Les partis ultra-orthodoxes perdent des électeurs – au profit de Netanyahu
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Analyse

Les partis ultra-orthodoxes perdent des électeurs – au profit de Netanyahu

Le nombre de Haredim qui ne voteront pas pour les partis traditionnels de leurs communautés a considérablement augmenté, et la plupart sont de droite, selon de récents sondages

Marissa Newman

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Un Juif ultra-orthodoxe devant un panneau d'affichage avec des photos du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du chef du Shas Aryeh Deri, dans le cadre de la campagne électorale Shas, à Safed, le 10 mars 2019. (David Cohen/Flash90)
Un Juif ultra-orthodoxe devant un panneau d'affichage avec des photos du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du chef du Shas Aryeh Deri, dans le cadre de la campagne électorale Shas, à Safed, le 10 mars 2019. (David Cohen/Flash90)

C’est un rabbin dans une soirée conviviale et quasi-libertaire ; c’est une avocate de Ramat Beit Shemesh ; c’est une programmeuse informatique devenue activiste sociale. Ils ont peu de choses en commun dans leurs visions politiques et idéologiques déclarées. Mais tous représentent une tendance croissante de candidats politiques ultra-orthodoxes placés sur des listes de partis non-orthodoxes en vue des élections du 9 avril.

Alors qu’Israël se prépare à se rendre aux urnes, les partis politiques ont discrètement inscrit des candidats ultra-orthodoxes sur leurs listes afin d’obtenir le soutien d’un nombre croissant d’électeurs mécontents – peut-être 25 % de la communauté – qui, selon de récents sondages, ne voteront pas pour les deux partis Haredi, YaHadout HaTorah et Shas.

Seulement deux de ces candidats – le n°2 de Zehut, Haim Amsalem, un ancien député Shas ; et Omer Yankelevich, qui est classée 23e sur la liste du parti Kakhol lavan – ont une chance d’être élu au Parlement, selon les sondages d’opinion. Les autres, Zeev Fleishman (43e) du Likud et Michal Zernowitski (20e) du Parti travailliste, ne sont pas parvenus à une position réaliste dans leurs primaires respectives (mais pour la première fois, le parti au pouvoir a réservé une place pour un candidat ultra-orthodoxe).

D’autres partis, comme HaYamin HaHadash d’Ayelet Shaked et Naftali Bennett, ont également sollicité ouvertement ces électeurs, qui pourraient représenter des dizaines de milliers de voix.

Et leur départ de la sphère des partis ultra-orthodoxes, d’après les analyses, est entièrement à l’avantage du Premier ministre Benjamin Netanyahu et des autres partis de droite.

Un homme ultra-orthodoxe dépose son bulletin de vote au bureau de vote du Likud à Safed, le 5 février 2019, pour les primaires de ce parti. (David Cohen/Flash90)

Selon le Dr Gilad Malach de l’Institut israélien de la démocratie, traditionnellement, 5 % des ultra-orthodoxes – à savoir les extrémistes et les anti-sionistes de groupes comme Eda Haredit – ne votent pas du tout aux élections générales. Ils ont été suivis ces dernières années par 6 % supplémentaires du parti Jerusalem Faction, un groupe extrémiste non sioniste, qui refuse de voter pour YaHadout HaTorah en raison de différends avec la direction du parti.

Un troisième groupe qui s’éloigne des partis ultra-orthodoxes, selon l’analyse de Malach, se compose de ceux qui ne considèrent plus le financement des yeshivot comme la principale question qui les concerne, ainsi que de ceux qui travaillent et sont plus intégrés que le Haredi moyen dans la vie israélienne. Ce dernier groupe représentait 10 % de la communauté en 2006-2015, 17 % en 2015, et représente maintenant 20 % avant le vote d’avril, selon des études récentes, indique-t-il.

La plupart d’entre eux sont de droite, a fait remarquer Malach.

Plus de la moitié (56 %) sont des partisans du Likud, selon un sondage réalisé mi-février auprès de 675 personnes interrogées pour le journal ultra-orthodoxe Kav Itonut, qui a permis d’obtenir des renseignements rares sur ce sous-groupe.

D’autres (20 %) sont supposés soutenir des partis d’extrême droite, comme le kahaniste Otzma Yehudit (qui fait maintenant partie de l’Union des partis de droite, bien que cette enquête soit antérieure à la fusion et la disqualification du candidat Michael Ben-Ari par la Cour suprême), et un petit nombre votera pour HaYamin HaHadash, Kakhol lavan, et d’autres partis du centre et de gauche, selon le sondage. (Le sondage n’a pas détaillé ses méthodes et n’a pas fourni de marge d’erreur.)

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman (2e à gauche) assiste à une conférence du parti ultra-orthodoxe Agudat Israël dans la ville côtière de Netanya, le 30 janvier 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Un autre sondage réalisé plus tôt ce mois-ci auprès de 1 364 personnes Haredi – le double de la taille de l’échantillon – a révélé que plus d’un quart d’entre elles ne prévoyaient pas de voter pour les partis Haredi. Plus de la moitié (51,3 %) ont déclaré qu’ils prévoyaient de voter pour YaHadout HaTorah et 23 % pour Shas, suivis de 7,5 % pour le Likud, 5 % pour Yachad d’Eli Yishai, 3 % pour l’Union des partis de droite, 2 % pour Zehut de Moshe Feiglin, 2,2 % pour HaYamin HaHadash et 5,5 % pour les autres partis.

Lorsqu’on leur a demandé d’expliquer la principale considération ou motivation à l’origine de leur vote, une majorité écrasante (75 %, correspondant aux votes des partis Haredi) a répondu que c’étaient les instructions de leurs rabbins ; 4,9 % ont déclaré qu’il était basé sur la réponse des politiciens aux besoins de la société ; 4,9 % sont motivés par le maintien du Grand Israël ; 4,7 % veulent soutenir le gouvernement Netanyahu ; 4,5 % optent pour le respect du Shabbat dans le domaine public et pour étonnamment seulement 1,3 % la loi sur le service militaire constitue le facteur clef.

Vers la disparition du Shas ?

Alors que la position de YaHadout HaTorah est restée stable dans les derniers sondages, avec environ sept sièges (elle en compte actuellement six), le Shas d’Aryeh Deri a connu une baisse, la plupart des sondages montrant que le parti obtiendrait 5-6 sièges, mais certains lui ont donné encore moins, franchissant à peine le seuil électoral.

On est loin des 17 sièges que le parti a remportés à l’époque de sa gloire en 1999, également sous la direction de Deri. Et selon M. Malach, cette baisse est en grande partie attribuable à son groupe important d’électeurs non-Haredi, qui cherchent leur fortune politique ailleurs.

Un ouvrier imprime des affiches de campagne électorale du parti politique Shas montrant une photo du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du chef du parti Shas, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, à la Canaan Maxi Media Printing House au centre d’Israël, le 7 mars 2019. (Yossi Zeliger/Flash90)

« Ce qui se passe, c’est que les partis Haredi réussissent moins bien que par le passé à toucher un public cible plus large », a-t-il expliqué, notant que lors des élections précédentes, les deux tiers des électeurs du Shas n’étaient pas ultra-orthodoxes – jusqu’à un tiers lors des dernières élections.

Mettant fortement l’accent sur l’identité mizrahi (orientale) et promettant des politiques économiques socialement avantageuses, Shas a bénéficié dans le passé du soutien considérable des Juifs traditionalistes d’origine orientale. Mais un dégel général des tensions ethniques en Israël, ainsi que la formation de partis aux positions similaires, ont changé le paysage politique, a dit Malach. L’électeur Shas moyen a plus d’options, comme Koulanou de Moshe Kahlon et le Parti travailliste d’Avi Gabbay, et n’est pas nécessairement en faveur du vote de protestation que Shas avait l’habitude de représenter, a-t-il fait valoir.

Malach a estimé que Shas obtiendrait environ 5-6 sièges, comme le suggèrent les sondages, notant que la dernière fois les sondages étaient cohérents et ont prédit avec précision les sept sièges du parti.

Qui vont-ils soutenir comme Premier ministre ? Netanyahu, très certainement

Dans une récente déclaration conjointe, les dirigeants du Shas et de YaHadout HaTorah – alliés politiques de longue date de Netanyahu – ont déclaré qu’ils recommanderaient au président que le Premier ministre soit chargé de former la coalition après les élections.

Ils ont ensuite écarté toute possibilité de coalition avec le laïc Yair Lapid, chef du parti Yesh Atid et numéro 2 de Kakhol lavan. Yesh Atid prône le service militaire et national pour les jeunes Haredim et l’injection d’un programme d’études moderne dans les écoles ultra-orthodoxes traditionalistes.

« Nous ne nous associerons, unis et unis, qu’à une coalition formée par Netanyahu, et nous serons de puissants partenaires à ses côtés. Nous ne négocierons et ne discuterons pas pour rejoindre une coalition qui comprend Yair Lapid en aucune circonstance », ont déclaré Deri et Litzman.

Les vives tensions entre l’ultra-orthodoxe et Lapid concernent l’avancement de la loi à la Knesset sur l’enrôlement au sein de l’armée israélienne par les haredim.

Deri a également déclaré qu’il chercherait à être ministre de l’Intérieur au sein du prochain gouvernement – poste qu’il occupe actuellement et fonction qu’il a occupée lorsqu’il a accepté des pots-de-vin pour lesquels il a ensuite été emprisonné – une demande qui s’avérera probablement impossible à accepter, même pour un Gantz désespéré.

Dans le même temps, les dirigeants des partis Haredi, bien que fidèles à Netanyahu, ont longtemps été plus accommodants que leurs électeurs. « Je ne suis pas de droite », a déclaré le député d’UTJ, Moshe Gafni, plus tôt ce mois-ci, selon le site Internet Kikar HaShabat. « La gauche bénéficierait grandement aux Haredim », a-t-il ajouté, avant de souligner qu’il ne soutiendrait pas Gantz et Lapid.

Certains observateurs voient toutefois le pragmatisme politique l’emporter. « La personne qui a sanctifié la lutte contre Lapid est le vice-ministre de la Santé, Yaakov Litzman [le dirigeant de l’UTJ] », a écrit Avraham Dov Greenbaum, rédacteur en chef de HaDerech dans une colonne d’un autre magazine, The Liberal.

« Mais sous la surface, il existe d’autres opinions au sein de YaHadout HaTorah, comme dans son parti frère Shas, qui voient dans Lapid un autre politicien. »

« Au moment de vérité, il y a une chance pour qu’ils se rangent en faveur d’un gouvernement Gantz, même si Lapid en ferait partie », a-t-il écrit.

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