Les roquettes font-elles éclater la bulle de Tel Aviv ? Oui et non
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Les roquettes font-elles éclater la bulle de Tel Aviv ? Oui et non

Les résidents et les touristes de la ville tentent de vivre une journée "normale" quelques heures après la pluie de roquettes de Gaza sur le sud et le centre du pays

La place Habima à Tel Aviv, habituellement bondée, construite au-dessus du plus grand refuge antiaérien de la ville, vide dans l'après midi du 12 novembre 2019 (Crédit :  Melanie Lidman/Times of Israel)
La place Habima à Tel Aviv, habituellement bondée, construite au-dessus du plus grand refuge antiaérien de la ville, vide dans l'après midi du 12 novembre 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

La bulle de Tel Aviv est habituellement capable de faire face aux cycles tempêtueux de l’actualité israélienne par une ondulation à peine ressentie dans son espresso hors de prix – mais une salve de roquettes qui s’est abattue mardi matin dans la région de Dan a entraîné un calme inhabituel et quelque peu inquiétant dans les rues de la ville.

Les bars, qui rengorgent de clients à l’ordinaire, ont commencé à se remplir lentement à la mi-journée même si les rues et les parcs sont restés vides. Alors que de nombreuses écoles et bureaux sont restés fermés, les parents ont tenté de permettre à leurs enfants de libérer leur trop-plein d’énergie, dans ces circonstances, en jonglant avec leurs communications professionnelles et leurs réunions à distance.

« Elle devait être à la Maternelle aujourd’hui, mais l’établissement est resté fermé et nous sommes donc venues ici », explique Noam Koren, la mère de Noga, âgée de huit mois, au Times of Israel, dans un petit parc municipal situé à l’extrémité du boulevard Rothschild. « On est venues ici pour sortir de la maison ».

Koren ajoute qu’habituellement, ce secteur proche de la place Habima, où se dresse le théâtre national, est extrêmement fréquenté, même en semaine.

« Il semble qu’il n’y ait personne », dit Koren.

Le parking souterrain de la place Habimah est le plus grand abri antiaérien de Tel Aviv, avec une capacité de 2 000 personnes. Toutefois, la place en elle-même est complètement déserte et seuls peu de clients sont installés dans les restaurants avoisinants.

Avec la fermeture des écoles et des crèches de Tel Aviv, les parents emmènent leurs enfants au parc – comme celui de l’angle du boulevard Rotschild, le 12 novembre 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Koren et sa mère, Levana Carmi, indiquent avoir choisi ce parc situé aux abords de la place parce qu’il est proche de leur habitation et non en raison de la présence de cet abri antiaérien public.

« Si les sirènes se font entendre, on a une minute et demi », note Carmi.

« On fait comme d’habitude, on suit les directives données par les autorités et on attend de voir ce qu’il se passe », ajoute-t-elle.

Alors que le ciel est ensoleillé et qu’il fait une température estivale de 30 degrés dehors, les plages restent étonnamment vides, accueillant majoritairement des touristes troublés.

« Je ne sais pas vraiment comment je dois me sentir, c’est la première fois que je viens ici », s’exclame Alessandro Morello, actuellement en voyage d’affaires au sein de l’Etat juif. « Je pense que j’ai entendu l’alerte à huit heures et nous devions aller à une réunion. Mais les clients l’ont annulé », ajoute-t-il.

« Je n’ai même pas entendu la sirène », renchérit son collègue de travail, Alessandro Carminati.

Les amoureux de la plage à Tel Aviv, le 12 novembre 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Les deux hommes réalisent soudainement qu’ils ignorent totalement le protocole à suivre en cas de nouvelle alerte.

« Qu’est-ce qu’il faut faire ? », interroge Morello. « Nous sommes d’Italie, alors tout ça nous est étranger. On ne sait pas trop quoi penser. Cela fait vingt ans que je voyage et une chose pareille ne m’est jamais arrivée. Même quand on a été en Turquie et qu’il y a eu des problèmes, cela n’impliquait pas que des clients annulent des rencontres avec nous ».

D’autres touristes n’ont absolument pas entendu parler des roquettes.

« Ce matin, le personnel de l’hôtel nous a dit de faire attention à nous, mais j’ai pensé que c’était juste une manière d’être agréable. Je ne savais pas qu’il y avait des roquettes lancées depuis Gaza », s’exclame Ho Pakyu, 32 ans et originaire de Hong-Kong, dont c’est le premier séjour en Israël.

« Tout a l’air normal, je me sens très en sécurité ici. Je fais confiance au gouvernement israélien, je sais que le gouvernement israélien peut gérer ça. J’ai entendu beaucoup de choses sur le conflit entre Israël et les pays voisins mais je me sens encore en sécurité dans cet environnement, vraiment », dit-il.

Une piste cyclable inhabituellement déserte au coeur de Tel Aviv, sur le boulevard Rothschild, le 12 novembre 2019 (Crédit :Melanie Lidman/Times of Israel)

D’autres Israéliens posent un regard plus cynique sur la situation. « Ça émane probablement du Premier ministre, pour qu’il puisse sauver sa peau », dit Tal, avocat d’une trentaine d’années qui travaille « à distance » en compagnie de quatre amis dans un bar.

« On est un peu sceptiques. Je pense qu’il y a une situation sécuritaire particulière mais je pense qu’elle a été plus ou moins initiée par Netanyahu pour effrayer les citoyens et créer un sentiment de choc. Netanyahu sait que ça va l’aider à gagner quelques sièges de plus aux élections qui, nous le savons tous, seront organisées dans les prochains mois », continue Tal.

Le restaurant Rothschilda de Tel Aviv, le 12 novembre 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Un groupe d’amis sirote un jus d’orange frais sur le boulevard Rothschild, en bas de la rue. « C’est Israël. Qu’il y ait des sirènes, ce n’est pas nouveau », dit Shir, manager en communication de 32 ans dans une entreprise de cartes de crédit.

« On n’a pas peur, on a confiance. Ce n’est pas la première fois que ça arrive et ce n’est pas comme si nous nous trouvions dans le sud du pays, où ça va vraiment mal. Il y a cette euphorie, à Tel Aviv, de se croire dans une bulle », ajoute-t-elle.

Elle explique que son bureau a d’abord été fermé pour la journée mais qu’elle a reçu un message à 10 heures 30 lui disant qu’elle pouvait s’y rendre, des abris antiaériens se trouvant à proximité des locaux.

Elle rit lorsqu’on lui demande si elle va aller à son bureau.

« Sûrement pas, c’est comme une journée de congé. Je vais voir ce qu’il se passe aujourd’hui, mais je ne vais pas rester enfermée chez moi », s’exclame-t-elle.

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