Les pèlerins byzantins achetaient déjà des flasques « souvenirs »
Découverts dans le désert de Judée, ces artefacts datant de 1 400 ans témoignent de l'existence d'une "florissante industrie du pèlerinage chrétien" au service de visiteurs venus de tout l'Empire romain
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Des archéologues israéliens ont récemment fait une grande découverte : celle des outils utilisés il y a de cela près de 1 400 ans pour fabriquer les souvenirs vendus aux voyageurs venus en Terre d’Israël voir de leurs yeux les lieux associés à la vie de Jésus et des saints, en un temps où le christianisme s’imposait comme la religion dominante de l’Empire romain.
Ce moule byzantin utilisé pour la fabrication de petites flasques ornées d’une croix très travaillée et revêtues de l’inscription en grec « Bénédiction du Seigneur depuis les lieux saints » est l’un des artefacts les plus remarquables découverts il y a peu sur le site archéologique d’Hyrcania, dans le désert de Judée, en Cisjordanie, ont déclaré au Times of Israel des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem.
L’inscription a été déchiffrée par le Dr Avner Ecker.
Leurs découvertes comptent par ailleurs des pièces d’or, une bague et le couvercle d’un reliquaire en pierre.
Le moule en calcaire servait à fabriquer des flasques autrement appelées « ampoules », qui devaient être des cadeaux ramenés chez eux par les pèlerins.
Un grand nombre de fioles similaires, datées des VIe/VIIe siècles de notre ère, ont été découvertes dans la cathédrale de Monza, dans le nord de l’Italie, offertes par le roi et la reine du VIIe siècle, Agilulf et Théodolinde.
« Ces flasques, qui correspondent à l’apogée de la période byzantine en Terre d’Israël, sont un témoignage de la florissante industrie du pèlerinage chrétien », explique l’archéologue Michal Haber, co-directrice des fouilles à Hyrcania avec le Dr Oren Gutfeld.
La troisième saison de fouilles, qui a commencé le mois dernier, est en cours et ce moule est l’une des découvertes les plus récentes. Même si leurs recherches en sont encore à un stade peu avancé, Gutfeld assure que, pour l’heure, ils n’ont pas connaissance de l’existence d’un semblable artefact.
Ces fouilles sont un projet conjoint de l’Université hébraïque et de l’Unité d’archéologie de l’Administration civile, une branche du Coordinateur des affaires gouvernementales dans les territoires relevant du ministère de la Défense, chargée de gérer les affaires civiles en Cisjordanie.
Elles mêlent fouilles protectrices et recherches académiques, les archéologues expliquant qu’il s’agit en partie d’empêcher les pillards de davantage endommager le site (selon l’interprétation dominante donnée du droit international, Israël n’est autorisé qu’à mener des fouilles protectrices, et non académiques, en Cisjordanie).
« Depuis près d’un siècle, ce site a subi de considérables pillages et actes de vandalisme. Nous ne faisons que tenter de prendre de vitesse les pilleurs d’antiquités », précise Haber lors d’une interview téléphonique. « C’est la raison pour laquelle nous avons lancé ce projet, au-delà même de son considérable potentiel de recherche. »
Hyrcania a été établie par des souverains hasmonéens entre la fin du IIe et le début du Ier siècle avant notre ère, qui en ont fait l’un des nombreux palais forteresses du désert destinés à protéger la frontière orientale de leur royaume.
Détruite par les Romains quelques décennies plus tard, elle fut ensuite reconstruite par le roi judéo-romain Hérode le Grand et rapidement désertée à sa mort, à la toute fin du Ier siècle avant notre ère.
Au Ve siècle de notre ère, le site fut repeuplé par des moines chrétiens.
En 492 de notre ère, des sources historiques attestent que Saint Sabas, un chef du monachisme du désert judéen, a gravi ce qu’il a décrit être une « montagne terrifiante » pour y établir le monastère, conçu comme une dépendance de la grande Laura de Saint-Sabas voisine, monastère qui surplombe la vallée du Kidron et est encore utilisé, relevant de l’Église orthodoxe grecque.
Le monastère d’Hyrcania a survécu à la conquête islamique en 636 de notre ère mais est tombé en désuétude à la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle de notre ère.
Les archéologues travaillent à la fois sur les vestiges de la fin de la période du Second Temple (vers 510 avant notre ère – 70 de notre ère) et sur l’époque byzantine.
La datation du site repose sur un croisement des sources écrites (l’historien romain-juif du Ier siècle Flavius Josèphe concernant les périodes hasmonéenne et hérodienne et le moine Cyrille de Scythopolis, au VIe siècle, en ce qui concerne la fondation du monastère) et des preuves archéologiques, à commencer par la stratigraphie et le contexte archéologique, le style de construction, la typologie des poteries, la datation numismatique et l’épigraphie, explique Haber.
« Pour l’heure, nous estimons, à titre provisoire, que ce moule indique que des flasques se sont fabriquées ici durant la phase monastique byzantine, ce qui plaide en faveur de son statut d’étape sur le chemin des pèlerins », poursuit Haber.
Gutfeld et elle précisent bien qu’ils n’en sont pas certains mais que plusieurs éléments plaident en faveur de la visite de ce monastère construit en Hyrcanie – également appelé « Castellion » ou « petite forteresse » en grec – par les pèlerins. Le site n’était en effet pas très éloigné de la route principale entre Jérusalem et Jéricho et se situait entre le saint monastère de Sabas et Bethléem. D’autres sites de pèlerinage, tels que le Mont du Bouc Émissaire et le Mont de la Tentation, se trouvaient également à quelques kilomètres.
« D’après ce que nous avons découvert, nous pouvons dire que ce monastère était prospère », ajoute Haber.
Depuis le début des fouilles en 2023, les archéologues ont trouvé de nombreux témoignages sur la vie de ce monastère, dont une précieuse inscription peinte en rouge, sous une croix, sur le côté d’une grande pierre, paraphrasant une partie du Psaume 86 en grec utilisé dans le Nouveau Testament, ainsi que des vestiges de mosaïques colorées.
Ces dernières semaines, ils ont également découvert le couvercle d’un petit reliquaire qui devait contenir des os ou des restes d’un saint ainsi qu’un fragment d’une autre inscription grecque byzantine, possiblement une pierre tombale, qui, selon la première interprétation d’Ecker, pourrait signifier : « Christ… Pau[lus]… Serviteur de Dieu. »
« Il y a de cela deux semaines, nous avons découvert une autre inscription grecque que nous n’avons pas encore réussi à déchiffrer », souligne Gutfeld.
Un enfant qui a participé aux fouilles avec un groupe de bénévoles a, par hasard, trouvé un petit fragment de pierre revêtu de deux lettres hébraïques : un shin et un lamed.
« C’est la première inscription en hébraïque découverte sur ce site », explique Gutfeld. « Elle appartient résolument à la période du Second Temple. »
Au même endroit que le moule a été découvert, sous une couche créée par l’effondrement d’une partie de la structure du monastère, les archéologues ont par ailleurs découvert deux pièces d’or et une bague en or.
Les pièces présentent une croix d’un côté et le portrait de l’empereur byzantin Héraclius de l’autre. Faites d’or pur, elles s’appelaient solidi et pesaient 4,5 grammes. Elles furent frappées à Constantinople (l’actuelle Istanbul) entre 613 et 641 de notre ère
La bague en or est de style byzantin typique. Une pierre jaune, possiblement une citrine, est incrustée dans l’anneau.
« Il est certain que la taille de la bague ne correspond pas à un moine », assure Haber. « Elle devait donc appartenir à une femme. »
Selon les archéologues, l’anneau aurait pu appartenir à un pèlerin venu visiter le monastère, même si, ajoutent-ils, des sources attestent de la présence de moines et de couvents dans la région à cette époque.
Les archéologues ont pour projet de fouiller encore quelques mois, dans l’espoir de découvrir d’autres artefacts et vestiges de nature à donner un éclairage sur la vie du monastère et la forteresse plus ancienne.
« Il y a encore tant de choses à découvrir », concluent ensemble Gutfeld et Haber.
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