L’Iran ne vengera probablement pas l’élimination de Fakhrizadeh – Ambassadeur US
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L’Iran ne vengera probablement pas l’élimination de Fakhrizadeh – Ambassadeur US

Elliott Abrams affirme que Téhéran pourrait remettre en cause l'idée d'une riposte en raison de la crainte de mettre en péril l'allègement des restrictions par Biden

Elliott Abrams (Autorisation : : Tikvah Fund)
Elliott Abrams (Autorisation : : Tikvah Fund)

L’Iran ne devrait pas se venger de l’élimination de l’éminent physicien nucléaire Mohsen Fakhrizadeh avant l’entrée à la Maison Blanche du président élu Joe Biden, afin de ne pas mettre en péril un changement potentiel de la politique américaine d’allègement potentiel des sanctions imposées à la République islamique, a déclaré l’ambassadeur américain pour l’Iran et le Venezuela dans la journée de jeudi.

Fakhrizadeh, l’homme qui, selon Israël et les Etats-Unis, dirigeait le programme d’armement nucléaire de l’Iran, a été tué, vendredi dernier, dans une embuscade de type militaire survenue aux abords de Téhéran. Un camion aurait explosé au passage de la voiture qui transportait le scientifique, l’amenant à s’arrêter, et des hommes armés auraient alors ouvert le feu.

La République islamique a attribué cette attaque à Israël et de nombreux responsables ont promis de venger le physicien.

Pour sa part, le représentant spécial des Etats-Unis pour l’Iran et le Venezuela, Elliott Abrams, a déclaré à Reuters que la République islamique aux abois avait désespérément besoin d’un changement de la politique américaine après des années de sanctions écrasantes imposées par l’administration Trump. Les plus récentes remontent au mois dernier.

Et à cause de cela, a affirmé Abrams, il est improbable que Téhéran entreprenne quoi que ce soit qui pourrait entraîner la colère de l’administration Biden.

Le Dr. Mohsen Fakhrizadeh sur une photo non datée. (Autorisation)

« S’ils veulent un allègement des sanctions, ils savent qu’ils devront entrer dans des négociations après le 20 janvier et il faut qu’ils gardent à l’esprit qu’il ne faudra pas… qu’ils se livrent à des activités entre aujourd’hui et le 20 janvier qui rendront un éventuel allègement des sanctions plus difficile à obtenir », a-t-il commenté.

Il a ajouté que les Etats-Unis et l’Iran renégocieraient probablement le pacte sur le nucléaire qui avait été conclu en 2015 par l’administration Obama et qui visait à réduire les aspirations de la République islamique à l’arme atomique, en échange de la levée de sanctions. L’administration Trump avait abandonné l’accord en 2018, optant pour un positionnement plus belliqueux.

Téhéran a rapporté ne pas réfléchir à une éventuelle renégociation du pacte.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a appelé samedi dernier à « punir » les responsables de l’élimination de Fakhrizadeh, ajoutant que ses travaux devaient continuer.

Il a ainsi déclaré qu’il était impératif de « donner suite à ce crime et, très certainement, de punir ses auteurs et les personnes responsables et… de continuer le travail scientifique et technique qui avait été lancé par ce martyr dans tous les domaines dans lesquels il travaillait », selon un communiqué paru sur le site internet officiel du guide suprême.

Lors des funérailles de Fakhrizadeh qui ont eu lieu lundi, le ministre iranien de la Défense, le général Amir Hatami, a indiqué que des représailles auraient lieu.

Sur cette photo transmise par le site officiel du ministère iranien de la Défense, des militaires se tiennent aux côtés du cercueil de Mohsen Fakhrizadeh, scientifique qui a été tué vendredi, pendant une cérémonie de funérailles à Téhéran, en Iran, le 30 novembre 2020. (Crédit : Ministère iranien de la Défense via AP)

« L’ennemi sait très bien qu’il ne peut pas commettre un crime sans qu’une riposte ne provienne des Iraniens. Le sang du martyr restera toujours dans nos esprits et l’ennemi a fait une erreur en se livrant à cet assassinat », a-t-il expliqué, après avoir embrassé le cercueil de Mohsen Fakhrizadeh et y avoir appuyé son front.

« L’assassinat du scientifique ne mettra pas un terme aux progrès réalisés par l’Iran dans son programme nucléaire et il ne fera que l’accélérer. Et la riposte va advenir, c’est certain », a ajouté le ministre.

Suite à ces menaces, la Conseil de sécurité national israélien a émis jeudi une mise en garde aux voyageurs, avertissant que l’Iran pourrait tenter de s’en prendre aux Israéliens à l’étranger et appelant à la vigilance.

« À la lumière des menaces récentes d’éléments iraniens et des précédentes implications de l’Iran dans des attaques terroristes, nous craignons que l’Iran s’en prenne à des cibles israéliennes », a indiqué le ministère israélien des Affaires étrangères.

Le ministre de la Défense Amir Hatami s’exprime lors de la conférence sur la Sécurité internationale à Moscou, en Russie, le 4 avril 2018. (AP Photo/Alexander Zemlianichenko)

Lundi, le directeur-général du ministère des Affaires étrangères Alon Ushpiz avait envoyé un courrier à toutes les missions diplomatiques israéliennes, leur recommandant vivement la prudence suite à l’élimination du scientifique, attribuée à Israël, et à la promesse de vengeance de Téhéran.

Citant « les événements du week-end », Ushpiz avait demandé aux missions de maintenir « l’état de préparation et de vigilance les plus élevés possibles face à d’éventuelles activités inhabituelles dans le secteur de vos bureaux, aux domiciles des familles et dans les centres communautaires juifs », selon la chaîne Kan.

Fakhrizadeh avait été désigné par le Premier ministre Benjamin Netanyahu comme étant le directeur du projet d’armement nucléaire de l’Iran. Quand Netanyahu avait alors révélé que l’Etat juif s’était emparé de nombreuses archives dans un entrepôt de Téhéran qui étaient consacrées aux détails de son programme militaire nucléaire, il avait ajouté : « Souvenez-vous bien de ce nom, Fakhrizadeh. »

Israël est depuis longtemps soupçonné d’avoir mené une série d’éliminations ciblées contre des scientifiques nucléaires israéliens depuis près d’une décennie pour tenter de mettre un terme au programme d’armement nucléaire de la République islamique. L’Etat juif n’a fait aucun commentaire sur cette élimination. Les chaînes de télévision israéliennes ont pour leur part noté que l’attaque commise vendredi était beaucoup plus complexe que cela n’avait jamais été le cas auparavant.

L’AFP a contribué à cet article.

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