L’UE défend l’accord nucléaire, dénonce le soutien aux terroristes
Rechercher

L’UE défend l’accord nucléaire, dénonce le soutien aux terroristes

Le président américain, détracteur farouche de l'accord, doit annoncer vendredi s'il réimpose une série de sanctions économiques sur l'Iran

De gauche à droite : le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères  allemand Sigmar Gabriel, le secrétaire aux Affaires étrangères britannique Boris Johnson et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 11 janvier 2018. (Crédit : AFP /JOHN THYS)
De gauche à droite : le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères allemand Sigmar Gabriel, le secrétaire aux Affaires étrangères britannique Boris Johnson et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 11 janvier 2018. (Crédit : AFP /JOHN THYS)

Les Européens sont une nouvelle fois venus en défense de l’accord sur le nucléaire iranien jeudi face aux critiques du président américain Donald Trump, mais sans cacher leurs griefs, partagés avec Washington, contre Téhéran.

Même si la diplomate en chef de l’Union européenne, Federica Mogherini, tient à isoler ce dossier des nombreux autres sujets de contentieux avec Téhéran, M. Zarif devra répondre aux préoccupations de ses homologues français, allemand et britannique après les récentes violences contre des manifestants en Iran.

Lors d’une réunion, les Européens ont exprimé leurs « préoccupations sur d’autres sujets, comme le développement de missiles balistiques (par l’Iran) ou les tensions dans la région » et les récentes manifestations qui ont fait 21 morts en Iran, a-t-elle souligné à l’issue de la rencontre.

L’urgence aux yeux des Européens restait toutefois de faire une nouvelle fois bloc face à M. Trump pour défendre l’accord international sur le programme nucléaire iranien signé en 2015, après plus d’une décennie d’âpres négociations.

Federica Mogherini, Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, pendant une conférence de presse à Bucarest, le 7 octobre 2016. (Crédit : Daniel Mihailescu/AFP)

Cet accord « fonctionne, rend le monde plus sûr et empêche une course à l’armement nucléaire potentielle dans la région », a martelé Mme Mogherini.

« Nous pensons que c’est un succès diplomatique considérable, c’est un moyen d’empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaire », a souligné le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson.

‘Alliés américains’

« Il n’y a pas aujourd’hui d’indication qui pourrait laisser un doute sur le bon respect par la partie iranienne de l’accord puisque l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) confirme régulièrement (sa) bonne mise en œuvre », a fait valoir son homologue français, Jean-Yves Le Drian.

« Il importe donc aujourd’hui que l’ensemble des parties prenantes respecte cet engagement commun et, en conséquence, que nos alliés américains le respectent aussi », a-t-il insisté.

Donald Trump, président américain, lors d’un rassemblement contre l’accord nucléaire avec l’Iran au Capitole des États-Unis, le 9 septembre 2015. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

M. Trump, détracteur farouche de cet accord, doit dire dans les prochains jours s’il réimpose une série de sanctions économiques qui avaient été suspendues après le démantèlement d’installations d’enrichissement d’uranium notamment, conformément à ce compromis jugé historique par les autres grandes puissances qui l’ont négocié (Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Il annoncera probablement sa décision vendredi.

Les Etats-Unis « se préparent à dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien et donc à détruire un succès dans les efforts visant à empêcher que le nucléaire militaire continue à se propager dans le monde », a déclaré dimanche soir le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel.

Actions hostiles

Selon deux sources, le président américain n’avait pas encore tranché mercredi soir, alors que la décision sera probablement annoncée vendredi.

Téhéran a d’ores et déjà promis des représailles, se disant « préparé à tous les scénarios ». Jeudi, M. Zarif a prévenu que « tout acte qui sape l’accord nucléaire est inacceptable. A Moscou, où il est venu chercher le soutien de la Russie mercredi, M. Zarif a dénoncé « la politique destructrice des Etats-Unis ».

« Les Etats-Unis doivent se rendre compte de l’unanimité de la communauté internationale par rapport à l’accord nucléaire et corriger leur politique en conséquence », a-t-il dit, appelant les grandes puissances à « résister aux actions hostiles » de l’administration Trump.

Mme Mogherini, qui a présidé les négociations au nom de l’UE, a promis de tout faire pour préserver cet accord jugé essentiel pour endiguer la prolifération nucléaire, y compris en rencontrant à Washington des membres du Congrès hostiles au texte.

Signe de la volonté des Européens de poursuivre sur la coopération économique avec l’Iran, l’Italie a accordé jeudi une ligne de crédit de 5 milliards d’euros à destination de banques iraniennes

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif lors d’une conférence de presse après avoir rencontré son homologue français à Téhéran, le 31 janvier 2017. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Mais malgré ce soutien sans faille, les Européens ont tenu jeudi à discuter avec M. Zarif des dossiers qui fâchent, à commencer par le développement de missiles balistiques par l’Iran et son soutien au régime du président Bachar al-Assad en Syrie, au groupe terroriste du Hezbollah libanais et à la rébellion houthie au Yémen.

Une façon de montrer à l’administration Trump que ses critiques véhémentes sur ces sujets sont entendues de l’autre côté de l’Atlantique.

‘Bon voisin’

« Si l’on veut construire un soutien mondial à cet accord, il faut clairement que l’Iran montre qu’il peut se comporter en bon voisin dans la région », a commenté M. Johnson.

« C’est la raison pour laquelle il est légitime et juste que nous nous concentrions en parallèle sur ce que l’Iran peut faire pour résoudre cette crise éprouvante au Yémen, pour aider à faire avancer la paix en Syrie et pour aider à résoudre d’autres questions dans la région », a-t-il expliqué.

Le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel s’est pour sa part prévalu à la sortie de la réunion d’un accord de principe de la part de M. Zarif pour commencer un « dialogue ».

« Nous avons décidé aujourd’hui que nous discuterions sur ces sujets contentieux, en commençant par le Yémen. Ceci n’a rien à voir avec l’accord sur le nucléaire (…) mais il y a un besoin urgent de le faire », a-t-il expliqué.

« Il y aura un dialogue avec l’Iran sur (…) un changement de comportement dans la région que nous voyons comme une nécessité. L’Iran a, c’est bien connu, d’autres positions », a ajouté Sigmar Gabriel, sans donner plus de détails.

Extrêmement dur

Les 28 pays de l’UE avaient déploré « la perte inacceptable de vies humaines » alors que les récentes manifestations en Iran ont fait 21 morts. Ils avaient appelé, par la voix de Mme Mogherini, « toutes les parties concernées » à s’abstenir « de toute violence ».

« L’accord nucléaire iranien rend le monde plus sûr. Il est vital que nous continuions à travailler avec nos partenaires européens pour préserver l’accord iranien, ainsi que la sécurité et la prospérité que cela apporte aux gens d’Iran et du monde », avait déclaré le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson dans un communiqué.

« Nous continuerons d’exhorter nos amis à la Maison Blanche à ne pas le jeter à la poubelle », avait déjà lancé M. Johnson mardi devant le parlement de Westminster. « Cet accord, qui empêche les Iraniens de fabriquer des armes nucléaires en échange d’un partenariat économique plus important avec le reste du monde, reste utile et valide », avait-il martelé.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...