évacuation de l’avant-poste sur ordre de la Cour, les fermiers palestiniens ne s’y sont jamais installés.

« Ils ont évacué Migron, et cet endroit est en ruine, désolé et il n’y a rien là-bas, alors pourquoi tout cela ? Pourquoi détruire ? », a demandé Vidal.

« En général, nous sommes opposés à cette idée », a-t-elle ajouté, envisageant l’option d’aller ailleurs. « C’est à la fois une question de foi et d’idéologie. De foi : cette terre est vraiment à nous, et nous reprenons notre droit fondamental après des années. Et nous pensons qu’il y a un moyen de résoudre [le problème] avec les Arabes qui vivent ici, et dont certains affirment posséder un terrain ici, nous pouvons le gérer. Je n’ai aucun problème de principe à payer une compensation à une personne dont la terre a été utilisée, mais je pense qu’en tant que nation, nous sommes revenus, et nous devons être souverains sur la terre. »

Manya Hillel, habitante d'Amona. (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)
Manya Hillel, habitante d’Amona. (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)

Hillel, mère de six enfants, a emménagé à Amona depuis Ramat Gan, dans la banlieue de Tel Aviv. Dans l’après-midi, elle enseigne les histoires de la Bible aux enfants d’Amona âgés de quatre à sept ans, avec des chansons, des danses et des marionnettes. Il y a à peine quelques mois, a-t-elle déclaré, le projet de loi de régulation semblait « tellement tiré par les cheveux que personne ne l’a même envisagé », mais à présent elle prie pour qu’il avance.

« C’est tellement ridicule, il n’y a aucun sens dans tout cela. Il n’y a aucun sens, aucune justice, aucune humanité, rien. Et les gens qui disent que c’est bon pour les arabes, bon pour les Palestiniens, ils ne comprennent rien de cela. Ils n’obtiennent pas l’argent qu’ils pourraient obtenir », a-t-elle déclaré.

Quand on lui demande si elle restera jusqu’à le fin, Hillel répond qu’elle n’a aucune intention de partir. « Oui, je ne sais pas, je n’ai pas d’autre projet. Beaucoup de personnes ont décidé de ne pas faire d’autre projet, de ne pas prévoir ce que nous ferons si cela arrive, simplement de rester concentrer maintenant sur ce que nous ne voulons pas qui arrive, et que nous n’avons nulle part ailleurs où aller. Et nous sommes ici pour rester. »

Comme Vidal, elle a souligné Migron : « Regardez Migron, quatre années ont passé, rien ne s’y est produit. C’est juste une belle colline détruite et ruinée… Aucun Arabe n’est venu et n’y a fait quelque chose. »

Maisons détruites dans l'avant-poste illégal de Migron, en Cisjordanie, le 12 septembre 2012. (Crédit : Oren Nahshon/Flash90)
Maisons détruites dans l’avant-poste illégal de Migron, en Cisjordanie, le 12 septembre 2012. (Crédit : Oren Nahshon/Flash90)

Régulation contre réplication

Dans un communiqué au Times of Israël, Mandelblit, le procureur général, a déclaré que le projet de loi de régulation vanté par les membres du Likud n’aurait aucun précédent de tant de dommages causés à la loi israélienne.

« Le projet cherche à annuler rétroactivement un jugement définitif et conclusif de la Cour suprême sur des affaires particulières, quelque chose qui n’a aucun précédent et porterait un coup fatal à l’Etat de droit », a-t-il affirmé. De plus, le projet de loi « ancre le dommage au droit de propriété individuel, ce qui n’est pas cohérent avec les exigences constitutionnelles, et est contraire aux obligations d’Israël dans le cadre du droit international. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec Avichai Mandelblit, alors secrétaire du cabinet, pendant une réunion du cabinet à Jérusalem, le 20 décembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec Avichai Mandelblit, alors secrétaire du cabinet, pendant une réunion du cabinet à Jérusalem, le 20 décembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une tentative de contournement du jugement de la Cour suprême, Mandelblit évalue une proposition du ministère de la Justice qui déplacerait les habitants des maisons « non permanentes » vers un terrain voisin dont les propriétaires, des Palestiniens qui ont quitté la région pendant la guerre des Six Jours en 1967, sont inconnus.

Le projet, obtenu par la radio militaire début août, permettrait aux habitants du nouveau quartier de payer un loyer sur un compte bancaire géré par l’Etat qui serait gardé sous séquestre pour les propriétaires, et qui leur appartiendrait s’ils présentaient une preuve de propriété pré-1967. Dans le cadre de cette nouvelle proposition, qui est basée sur les lois de bien des absents israéliennes, l’Etat ne chercherait pas à contourner l’ordre d’évacuation de la Cour suprême. Les 41 maisons seraient démantelées et déplacées. Le terrain voisin serait proposé aux familles avec un bail de trois ans renouvelable.

Mais dans une lettre adressée à Shaked et au président du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, et d’abord reportée par la Deuxième chaîne mardi dernier, les habitants d’Amona ont annulé une réunion prévue et dénoncé les dirigeants du parti nationaliste de droite pour avoir cessé de soutenir la loi de régulation pour lui préférer le transfert de l’avant-poste.

« Il a certainement été porté à votre attention que le sujet des ‘biens des absents’ a été supprimé du programme, après voir été supprimé par les responsables de l’Administration civile, ont-ils écrit. Dans la situation actuelle, nous nous opposons fermement à la mise en place de ce mauvais projet, et nous ne coopérerons certainement pas. »

Le ministre de l'Education Naftali Bennett (à droite) et la ministre de la Justice Ayelet Shaked arrivent à la première réunion du 34e gouvernement d'Israël, aux bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 15 mai 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de l’Education Naftali Bennett (à droite) et la ministre de la Justice Ayelet Shaked arrivent à la première réunion du 34e gouvernement d’Israël, aux bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 15 mai 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi matin, Shaked a souligné que les « habitants d’Amona ont demandé l’année dernière de faire avancer la solution des biens des absents », et a déclaré que la proposition était toujours sur la table.

« Il y a un an, le ministère de la Défense a proposé aux habitants d’Amona de trouver une nouvelle implantation près de Shilo. Les habitants d’Amona n’ont pas été intéressés, et je respecte cela, a-t-elle déclaré à la radio militaire. Ils sont ceux qui ont commencé le projet des biens des absents. Cela serait la réplication de l’implantation sur un terrain voisin. »

Un communiqué du ministère de la Justice a confirmé que Mandelblit avait organisé une réunion la semaine dernière sur la question de la déclaration des terrains voisins d’Amona biens des absents, mais n’a pas encore pris sa décision, puisque la commission définissant la proposition a demandé plus de temps. Mercredi, dans un possible accroc au projet, l’association israélienne de défense des droits de l’Homme Yesh Din a annoncé avoir rassemblé des objections à l’allocation de terrains de 29 propriétaires palestiniens sur les 35 parcelles qui sont évaluées.

Vue depuis l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)
Vue depuis l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)

Mercredi également, peut-être dans une tentative de reconquête des électeurs du Likud, Bennett a indiqué que lui et Shaked travaillaient sur un projet plus vaste pour non seulement garder Amona, mais également toutes les structures dont la démolition a été ordonnée par la Cour suprême. Dans un apparent retournement, il a suggéré que soutenir la loi de régulation n’était pas hors de question.

« Nous avons pris la décision de trouver une solution stratégique, plutôt qu’une solution locale, a-t-il déclaré dans une vidéo. Ayelet et moi travaillons sur un processus plus important qui résoudra tous les problèmes : cela pourrait être la mise en place d’‘Edmund Levy’ [une commission dirigée en 2012 par l’ancien juge Levy, qui a recommandé la légalisation des avant-postes par Israël], la loi de régulation, ou changer une résolution gouvernementale. S’il devient évident que la [loi de] régulation est la bonne solution, nous choisirons cela. »

Doublant la mise vendredi, Bennett a déclaré que son parti travaillait à ce qu’il a décrit comme une « large réforme » pour reconnaître des « milliers » de logements existants mais non autorisés en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Le ministre a déclaré qu’il demanderait au gouvernement de mettre en place ce projet. Mais il a concédé que pour Amona, « il y a un problème tactique, puisque la décision de la Cour était définitive et conclusive. »

« Nous ferons tout ce que nous pouvons pour stopper l’évacuation », a-t-il affirmé, tout en soulevant l’idée de déplacer l’avant-poste sur un terrain voisin, « mais il doit être dit qu’il n’y a pas de solution magique, comme essaient de la vendre les membres du Likud. C’est la vérité. »

Une coalition divisée

L’ordre d’évacuation d’Amona est une crise de la coalition dans la composition de ce qui a été décrit comme le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Le 1er septembre, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré qu’Israël exécuterait la décision de la Cour suprême, et raserait Amona. Mais avec la publication d’une pétition montrant le soutien écrasant des députés et ministres du Likud à la loi de régulation, les premières fissures sont apparues au sein de la coalition, et du parti dirigeant, en début de semaine dernière.

Benny Begin, député du Likud, lors d'une réunion de son parti à la Knesset, le 25 mai 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Benny Begin, député du Likud, lors d’une réunion de son parti à la Knesset, le 25 mai 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ce projet de loi est si mauvais, cette loi est si mauvaise, elle est si extrême dans son écart aux valeurs sociales », a déclaré le député du Likud Benny Begin à la radio militaire dimanche. « C’est une question morale : un groupe de personnes décide de construire des huttes ou même des maisons sur un terrain qui n’est pas le leur, en sachant que ce n’est pas le leur. »

Répliquant le lendemain, le ministre de l’Energie Yuval Steinitz (Likud), proche de Netanyahu qui a signé la pétition de soutien à la loi de régulation, a rejeté le jugement de la Cour, déclarant à Walla qu’il « n’y a pas de vol ici. »

« Tout le monde était certain qu’il s’agissait d’un terrain de l’Etat. Il y a eu une implantation [construite là-bas] avec l’aide et l’accord des institutions de l’Etat, a-t-il déclaré. Dans tout autre endroit en Israël et dans le monde, si, des années après la construction d’une communauté sur le terrain, une erreur est découverte et que quelqu’un revendique la propriété du terrain, on ne détruirait pas la communauté. Dans ce cas, il est de coutume de proposer un dédommagement financier. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de l'Energie Yuval Steinitz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, à Jérusalem, le 22 mai 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de l’Energie Yuval Steinitz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, à Jérusalem, le 22 mai 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

Comme Steinitz, les habitants d’Amona sont prompts à pointer le fait que le gouvernement les a aidé, avec les infrastructures de l’avant-poste (électricité, routes, eau) fournies par les institutions publiques de l’Etat.

« Tout cet endroit a été construit par le gouvernement. Nous avons l’électricité, nous avons Bezeq [service de téléphonie et internet], a déclaré Hillel. Toutes les infrastructures pour les maisons qui ont été détruites il y a dix ans, il y a eu des millions de shekels mis par le gouvernement. »

Guerre ou pas ?

En quittant Amona, un camion essence s’arrête à l’aire d’auto-stop pour proposer d’aller jusqu’à Ofra, le deuxième passager sautant avec bonne humeur à l’arrière, avec le réservoir d’essence, pour faire de la place pour moi et une adolescente bronzée d’Amona.

« Il n’y aura pas de guerre ici » cette fois, prédit le chauffeur, en parlant de l’évacuation.

La jeune fille, habillée avec des vêtements amples, anneaux dans le nez et dans les sourcils, n’est pas d’accord. Personne ne sait ce qu’il va se passer, et personne ne le saura avant le dernier moment, dit-elle.

Elle ne sera pas d’accord avec moi, continue le chauffeur en pointant la jeune fille. Mais « la jeune génération ici, sa génération, s’en fiche », dit-il, marmonnant sur la « génération internet, génération smartphone. »

Le chauffeur ajoute qu’il était venu manifester pendant les démolitions de 2006. Mais il ne viendra pas cette fois.

Les perspectives ont changé, dit-il. « Les gens comprennent à présent que quand l’Etat décide quelque chose, c’est tout, il le fait. »

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