Les prévisions d’Isaac Asimov pour 2019
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Les prévisions d’Isaac Asimov pour 2019

En 1949, George Orwell s'était plongé 35 ans en avant pour écrire 1984. À la veille de 1984, un journal canadien avait demandé la même chose à un autre auteur de science-fiction

Le scientifique et auteur de science-fiction célèbre Isaac Asimov lors d'une interview télévisée en 1988. (capture d'écran YouTube)
Le scientifique et auteur de science-fiction célèbre Isaac Asimov lors d'une interview télévisée en 1988. (capture d'écran YouTube)

Vers la fin de l’année 1983, le journal canadien The Star avait fait appel au célèbre auteur de science-fiction et futurologue professionnel Isaac Asimov pour partager ses prévisions sur la vie sur Terre en 2019.

La nouvelle année, 1984, était l’année des célébrités, rendue fameuse par la dystopie de Georges Orwell, 1984. Le livre publié en 1949 faisait un bon de 35 ans dans le futur. Alors que l’année 1983 s’apprêtait à tirer sa révérence, The Star avait alors demandé à Isaac Asimov d’en faire autant. Ses prédictions étaient alors bien plus optimistes.

Si l’on pardonne au maître juif de la science-fiction ses prévisions enthousiastes d’un anneau en orbite de stations spatiales alimentées par le soleil au-dessus de l’Équateur, plusieurs éléments de son article d’oracle ont vu juste.

Tout d’abord, les ordinateurs. En 1984, les ordinateurs sont déjà « devenus indispensables aux gouvernements des nations industrialisées », mais d’ici 2019 ils feront « partie du décor d’une maison », avait-il prédit.

Les effets de l’ordinateur mobile se feront ressentir, a-t-il écrit. « Accessoire essentiel, l’objet informatisé mobile, ou robot, est déjà très présent dans l’industrie et fera son entrée dans les maisons au cours de la prochaine génération. »

Il deviendra aussi présent dans les pays en voie de développement que dans les pays occidentaux. « La complexité croissante de la société rendra [l’ordinateur] indispensable, sauf en cas de chaos imminent ; et ces régions du monde qui n’arriveront pas à suivre dans le domaine en souffriront tellement des conséquences que leur gouvernement réclameront l’informatisation comme ils réclament aujourd’hui des armes. »

Image d’illustration d’un homme utilisant un ordinateur portable. (iStock by Getty Images / Suradech14)

L’auteur n’aurait pas été surpris par la Chine de Xi Jinping ou le boom des hautes-technologies en Inde.
Mais il avait prévenu que la transition d’une société industrielle vers une société informatisée serait douloureuse.

« Avant la Révolution industrielle, la majorité de l’humanité travaillait dans l’agriculture et des professions indirectement liées. Après l’industrialisation, le passage des fermes aux usines fut rapide et douloureux. Avec l’informatisation de la société, la transition sera plus rapide et en conséquence, encore plus douloureux. »

De nouveaux emplois seront créés pour remplacer ceux que les ordinateurs auront rendus obsolètes, assure-t-il aux lecteurs, « cependant, les emplois créés ne seront pas identiques à ceux détruits, et dans les exemples passés similaires, le changement n’aura jamais été aussi radical. »

En d’autres termes, « la prochaine génération vivra une transition difficile, car des millions de gens peu formés ne seront pas en mesure d’occuper les emplois les plus nécessaires. »

Les ordinateurs priveront d’emploi un certain type de travailleur, ceux dont « le travail est suffisamment simple, suffisamment répétitif et suffisamment abêtissant pour détruire les esprits bien équilibrés des gens qui ont eu le malheur d’occuper ces fonctions pendant de nombreuses années afin de gagner leur vie, mais un travail dont la complexité demeure supérieure aux capacités de machines qui ne sont pas informatisées. »

En résumé, pour les futurs travailleurs : « la formation doit subir un vaste changement et des populations entières devront se familiariser avec les ordinateurs et savoir s’en servir pour faire face à un monde de hautes-technologies. »

Il a compris ce que les ordinateurs pouvaient apporter à l’éducation et à l’accès aux informations – « L’éducation… sera révolutionnée par l’élément à l’origine-même de cette révolution, l’ordinateur. Les écoles existeront toujours, incontestablement, mais un bon enseignant sera celui qui suscite la curiosité que ses élèves pourront satisfaire chez eux derrière leur ordinateur. Tous les jeunes, et tout un chacun, auront alors l’occasion d’apprendre ce qu’ils veulent apprendre, quand ils le voudront, à leur rythme, à leur manière. Apprendre deviendra amusant et naîtra d’un désir intérieur, ce ne sera plus une contrainte venue de l’extérieur. »

La plus grande erreur de l’écrivain dans ses 1 900 mots de prévisions concerne sans doute la conquête de l’espace par l’humanité en 2019.

Le télescope Hubble vu depuis la navette Discovery, février 1997. (NASA/Domaine public)

« En 2019, nous reviendrons en force sur la Lune », affirmait-il aux lecteurs. « En plus des Américains une autre force internationale d’une certaine taille s’y installera. Pas pour ramasser des pierres lunaires uniquement, mais pour y établir une exploitation minière qui traitera le sol de la Lune et le transportera dans des endroits de l’espace où il pourra être fondu pour former des métaux, de la céramique, du verre et du ciment – des matériaux de construction pour de grandes infrastructures qui seront mises en orbite autour de la Terre. »

Parmi ces infrastructures, il évoque une « ceinture » spatiale le long de l’équateur de centrales solaires alimentant en énergie l’humanité, qui, en raison de la nécessité technique de partager cette énergie venue de l’espace, ne se déclarera plus la guerre. »

Mais il n’avait pas entièrement tort au sujet de l’espace. Il s’attendait également à ce que « des observatoires soient construits dans l’espace pour accroître nos connaissances sans commune mesure. » Hubble, Chandra, le futur Webb et d’innombrables télescopes stationnés dans l’espace permettent aux scientifiques d’observer les étoiles sans être gênés par l’atmosphère et de voir des milliards d’années dans le futur, dans le cœur des galaxies et dans les immenses rayons X projetés dans l’univers par des trous noirs géants.

Enfin, il prévoyait que l’humanité trouverait avec l’espace une solution simple à un problème épineux et éternel : où mettre tous les déchets ?

« L’espace, vous voyez, est beaucoup plus volumineux que la surface de la Terre, il s’agit donc d’un entrepôt bien plus utile pour les déchets inéluctables créés par l’industrie », notait-il.

« Il n’existe pas non plus d’êtres vivants dans l’espace qui souffriront de cet afflux de déchets. Ces déchets ne resteront même pas dans les environs de la Terre puisqu’ils seraient balayés au-delà de la ceinture d’astéroïdes par le vent solaire. »

« La Terre sera alors en position de se débarrasser des effets collatéraux de l’industrialisation, sans pour autant se débarrasser de ses bienfaits indispensables. Les usines partiront [dans l’espace], mais pas loin, à quelques milliers de kilomètres dans les airs seulement. »

Cependant, toujours pas de déchets dans l’espace, ni d’énergie venant de là-haut. Mais pour les enfants s’amusant derrière un ordinateur, il avait bel et bien raison.

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