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Libéré, Fabien Azoulay revient sur son arrestation et sa détention en Turquie

"Maintenant que je suis libre, on va tout faire pour que mon nom soit lavé de cette fausse accusation", a expliqué M. Azoulay, libéré mardi dernier après quatre ans de détention

Fabien Azoulay, un homme homosexuel juif français qui a purgé une peine de prison en Turquie pour des délits liés à la drogue. (Autorisation : famille Azoulay, via JTA)
Fabien Azoulay, un homme homosexuel juif français qui a purgé une peine de prison en Turquie pour des délits liés à la drogue. (Autorisation : famille Azoulay, via JTA)

« Je me sens beaucoup mieux qu’à mon incarcération. Je me sens soulagé, heureux d’être avec mes proches, ma famille, mes amis », a affirmé Fabien Azoulay vendredi soir sur l’antenne de BFMTV. « Je ne réalise pas encore complètement. C’est comme un atterrissage en douceur. »

Franco-Américain condamné pour « détention de stupéfiants » à presque 17 ans de prison en Turquie, puis à cinq ans d’emprisonnement à Paris le mois dernier après son transfert en France, l’homme a été libéré mardi dernier dans le cadre d’un aménagement de peine.

« Ce dénouement doit tout à l’obstination de ses soutiens, à la rigueur juridique et à la diplomatie. Convaincus de son innocence, nous n’avons jamais cédé à la tentation de découragement », se sont réjouis ses avocats Mes Carole-Olivia Montenot et François Zimeray dans un communiqué.

« C’est pour Fabien la fin d’un long calvaire et pour nous, une victoire émouvante. Quatre années d’une détention injuste et brutale qui le marqueront à vie », ont-ils ajouté.

Sur BFM, M. Azoulay est revenu sur ses premiers moments de liberté, mardi. « Mon frère est venu me chercher à la prison de la Santé. On est allé prendre un café avec l’un de mes avocats, et mon frère », a-t-il affirmé. La décoration du bistrot est comme un clin d’œil : « J’avais d’un côté la statue de la Liberté, de l’autre la tour Eiffel. Moi qui suis Franco-Américain, avoir d’un côté New York, de l’autre Paris, c’était assez symbolique. » Après son café, et une cigarette, il affirme que « ces gestes simples, pour moi, c’était un cadeau ».

Fabien Azoulay, 43 ans, avait été interpellé à Istanbul en 2017 en possession de GBL, un solvant classé comme « stupéfiant » et interdit en Turquie, mais répertorié en France seulement comme « substance vénéneuse ». Ingérée en petite quantité, elle peut être utilisée comme excitant sexuel.

En Turquie pour réaliser des implants capillaires, il était accusé d’avoir acheté sur internet un bidon de GBL, livré à son hôtel. Il ignorait, selon ses avocats, que ce produit y était interdit.

Après quatre années de détention, marquées par des violences en raison de sa religion juive et de son homosexualité selon ses avocats, il avait été transféré en France le 17 août.

« La terre s’est ouverte sous mes pieds, encore pire que mon incarcération », s’est-il remémoré après sa condamnation en Turquie à 16 ans et 8 mois de prison. « Je découvre un mauvais film policier, des cellules avec 50-60 personnes confondues. Je me dis, c’est un film, une caméra cachée. Je me dis que quelque chose va se passer. »

Fabien Azoulay. (Crédit : Comité de soutien de Fabien Azoulay)

Affirmant ne s’être « jamais présenté en tant que Juif ou homosexuel », son orientation sexuelle et sa religion ont néanmoins peser lourdement sur son quotidien en détention, lui qui est passé par trois prisons turques. « J’ai eu plusieurs fois peur pour ma vie », assure-t-il. « Un détenu m’a agressé, qui était arrivé deux jours auparavant dans la cellule. Il m’a envoyé une bouilloire d’eau chaude sur le corps, le visage, en criant ‘Allahu akbar’. Clairement, quelqu’un lui avait dit que j’étais Juif ou homo. » « Avoir un nom de famille comme le mien, c’est comme une carte de visite, avec un tampon dessus », a ajouté Fabien Azoulay.

Le 1er octobre dernier, le tribunal correctionnel de Paris avait ramené, dans le cadre de l’accord de transfèrement conclu entre la France et la Turquie, sa condamnation à cinq ans de prison. Il s’agit de la peine maximale en France pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un délit » et « recel de délit », en l’occurrence la vente de GBL. 

Le tribunal avait en revanche rejeté sa demande de mise en liberté.

Ses avocats avaient alors déposé une demande d’aménagement de peine, « qui a conduit à sa libération » mardi, ont-ils précisé dans le communiqué.

Le transfèrement de M. Azoulay en France avait été obtenu lors d’un échange entre Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, en marge du sommet de l’Otan le 14 juin, avaient indiqué l’Élysée et les avocats de M. Azoulay.

« Maintenant que je suis libre, on va tout faire pour que mon nom soit lavé de cette fausse accusation », a expliqué M. Azoulay. « Comment un touriste français aurait pu savoir que ce produit était interdit ? », a-t-il fait valoir.

« Je vais me reconstruire, essayer d’apprécier les petites choses de la vie, les feuilles de l’automne, le froid parisien. C’est une renaissance pour moi. Et à un moment ou à un autre, retourner chez moi à New York », a-t-il conclu lors de son entretien.

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