‘L’Intifada du goutte-à-goutte’ qui ne s’arrêtera pas
Rechercher
Analyse

‘L’Intifada du goutte-à-goutte’ qui ne s’arrêtera pas

Alors que les attaques ne sont pas aussi nombreuses, ou dévastatrices, que celles des soulèvements de 1987 et de 2000, elles ne vont probablement pas s’arrêter bientôt

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Des soldats de l'armée israélienne à Hébron (Crédit photo : Yonatan Sindel/Flash90)
Des soldats de l'armée israélienne à Hébron (Crédit photo : Yonatan Sindel/Flash90)

Si les Israéliens ont pensé l’espace d’un instant que la récente vague d’attaques terroristes allait diminuer, voire cesser, les événements de samedi ont constitué un rappel très dur. Il n’y a pas de recrudescence ordinaire des attaques, et malheureusement, cela ne risque pas d’avoir lieu tout de suite.

Il s’agit plus d’un « goutte-à-goutte » d’attaques sporadiques. Pendant 17 jours consécutifs, il y a eu seulement une journée sans attaque terroriste ou tentative d’attaque. Le goutte-à-goutte ne s’arrête pas, et les Palestiniens appellent cela l’Intifada Al Quds, ou l’Intifada de Jérusalem.

Bien sûr, il y aura ceux qui disent que la situation actuelle n’a rien à voir à la dureté de la Deuxième Intifada de 2000, ou la Première Intifada de 1987, et ils auront probablement raison. Il y a peut-être une dimension populaire à cette intifada, mais elle reste encore marginale.

Même lors du « Jour de Colère » de vendredi, seulement quelques milliers de personnes sont descendues dans les rues de Cisjordanie.

En fait, la participation était si faible que les utilisateurs de forums sur internet affiliés au Hamas ont accusé les Palestiniens de Cisjordanie d’avoir été trop gâtés et ne plus vouloir quitter leurs maisons pour s’opposer aux ‘forces de l’occupation’ et de soutenir la lutte pour libérer la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem.

Au lieu de cela, nous assistons à une nouvelle forme d’intifada caractérisée par des loups solitaires, des jeunes Palestiniens qui manient le couteau. La plupart viennent de Jérusalem Est, mais ces derniers jours, ils ont reçu un soutien significatif de la plus jeune génération à Hébron.

Pourquoi Hébron s’est-elle maintenant rallié à la cause ? Il a plusieurs raisons. Mais avant tout, nous devons souligner qu’il aurait été possible de trouver des explications si les auteurs des attaques suicides provenaient d’autres villes. Le fait que les terroristes ne viennent pas d’autres villes de la Cisjordanie est surprenant. En effet, l’engagement, nettement limité, affiché par les Palestiniens de Cisjordanie dans cette semi-intifada est une des rares tendances positives que l’on peut observer au milieu des événements des dernières semaines.

Comme Jérusalem, Hébron est un endroit facile pour mener des attaques. Les terroristes n’ont pas besoin de quitter une ville ou un village de Cisjordanie et d’infiltrer Israël à travers les barrages afin de trouver des victimes. Les deux villes sont mélangées, et à Hébron, située en Zone 2H, comme elle est désignée par les accords d’Olso, les Palestiniens et les Israéliens vivent côte-à-côte et se mélangent pratiquement 24 heures sur 24.

Le mont du Temple à Jérusalem et le Tombeau des Patriarches à Hébron sont tous les deux saints pour le judaïsme et l’islam, et malheureusement inspirent des actions terribles au nom de la religion ou du djihad.

En outre, les deux villes contiennent un noyau d’idéologues extrémistes qui sont prêts à mener des actions violentes contre les Juifs.

Hébron est connu pour être un bastion du Hamas depuis des dizaines d’années, et malgré les efforts massifs israéliens en matière de sécurité et de renseignement, et les tentatives de l’Autorité palestinienne d’intercepter les assaillants venant de là (y compris avec des arrestations de résidents d’Hébron la semaine dernière), il n’y a pas une diminution des extrémistes qui sont prêts à mourir pour tuer des Juifs.

La mauvaise nouvelle d’Hébron a ses bons côtés.

Tout d’abord, comme nous l’avons déjà expliqué, le reste de la Cisjordanie ne se précipite pas dans la mêlée. Cela provient du manque d’appétit palestinien pour une intifada totale, mais aussi des efforts de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas qui, au moins en termes de coordination sécuritaire, continue de respecter les accords.

Ses forces de sécurité fournissent des efforts significatifs pour arrêter les attaques terroristes qui pourraient conduire à une conflagration de grande échelle en Cisjordanie ; ses troupes ont arrêté des agents du Hamas et même dispersé des manifestations populaires.

Récemment, par exemple, les forces de l’Autorité Palestinienne ont arrêté une manifestation qui se déroulait à l’Université de Bir Zeit, près de Ramallah. Des manifestations, à proximité de l’implantation de Beit El, ont continué, mais à une plus petit échelle. Au final, la coopération sécuritaire reste en place malgré toutes les tensions éprouvées.

Le problème, comme toujours, est que nous vivons sur du temps à crédit. La capacité d’Abbas à empêcher les manifestations, y compris par certains activistes de son parti du Fatah, n’est pas assurée pour longtemps. Au final, les membres du Fatah et son mouvement violent Tanzim entreront dans la bataille.

Jusqu’à maintenant, il y a une intifada partiellement sous contrôle, mais sans une forme d’initiative diplomatique ou un effort pour éviter une escalade, ce n’est qu’une question de temps avant que les Israéliens et les Palestiniens passent le point de non retour.

Les initiatives diplomatiques qui ont déjà été avancées n’auront que peu de chances d’aider. Une proposition française de déployer des observateurs internationaux sur le mont du Temple ne passera certainement pas au Conseil de Sécurité des Nations unies. Une rencontre entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le Secrétaire d’Etat américain John Kerry en Europe ne fera certainement pas de réelle différence.

Puisqu’un sommet arabe-palestinien-israélien ne semble pas encore se profiler à l’horizon, pour l’heure, les Israéliens n’ont pas d’autre choix que de tenir bon, de se préparer à d’autres attaques et d’espérer que les choses ne vont pas dégénérer en une spirale incontrôlable.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...