Les startups d’un concours de design israélien sollicitées contre l’épidémie
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Les startups d’un concours de design israélien sollicitées contre l’épidémie

Le concours Time to Care, en partenariat avec l'OMS, vise à lutter contre les problèmes de santé publique ; ses lauréats ont désormais un nouvel objectif : vaincre le coronavirus

  • Dr Dorit Nitzan, (au centre), avec l'équipe Essential au concours Time to Care, 8-9 janvier 2020. (Autorisation)
    Dr Dorit Nitzan, (au centre), avec l'équipe Essential au concours Time to Care, 8-9 janvier 2020. (Autorisation)
  • L'équipe Skinly dessine un prototype de vêtement, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
    L'équipe Skinly dessine un prototype de vêtement, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
  • L'équipe Skinly teste son prototype de vêtement, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
    L'équipe Skinly teste son prototype de vêtement, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
  • Une photo lors du concours Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
    Une photo lors du concours Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
  • Le directeur général adjoint du ministère de la Santé, Itamar Grotto, (au centre) juge la présentation finale d'EnRoute lors du concours Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
    Le directeur général adjoint du ministère de la Santé, Itamar Grotto, (au centre) juge la présentation finale d'EnRoute lors du concours Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
  • Tamar Many, co-fondatrice de MindState, (au centre), discute avec les participants de Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)
    Tamar Many, co-fondatrice de MindState, (au centre), discute avec les participants de Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

En janvier, un concours de design israélien a récompensé des équipes composées de jeunes esprits créatifs pour avoir résolu des problèmes dans les domaines des soins de santé et de la santé publique. Quelques mois plus tard, la pandémie de coronavirus crée l’occasion de mettre les propositions du concours à l’épreuve dans la vie réelle.

Appelé Time to Care, ce concours basé à Tel Aviv est soutenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le plus grand hôpital de Tel Aviv, le Sourasky Medical Center. Il s’est déroulé les 8 et 9 janvier – avant l’épidémie mondiale – et s’est concentré sur la manière dont la pensée créative en matière de design peut stimuler les secteurs stagnants des soins de santé et de la santé publique.

Les équipes gagnantes développent désormais leurs projets en tant que startups à part entière, avec un nouvel objectif important : concentrer leur énergie sur la fourniture de solutions de santé publique pour l’épidémie de COVID-19. Leurs efforts sont soutenus par l’OMS, Sourasky et MindState, une startup israélo-américaine qui a accueilli l’événement.

EnRoute, le grand gagnant du concours de janvier, a remporté l’or avec sa proposition de solution pour le transport des patients à l’hôpital. En analysant l’hôpital Ichilov de Sourasky, il a constaté que 1 400 patients sont déplacés chaque jour dans les installations médicales, de bâtiment en bâtiment, avec un temps de transfert moyen de 36 minutes.

Pour accroître l’efficacité, l’équipe a proposé de combiner les services de transport et de navigation avec des pratiques hospitalières sûres et conformes à l’hygiène – pour créer une sorte de service Uber pour le déplacement des patients à l’hôpital. Le système offrirait également aux hôpitaux l’accès à des données en temps réel ainsi qu’à un historique des déplacements des patients, leur permettant ainsi de réagir rapidement aux embouteillages et aux urgences.

EnRoute lors de la présentation finale du programme Time to Care, le 14 janvier 2020. (Autorisation)

Aujourd’hui, après une validation de principe réussie avec l’hôpital Ichilov, EnRoute s’est recentré sur le suivi et le déplacement des patients atteints de coronavirus, les tests et les appareils respiratoires.

« En fournissant des données de suivi des transports et des équipements hospitaliers, nous pouvons aider à contenir plus efficacement la propagation des personnes et des équipements infectés », a déclaré Ori Shelma, co-fondateur d’EnRoute et étudiant diplômé en ingénierie biomédicale au Technion de Haïfa – Institut de technologie d’Israël.

L’un des partenaires américains de Shelma, Tony Liebel, chef d’entreprise d’EnRoute et étudiant en MBA à l’école Cornell Tech, est tout aussi optimiste quant aux avantages d’EnRoute à l’ère du COVID-19.

« EnRoute jouit d’une position unique pour aider les hôpitaux du monde entier à mieux comprendre la localisation des patients contagieux et ‘sains' », a déclaré M. Liebel. « En connaissant ces emplacements et en ayant l’historique de l’endroit où ils ont été dans l’hôpital, EnRoute peut déterminer rétroactivement si un patient contagieux a pu infecter une fois qu’il a été testé ».

Le directeur général adjoint du ministère de la Santé, Itamar Grotto, (au centre) juge la présentation finale d’EnRoute lors du concours Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

Bien que la start-up ait été conçue en Israël, la collaboration se poursuit au-delà des frontières alors que l’équipe s’empresse de diffuser son produit.

« EnRoute fait de multiples demandes de subventions gouvernementales COVID-19, en Israël et aux États-Unis », a déclaré M. Liebel. « Nous essayons d’apporter rapidement ce produit aux opérations hospitalières qui en ont le plus besoin. »

Time to Care a décerné un deuxième grand prix, au nom de l’OMS, à Essential (précédemment intitulé Eshe), un projet qui proposait une solution aux problèmes de santé des réfugiés.

Comme les réfugiés arrivent dans les cliniques de l’OMS sans informations médicales, l’équipe a mis au point une « carte de santé » numérique pratique et sûre. Contenant des données vitales du dossier médical, la carte serait stockée dans le nuage, accessible en plusieurs langues et disponible partout où les patients solliciteraient des soins.

L’équipe Essential avec le Dr Dorit Nitzan de l’Organisation mondiale de la santé (deuxième à partir de la droite), le professeur Ronni Gamzu, PDG du centre médical Sourasky de Tel Aviv (troisième à partir de la droite), et Henk van Assen, (deuxième à partir de la gauche) et Tamar Many (à gauche), cofondateurs de MindState, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

Le projet couvre désormais un champ plus large que celui des réfugiés et s’adresse à toutes les populations vulnérables.

« Alors que le monde est frappé par une pandémie, à laquelle les populations vulnérables sont les plus exposées, améliorer l’accès aux dossiers médicaux est un besoin impérieux auquel nous sommes déterminés à répondre », explique Leif Reinert, cofondateur d’Essential et étudiant en MBA à la Cornell Tech.

« Chaque jour, maintenant encore plus amplifié à cause de la crise de santé publique, des gens meurent à cause d’erreurs de traitement qui auraient pu être évitées si plus d’informations étaient disponibles pour les prestataires de soins », ajoute-t-il.

Pour Essential, il est vital de continuer à travailler avec l’OMS pour assurer son succès.

Une photo lors du concours Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

« Avoir l’Organisation mondiale de la santé comme partenaire est un élément capital pour faire d’Essential une réalité », souligne Leif Reinert.

Dorit Nitzan, directrice de la préparation aux situations d’urgence au Moyen-Orient et en Europe à l’OMS, est du même avis.

« Les deux idées [lauréates] sont des choses dont nous avons besoin dans le cadre du programme d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé », indique Mme Nitzan à propos d’EnRoute et d’Essential. « Si elles sont développées de la bonne manière, alors nous avons un brillant avenir ensemble ».

En dehors des projets gagnants, d’autres idées développées à l’occasion de Time to Care ont rencontré suffisamment de succès pour susciter l’intérêt en tant que solutions de santé publique innovantes à la contagion mondiale.

L’équipe Skinly teste son prototype de vêtement, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

La préparation aux situations d’urgence, un projet conjoint entre les étudiants de Cornell Tech et des concepteurs israéliens, vise à utiliser des données médicales pour géocartographier le risque précis de quartiers et de lieux spécifiques, ce qui permet de contenir les épidémies. Skinly, qui compte des étudiants de Cornell Tech et du Technion ainsi qu’un designer israélien et un designer néerlandais, s’attaque aux infections nosocomiales grâce à une combinaison unique qui réduirait le transfert de bactéries. Les deux projets sont en cours de développement.

Les équipes du concours, intentionnellement multidisciplinaires et multinationales, étaient composées de plus de 100 étudiants en ingénierie et en MBA des écoles Cornell Tech et Technion, aux côtés de designers israéliens officiant dans des entreprises telles que Facebook, Waze et Wix, ainsi que de professionnels de la santé de Sourasky et de son hôpital Ichilov. Ce mélange d’Américains, d’Israéliens, d’universitaires et de professionnels s’est avéré favorable à la création des solutions, commentent les organisateurs du concours.

L’équipe Skinly réalise son prototype de vêtement, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

« Il est clair que beaucoup des grands problèmes qui nous entourent ne peuvent pas être résolus par des individus seuls », indique Henk van Assen, professeur à Yale et co-fondateur de l’organisateur de l’événement MindState. « Notre modèle permet à des étudiants et à des professionnels d’horizons divers d’apporter leur meilleure réflexion et leur meilleure action, et de répondre à certains des défis les plus complexes de la société ».

Pour le professeur Ronnie Gamzu, directeur du centre médical Sourasky, cela s’est avéré utile pour le type de problèmes auxquels il est confronté à l’hôpital.

Le membre du jury Ronnie Gamzu lors du concours Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

« Nous avons besoin d’innovation », souligne M. Gamzu. « L’hôpital est une structure très complexe. Nous avons des défis à relever dans les services médicaux, cliniques et opérationnels. Nous devons repenser nos services, et pour ce faire, nous avons besoin d’esprits frais. Ici, nous en avons une mine d’or ».

Mme Nitzan, de l’OMS, reconnaît l’efficacité du modèle. « J’ai l’habitude d’être entourée de gens qui partagent les mêmes idées, qui ont tous les mêmes dogmes et pour lesquels il est très difficile de sortir des sentiers battus », explique-t-elle. « Ici, vous réunissez des gens d’autres expériences, d’autres domaines, d’autres continents, d’autres secteurs et, surtout, des jeunes. Alors que nous sommes habitués à dire ‘ce n’est pas bon, ça ne peut pas marcher’, cette génération apporte littéralement de l’espoir ».

Elle a également salué les efforts des participants – dont certains visitaient Israël pour la première fois et n’ont pas profité des attractions de Tel Aviv afin de se consacrer au bien commun.

Dr Dorit Nitzan, (au centre), avec l’équipe Essential au concours Time to Care, 8-9 janvier 2020. (Autorisation)

« Installés ici dans cette belle ville, avec la mer Méditerranée à l’horizon, ils sont ici en intérieur, travaillant sans arrêt, pensant aux autres », se félicite Mme Nitzan.

« Ils sont dynamiques, enthousiastes, et comprennent vraiment ce qu’ils cherchent – même quand ils ne trouvent pas de réponse, ils continuent à chercher. C’est la chose la plus importante en matière d’innovation », estime M. Gamzu.

Alors que ces projets ont commencé par s’attaquer à des problèmes dans l’abstrait, ils se trouvent aujourd’hui confrontés à une crise de santé publique redoutable dans le monde réel, où beaucoup de choses sont en jeu.

« Nous les aidons à passer rapidement de l’idéation à la mise en œuvre, en combinant l’idéalisme de la concurrence avec le pragmatisme nécessaire en ce moment », indique Tamar Many, co-fondatrice de MindState et professeure au Shenkar College of Engineering and Design de Tel Aviv.

Tamar Many, co-fondatrice de MindState, (au centre), discute avec les participants de Time to Care, les 8 et 9 janvier 2020. (Autorisation)

Mme Nitzan, de l’OMS, est convaincue du potentiel de ces groupes.

« Notre objectif est de sauver trois milliards de vies au cours des cinq prochaines années à l’échelle mondiale », souligne-t-elle, « où un milliard de personnes seront concernées par la prévention, le traitement, la préparation et la réponse aux situations d’urgence. Les outils que nous voyons ici contribueront, espérons-le, à sauver une partie de ce milliard ».

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